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==> 03 - Histoire : Final Fantasy XIII Episode Zero -Promise-

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Bjphenix

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Voici une traduction française Final Fantasy XIII Episode Zero -Promise-, une série de petites histoires écrite par Jun Eishima, destinée à introduire le jeu en présentant chaque personnage et en posant les bases du scénario. Évidemment, il est recommandé d'avoir terminé le jeu avant de se lancer dans la lecture de ce roman fascinant. Trois des sept parties (Encounter, Friends et Treasure) ont été publiées sur le site officiel japonais de Final Fantasy XIII avant la sortie du jeu. Les suivantes sont incluses dans l'édition papier disponible depuis le 24 décembre 2009 au Japon.



Dernière édition par mrlamouette le Dim 17 Fév - 9:37, édité 5 fois

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Partie I : Rencontre


Chapitre un

Spoiler:


Elle savait qu'elle était encerclée, mais ni la panique ni la nervosité ne l'envahirent. Elle ne pensait qu'au gain de temps que cette situation apportait. « Comme on nous l'avait dit », murmura Lightning en tirant son épée de son fourreau. Il y avait plusieurs Sahuagins autour d'elle, des monstres humanoïdes à l'aspect de poisson qui vivaient au bord de l'eau. Ce genre de créature aquatique se montrait bien souvent dans les faubourgs de la ville côtière de Bodhum. Les humains n'étaient pas les seuls à vouloir vivre à cet endroit et profiter de son climat, son cadre et son atmosphère : même les monstres semblaient s'y plaire.

Elle pouvait sentir la présence de quatre de ces horreurs couleur rouge cendre. Deux se trouvaient dans son dos. L'un tentait de s'approcher discrètement, préparant son assaut. Elle trancha à sa droite. Touché. Puis à gauche. Son épée étincela, reflétant son nom à travers les organes du Sahuagin. Deux de moins. Un autre se dirigeait vers elle. Mais à cette vitesse-là, il ne représentait aucun danger. Elle poussa un petit soupir. Elle fendit l'air pour l'abattre, n'en laissant plus qu'un face à elle.

C'est alors qu'ils arrivèrent. Elle recula d'un bond. Un coup de fusil retentit, le Sahuagin explosa. Un de plus baignait dans ses propres fluides verts.

« Nous venons aider ! »

Elle entendit la voix d'une femme et le vacarme d'une moto-volante. Vous n'aidez personne, vous vous mettez juste en travers du chemin, pensa-t-elle, irritée. Mais Lightning ne s'intéressait déjà plus aux Sahuagins. Elle n'avait pas besoin de lever les yeux pour savoir que cette voix appartenait à une femme d'une classe sociale défavorisée. Le bruit de la moto laissait aussi clairement entendre qu'elle avait été modifiée. Ce n'était certainement pas un engin conçu pour le marché public, ni un modèle militaire silencieux. C'était un son bien différent. Cette femme n'était ni une citoyenne, ni une militaire.

En réalité, ce n'était pas elle qui conduisait l'engin. C'était un homme aux cheveux bleus. Il était très jeune. Il portait un bon nombre de bijoux qui le feraient sortir du lot, même vu de loin. Derrière lui était assise une femme aux cheveux noirs, tenant dans ses mains un énorme fusil. La moto descendit rapidement. Elle sauta à terre et tira à nouveau. Les deux derniers Sahuagins furent projetés en arrière, l'un après l'autre. Ils restèrent immobiles. Elle n'était pas mauvaise. Évidemment, elle avait tout de même gaspillé la moitié de son chargeur.

La moto tourna lentement autour de Lightning, et s'arrêta enfin. Celui qui conduisait savait ce qu'il faisait.

« Hé soldat, t'étais en mauvaise posture, non ? » La femme aux cheveux noirs mit son arme à l'épaule et sourit. Elle portait un décolleté plongeant. Lightning pouvait apercevoir un tatouage en forme de papillon sur le haut de son omoplate. Si l'homme avait une faible pour les bijoux, on pouvait dire d'elle qu'elle n'hésitait pas à montrer son corps. Aucun d'eux n'était vêtu comme toute personne censée portant une arme devrait l'être. Tous ses bijoux ne feraient qu'entraver ses mouvements. Et un fusil aussi gros chauffait rapidement. Avec autant de parties du corps à l'air, elle était sûre de se brûler. Des amateurs, se dit-elle, avant de leur demander :

« Qui êtes-vous ? »

« Le gang Nora. »

Même si Lightning avait délibérément parlé d'un ton dur et froid, la femme n'avait pas l'air de l'avoir remarqué. Elle roula ses yeux d'ambre, comme si elle était amusée.

« Si tu es un soldat de Bodhum, tu dois déjà avoir entendu parler de nous, non ? »

Quelle arrogance. Lightning aurait aimé savoir d'où elle tirait autant de confiance, mais elle n'avait pas le temps pour ça.

« Jamais, désolée », dit-elle sèchement, avant de tourner les talons. Elle les entendait discuter dans son dos.

« Mais... »

« Bizarre, j'aurais juré qu'on était plus populaires que ça. »

Elle se mit à marcher plus vite pour ne pas avoir à les entendre plus longtemps. C'était tellement énervant. Ils s'étaient mêlés de sa mission, et ils croyaient l'avoir aidée. Elle ne supportait pas leurs manières, alors elle leur avait menti, mais elle se détestait pour cela aussi. Oui, elle avait menti. Déclaré qu'elle n'avait jamais entendu parler du gang Nora. Mais elle les connaissait bien. Elle avait entendu parler d'un petit groupe qui se servait d'un petit café sur la plage comme d'un quartier général. C'était en fait un café pour les touristes, mais on y trouvait la plupart du temps des autochtones. Ce n'était pas pour autant le genre d'endroit populaire chez les jeunes étudiantes.

« Nous sommes comme des chats errants, c'est de là que vient notre nom. » Elle était encore plus énervée, maintenant qu'elle se rappelait de cela. Lightning prit son portable. Ne pense pas à des choses aussi futiles, se dit-elle. Appelle ton lieutenant et dis-lui que la mission est accomplie. C'est la seule chose à faire pour le moment.


Il y avait déjà beaucoup de soldats au point de rendez-vous. Les Sahuagins n'étaient pas si loin que ça. Ça n'aurait pas été si facile contre des monstres plus rapides. Ils haïssaient les hommes et ne se montraient pas dans les quartiers résidentiels ou les quartiers d'affaires. Les faubourgs étaient une toute autre histoire. Pour les gens qui y vivaient, c'était un vrai problème. Un amateur pouvait s'occuper d'un monstre seul, mais ils avaient plutôt l'habitude de se déplacer en groupe. En d'autres mots, il était plus sage d'appeler l'armée immédiatement si on en croisait un. C'est un travail qui revenait généralement à l'unité de Lightning, le Régiment de Sécurité de Bodhum.

Des soldats vinrent à sa rencontre, la félicitant pour le travail accompli. Lightning cherchait son officier supérieur, mais il n'était pas bien difficile à trouver. On pouvait entendre le lieutenant Amodar de très loin. Elle se contenta de suivre la direction depuis laquelle provenait son rire.

Lightning fronça les sourcils. Amodar discutait avec des personnes qu'elle n'avait jamais vues auparavant. À côté d'eux se trouvait une moto-volante modifiée qui ressemblait beaucoup à celle qu'elle avait vue plus tôt. Qui donc était cet homme qui parlait au lieutenant avec tellement de familiarité ? Il semblait sûr de lui, même s'il étouffait de chaleur. Elle n'arrivait pas à savoir si c'était à cause de ses habits ou de sa façon de bouger. Mais il lui suffisait de le regarder pour remarquer qu'il était un meneur naturel.

Elle croisa son regard et le fixa avec intensité. Elle savait que c'était déplacé, mais l'homme avait un air suspicieux. Réalisant sa présence, Amodar se retourna. « Hé, commandant, heureux de vous revoir. »

Voilà qu'il recommence, pensa Lightning, haussant les épaules. Il adorait ce genre de blague. « Commandant ? Qu'est-ce que vous voulez dire, lieutenant ? », répondit-elle en insistant sur ce dernier mot. Avec le temps, elle avait appris à ignorer ses blagues. Évidemment, il était parfois nécessaire de riposter.

« Vous êtes bien à la tête de ce raid, non ? » S'il avait décidé de se comporter comme ça, elle n'y pouvait rien. Elle soupira, et décida de l'ignorer.

« Qui est-ce ? » Elle reporta son attention sur le mystérieux personnage. Qu'elle le regarde de près ou de loin, ça ne changeait rien. Il avait l'air d'amener des mauvaises nouvelles.

« Il fait partie du gang Nora, sergent. » Un jeune soldat s'était invité dans la conversation. « Vous n'avez jamais entendu parler d'eux ? »

Encore eux, se dit-elle, laissant presque transpirer son irritation. À peine sortis de mon esprit, ils reviennent en demander encore.

« C'est un groupe de mercenaires monté par des jeunes de la ville. » Il avait visiblement pris son silence pour de l'ignorance. Amodar ajouta, « Voici Snow, leur chef ». Elle ne tira de cette confirmation que peu de satisfaction.

« Salut ! » Sa désinvolture l'énerva encore plus. Il ne peut pas être un peu plus poli ? se dit-elle.

« Voici celle qui a mené l'assaut. Elle est peut-être jeune, mais elle est bonne. » Amodar toucha du bout des doigts l'épée de Lightning.

« Elle vient tout juste d'avoir cette épée. Une Pistolame Sanctum... ça ne doit pas vous dire grand chose, mais n'importe quel soldat saurait ce que ça signifie. »

« Lieutenant, ce n'est pas la peine de... » Lightning savait où il voulait en venir et tentait l'arrêter, mais il l'ignora et continua sur sa lancée.

« C'est une épée qu'on ne donne qu'aux meilleurs soldats. En clair, ceux qui possèdent une épée comme celle-ci ont des capacités incroyables. Impressionnant, non ? » Il en fait un peu trop, pensa Lightning. Elle n'arrivait jamais à en placer une quand il se mettait à raconter quelque chose.

« Et la sienne est spéciale. Elle porte une inscription qui dit... Qu'est-ce que c'est, déjà ? 'Éclat blanc... prends mon nom.' C'est ça ? » Elle le corrigea dans son esprit, « Invoque mon nom ». Elle ne pouvait pas le dire à voix haute, c'était trop gênant.

« Et si on s'arrêtait là, vous voulez bien ? » Même s'il plaisantait à moitié, elle était contente d'entendre son officier supérieur parler d'elle de cette façon. Mais il y avait bien une limite à tout. En particulier quand ce Snow la regardait dans les yeux en répétant « Vraiment ? » ou « Ouah, impressionnant ». C'était insupportable.

« D'accord, d'accord. » Amodar avait l'air déçu, mais il ria de bon cœur.

« Bien, bien. Alors c'est pour ça que notre sergent a pu finir aussi vite. Vous étiez déçu de ne pas avoir grand chose à vous mettre sous la dent encore une fois, non ? »

« Non, les monstres signalés ne sont pas les seuls à se pointer, vous savez. »

« Vraiment ? »

« Ouais, si on commence à les descendre, ils viennent les uns après les autres. »

« Hé hé, je veux bien que vous nous en débarassiez, mais n'en faites pas trop. » Snow était d'accord, bien évidemment, et il acquiesçait de bon cœur. Des mercenaires ? se demanda Lightning. Laissez-moi rire. Juste un groupe d'amateurs qui croient détenir la justice au bout de leurs armes... Elle voulait leur dire ce qu'elle pensait d'eux, mais ça ne changerait rien. Si une critique n'amenait pas une remise en question, c'était juste une perte de temps.

« Vous en avez dans le ventre. Pourquoi vous ne rejoignez pas l'armée ? »

« Les règles et les uniformes ne nous conviennent pas, vous savez. » Pourquoi ce type persiste à dire des choses qui ne feront qu'énerver les gens ? Il me met hors de moi, fuma Lightning. Mais le lieutenant Amodar se contenta de rire, et lui répondit en le tapant dans le dos, comme s'il était un bon ami : « Faites attention à ce que vous dites. »

« Maintenant que les monstres ont été éliminés, on va pouvoir y aller. » À ces mots, ils grimpèrent tous sur la moto.

« Ne vous faites pas attraper », leur cria le jeune soldat. Il avait à peu près leur âge et ils avaient l'air d'être amis.

« Les PSICOM ne sont pas comme nous, ils ne vous laisseront pas filer. »

La PSICOM. L'unité d'élime de l'armée, qui ne prenait que les meilleurs soldats. Le Régiment de Sécurité travaillait près du peuple, alors il y avait une certaine entente avec les citoyens. Mais pas avec les PSICOM. Non, ils ne laisseraient pas des groupes comme le gang Nora exister. Mais ils ne s'en rendaient pas compte, et tous les membres du gang se moquèrent des paroles attentionnées du soldat.

« Ça ira. On est plus forts que l'armée. » Les meneurs seront des meneurs, et les suiveurs resteront de simples suiveurs. Mais le jeune soldat n'y prêta pas attention et se contenta de répondre en rigolant, « Un peu trop sûrs de vous, hein ? ».

Lightning se dit qu'ils ne manquaient pas seulement de bon sens. Les ignorer et les oublier était la meilleure chose à faire. Mais...

« Attendez. » Lorsqu'elle réalisa ce qu'elle était en train de faire, elle avait déjà attiré leur attention. Elle avait une chose à lui demander, juste une chose.

« Ton nom est Snow, c'est ça ? »

« Ouais ? » Se préparant à partir, il lui tourna le dos.

« Tu es celui qui tourne autour de ma petite sœur. »

« Petite sœur ? »

« Serah Farron. » Elle avait à peine fini de prononcer son nom que Snow avait déjà sauté de sa moto et se dirigeait vers elle.

« Alors c'est toi, la sœur de Serah. Vos visages se ressemblent, mais vous avez l'air tellement différentes. » S'il semblait heureux, Lightning était complètement dépassée. On aurait dit un enfant qui avait trouvé un bonbon.

« Serah m'avait dit que sa sœur était un soldat. Je n'étais pas sûr que c'était toi, mais tu es vraiment sa sœur !» Il avait dit son nom avec tellement de familiarité que son irritation revint au galop. Elle allait lui crier dessus lorsqu'il lui tendit sa main.

« Heureux de te rencontrer ! Je m'appelle Snow Villiers. » Sa main était énorme. C'était peut-être à cause de ses gants en cuir. Tendre la main alors qu'on porte des gants. Cet homme n'a pas de manières.

« Ne t'approche pas de ma sœur. » Elle l'ignora. Elle ne voulait pas lui faire plaisir.

« Pourquoi ? » Il regarda sa main, puis Lightning. Il n'avait pas l'air d'avoir compris.

« Je t'ai dit de ne pas t'approcher de ma sœur. » Snow retira sa main. Il avait enfin compris qu'elle n'en voulait pas. Il n'abandonna pas pour autant, et dit avec hésitation :

« Sinon quoi ? » Je n'ai pas besoin de lui répondre, je lui ai dit ce que j'avais à dire, pensa Lightning. Elle essaya de lui tourner le dos, mais son pied buta sur quelque chose.

Une noix de coco. Le genre de noix de coco qui poussait sur les palmiers de Bodhum. Ils étaient plutôt célèbres dans la région. Ils poussaient rapidement et faisaient le bonheur des promeneurs. Mais leurs fruits étaient différents de ceux des palmiers classiques : on ne pouvait pas les manger. Ils étaient énormes et totalement indigestes. Comme cet homme, se dit Lightning.

« Sinon quoi ? » Elle posa le pied sur la noix de coco.

« Ne t'approche pas d'elle, c'est tout. » Elle se craqua lentement les doigts. Elle n'avait pas prévu de se débarrasser de celui qui avait des vues sur sa sœur comme ça, mais elle n'y pouvait plus rien.

Soudain, le pied qu'elle avait posé sur la noix de coco n'avait plus de prise. Snow avait tapé dedans, lui faisant dessiner un arc dans les airs pour ensuite retomber dans sa main. Un gamin qui sait taper dans un ballon.

« Désolé, mais me frapper ne t'avancera à rien. » Il pense que je ne vais pas lui faire mal parce que je suis une femme ou qu'il n'a pas à écouter mon avertissement ? Les deux, sûrement.

« Parce que je suis têtu. » Il souriait à ces paroles, énervant Lightning encore plus. Elle lui tourna le dos et s'éloigna. Je ne l'aime pas, se dit-elle simeplement. Mêler des enfants à ses histoires et se prendre pour leur général... quel horrible personnage. Que peut bien lui trouver Serah ? Évidemment, elle le trouve juste intéressant. Elle ne l'aime pas vraiment. Évidemment.

« Sergent Farron, vous le connaissez ? »

Ils ne pouvaient pas avoir entendu ce qu'ils s'étaient dit, mais ils avaient dû les voir se disputer. Le jeune soldat avait l'air anxieux.

« Non, pas vraiment. » Elle ne le connaissait pas. Et elle n'avait pas l'intention d'avoir quoi que ce soit à faire avec lui.

« Je rentre. » Lightning repoussa ses cheveux et s'en alla.


Chapitre deux
Spoiler:


La brise de la mer lui caressait la joue. Serah flânait sur la promenade, ses bras grands ouverts. Le temps était magnifique. Tout était calme. À cette saison, les touristes allaient à la plage pour nager dans l'océan. Le café du gang Nora était sûrement bondé depuis ce matin. Mais même si ça n'avait pas été la saison touristique, Lebreau serait au travail. Sa cuisine faisait toujours venir les autochtones.

C'était sûrement pour ça que Snow était en retard. Il leur avait sûrement dit « Je vous laisse vous en occuper », puis essayé de partir, mais l'un des habitués aurait alors commencé à discuter avec lui. Serah sourit à cette pensée.

« Hé ! » Elle entendit quelqu'un l'appeler, et se retourna. Ce n'était pas Snow. C'était un membre de Nora : Gadot. Seul sur la moto-volante, il retournait probablement au travail. Ou peut-être que Lebreau lui avait demandé d'aller chercher des ingrédients.

« Il va être en retard, c'est ça... ? » lui dit-elle alors qu'il s'arrêtait. Même s'il était plus petit que Snow, les gens le prenaient toujours pour un géant à cause de ces gros muscles. Lorsque Serah l'avait rencontré pour la première fois, elle l'avait trouvé énorme et effrayant. Bien entendu, ce n'était plus le cas maintenant.

« Retenu par un habitué ? »

« Bingo. Et ça va sûrement l'occuper pour un moment. » Serah se demanda si c'était encore l'un de ces intarissables clients. Elle ne savait pas si c'était Lebreau ou Snow qui avait envoyé Gadot transmettre ce message.

« D'accord, je comprends. Merci. »

« Nah, je passe toujours par ici de toute façon. Salut. » Gadot repartit aussi vite qu'il était arrivé. Serah lui fit un signe de la main et le regarda s'éloigner.

Le calme revenu, Serah se remit à marcher. Il y avait un endroit en bas du bout de la promenade où les oiseaux marins se rassemblaient. Elle décida d'y attendre Snow. Elle ne se lassait jamais de regarder les oiseaux jouer dans les vagues. Elle aurait aimé avoir quelque chose à leur donner à manger.

« J'aime cette ville » murmura Serah. Les oiseaux s'ébattant dans l'océan, la couleur du ciel, les feuilles frémissant doucement dans les arbres, et même cette jolie promenade. Mais c'était la dernière année de Serah au lycée. Elle avait déjà décidé qu'elle irait à l'université de la capitale de Cocoon, Eden. C'était une voie qu'elle avait elle-même choisie, mais la simple pensée de quitter cette ville la rendait triste. Snow lui disait toujours :

« Eden n'est pas si loin que ça. On pourra se voir quand on le voudra. » Et il lui souriait. Serah se répétait tout le temps que ça ne voulait pas dire qu'ils ne se verraient plus jamais. Ne plus jamais revoir quelqu'un, c'était une chose que Serah connaissait bien.

Le premier avait été son père. Même si elle n'était pas en âge de savoir ce qu'était la mort, elle avait bien compris qu'elle ne le reverrait plus. Quand sa mère mourut d'une maladie, elle avait ressenti cette perte avec beaucoup plus d'intensité. Elle était morte juste sous ses yeux. Snow avait été élevé dans le même orphelinat que Gadot, Lebreau et Yuj. Eux aussi connaissaient cette douleur. C'était pour cela qu'ils étaient si gentils avec les gens. Même s'ils ne s'en rendaient pas compte.

Je suis heureuse, réalisa Serah. Je suis heureuse, alors même la plus petite des distances entre nous me fait mal. Pouvoir se voir tous les jours, parler de choses idiotes, être entouré de personnes attentionnées. Perdre même un instant de tous ces bons moments faisait mal.

« Enfant gâté. Tu deviens gourmande. » Elle se frappa légèrement le front avec le poing. Eden n'est pas aussi proche que Snow le prétend, mais ça ne veut pas dire qu'on ne pourra pas se voir. Je vais arrêter de m'apitoyer sur mon sort. Je ne veux pas gaspiller le temps qu'il me reste en étant comme ça.

Ce fut alors qu'elle vit quelqu'un courir sur la promenade. C'était Snow. Il était venu plus tôt qu'elle ne l'espérait. Il avait probablement fait de son mieux pour mettre un terme à cette conversation aussi vite que possible.

« Ici ! » Elle sauta sur place et remua les bras.

« Tu as vu ma sœur ?! » Elle ne pouvait pas s'empêcher de hurler. Snow était un peu essoufflé à cause de sa course effrénée, mais il lui dit dès qu'il le put : « Ouais, j'ai vu Lightning. »

« Hier, je suis tombé sur elle. »

Aha, c'est donc pour ça, pensa Serah.

« Pourquoi ? Elle a dit quelque chose à propos de moi ? »

« Rien. Mais elle était vraiment de mauvaise humeur, alors j'ai trouvé ça bizarre. » Même si elle était énervée, elle ne l'avait pas montré. Lightning ne boudait jamais comme un enfant quand elle était contrariée. Elle avait trop de fierté pour laisser transpirer ses sentiments. Mais Serah arrivait toujours à les deviner. Comme s'il y avait un champ invisible autour d'elle. Si elle devait le comparer à quelque chose, elle dirait que ça ressemblait à de l'électricité statique. On ne pouvait pas le voir mais si on pouvait le toucher, on recevrait un choc.

Snow a l'air de vouloir se faire mal, pensa Serah avec un rire amer. Lightning et Snow étaient complètement opposés. Snow était fidèle à ses sentiments, ce qu'il pensait se reflétait sur son visage, dans ses gestes et ses mots. Ses sentiments et ses actions étaient intimement liées. Il n'aurait jamais menti ou triché. Serah sentait qu'elle pouvait lui faire confiance, mais ce n'était pas le cas de sa sœur. Ils n'avaient rien en commun, ils étaient comme l'huile et l'eau.

« Bon sang... » Snow se grattait la tête. « Qu'est-ce qu'on devrait faire ? »

Serah ne comprit pas tout de suite ce qu'il voulait dire. Puis elle se rappela.

« Ça ira, tu peux toujours venir. » C'était l'anniversaire de Lightning la semaine prochaine. Serah avait réussi à lui faire prendre des congés pour qu'ils puissent le fêter ensemble, tous les trois.

« On lui dit qu'on sort ensemble. »

« Oui, c'est horrible de devoir le cacher. »

Serah avait prévu de lui présenter Snow à son anniversaire. Elle ne voulait pas que Lightning prenne des congés juste pour cela, ça n'aurait fait que l'énerver, elle qui était toujours tellement occupée... Mais Serah ne voulait pas attendre trop longtemps avant de le faire.

« Elle comprendra si on lui parle. Elle est gentille, vraiment. » Lightning n'est pas seulement dure avec elle-même, mais avec les autres aussi. Une fois qu'elle a pris une décision, elle ne revient presque jamais dessus, alors les gens pensent qu'elle est têtue. Mais c'est comme ça qu'elle m'a toujours protégé, qu'elle s'est toujours occupée de moi, pensa Serah. Même si elle était encore à un âge où l'on aime être le sujet de l'attention, elle avait abandonné son enfance pour devenir forte, pour Serah. Aux enterrements de son père et de sa mère, c'était elle qui lui tenait la main. Elle lui disait tout le temps que quoi qu'il arrive, elle serait toujours là pour elle. Serah n'avait jamais oublié la chaleur de la main de sa sœur...

Ah, elle avait enfin trouvé quelque chose que Lightning et Snow avaient en commun. Même si leurs personnalités étaient totalement différentes, ils avaient au moins cette chose. Je les aime tous les deux, se dit Serah au plus profond de son cœur. Ils ont ça en commun.

« Non, ça ira. Il faut qu'on lui dise. Il faut qu'elle l'accepte. »

« Mais si elle s'énerve, elle va sûrement me tuer. » Snow l'avait dit pour plaisanter. Serah essayait de ne pas exploser de rire et garda un air sérieux.

« Si seulement c'était tout ce qu'elle ferait. Si elle s'énerve, c'est tout Cocoon qu'elle détruira. »

« Elle le ferait vraiment, hein ? » Snow fronça les sourcils. Mais c'en était trop. Serah laissa échapper un gloussement, et Snow rit à gorge déployée. J'espère qu'un jour, nous pourrons rire comme ça tous les trois, pensa Serah. Non, j'en suis certaine, on le fera. À son anniversaire.

Ils riaient depuis un bon moment lorsqu'ils entendirent quelqu'un crier dans leur dos. « Snow ! »

« Qu'est-ce qu'il y a, Maqui ? » répondit Snow alors que la moto s'approchait.

« Ils bougent. On a capté l'info sur le réseau sans fil de l'armée. Y'a des monstres dans les bois. C'est l'heure pour le gang Nora d'entrer en action ! »

« Compris » dit Snow. La moto se posa.

« Désolé Serah, je dois t'emprunter le chef. »

« Très bien ! » Serah s'inclina pour blaguer. Maqui avait seulement un an de moins qu'elle, alors elle le considérait comme un camarade de classe.

« Désolé de vous déranger. » dit Maqui en riant. Snow fit semblant de le frapper en l'insultant. « Enfoiré ! » Ils étaient comme des frères.

« Bon, ben, je vais rentrer à la maison. »

« Attends ! Euh, tu veux bien m'attendre ? Je veux faire les magasins avec toi. »

« Pourquoi ? » Snow lui fit un clin d'œil en grimpant sur la moto.

« Pour le cadeau de ta sœur. »

« Oh, un cadeau pour son anniversaire ! »

« Je veux qu'on le choisisse ensemble. Tu peux aller aux magasins maintenant si tu veux, pour jeter un coup d'œil... »

« Non, je vais attendre ici. Je vais me promener vers le Vestige. »

« D'accord » dit Snow. La moto décolla.

« On n'en a pas pour longtemps ! »

« Faites attention ! » dit Serah, les saluant de la main. Snow et Maqui étaient déjà loin dans le ciel. Elle ria, « Tu es vraiment rapide. »


Chapitre trois
Spoiler:

Elle avait essayé de ne pas avoir l'air de mauvaise humeur, mais elle avait peur que cela n'ait pas marché. Lorsqu'elle était rentrée à la maison hier, tard dans la soirée, elle n'avait pas beaucoup parlé à Serah. « Je suis fatiguée » avait-elle dit, avant de s'enfermer dans sa chambre. Elle ne voulait pas lâcher quelque chose qu'elle pourrait regretter. Lightning pensait que si elle ouvrait sa bouche, elle ne ferait que crier sur Serah pour qu'elle quitte ce type. Elle ne voulait pas lui dire qu'elle était contre leur relation. Elle connaissait le tempérament de sa sœur mieux que quiconque. Même si elle avait l'air douce et faible, elle était forte à l'intérieur. Si Lightning lui disait qu'elle ne voulait pas qu'elle sorte avec lui juste parce qu'elle ne l'aimait pas, Serah ne lâcherait pas l'affaire avant de lui avoir fait changer d'avis. Elle ne voulait pas avoir à subir ça.

Lightning soupira et nettoya son plateau. Elles mangeaient ensemble les jours où elle devait partir tôt, mais lorsqu'elle devait partir plus tard, comme aujourd'hui, elle était toute seule. Quand Lightning s'était réveillée, Serah n'était déjà plus là, mais elle avait quand même préparé le petit déjeuner. Le planning de Lightning changeait tout le temps, et elle devait toujours s'en aller rapidement.

Leur père étant mort jeune, c'était leur mère qui devait travailler, quand elle était encore en vie. Lightning avait ainsi une plus grande expérience des tâches ménagères que Serah. Mais cette dernière était une bien meilleure cuisinière.

« Serah sait juste mieux choisir la nourriture. »

« Mm-hmm, et je sais mieux cuisiner aussi. » Elle se rappela des conversations qu'elle avait avec Serah et leur mère. Elle était toujours heureuse et souriante. Mais elle était tombée malade.

C'était juste avant qu'elle meure. Après l'école, Lightning et Serah étaient allées à l'hôpital où se trouvaient leur mère. Serah essayait de courir, mais Lightning la retenait par la main en lui répétant, « Ne cours pas, c'est dangereux ». Généralement, elle lui disait de ne pas faire quelque chose, tout en le faisant elle-même. Mais ce jour-là était différent.

Le jour d'avant, lorsqu'elle était rentrée de l'école, le docteur l'avait contactée pour lui dire que l'état de sa mère s'était aggravé. Il lui avait dit que sa prochaine crise pourrait être très dangereuse pour elle.

Il n'y avait personne d'autre à qui le dire. Le docteur n'avait pas d'autre choix que d'expliquer à la jeune Lightning, qui n'avait alors que quinze ans, les détails de la maladie de sa mère. « S'il arrive quelque chose de grave, je peux te présenter une personne des services sociaux » avait-il dit. Il y avait beaucoup d'endroits où elle pourrait aller, il y avait même des programmes qui permettaient à des enfants sans tuteur de vivre librement. Elle n'avait pas à s'inquiéter. Elle ne devait penser qu'à sa sœur et elle. C'était ce que le docteur lui avait dit.

Mais Lightning avait réalisé que toutes les responsabilités de sa mère allaient lui retomber sur les épaules. Est-ce que ça se voyait sur mon visage ? se demanda-t-elle. En y repensant, elle avait l'impression que sa mère savait ce qu'elle pensait.

« Je me sens mieux aujourd'hui. Je pense que je vais manger un fruit. Serah, tu veux bien aller m'en acheter un ? »

« J'y vais » dit Lightning en se levant. Sa mère sourit.

« Serah sait mieux choisir la nourriture. »

« Mm-hmm, et je sais mieux cuisiner aussi. » déclara Serah, fière d'elle. Elle quitta la chambre.

« Tu vas devoir faire beaucoup de choses à partir de maintenant, et pas seulement la cuisine. » lui dit sa mère. Le bruit des pas de Serah disparut peu à peu. La mère de Lightning lui sourit. Oui, elle comprend, pensa Lightning. C'est pour ça qu'elle a dit à Serah d'aller chercher un fruit. Elle va me parler de ce que je vais devoir faire. Mais elle ne le fit pas.

« Mais tu sais, tu n'auras pas à tout faire toute seule. Serah pourra t'aider pour beaucoup de choses. »

« Mais, maman... » Elle ne pouvait rien dire d'autre. Sa mère tendit le bras pour qu'elle se rapproche. Elle caressa ses cheveux comme si elle était un petit enfant. Lightning avait envie de pleurer.

« Petite enfant gâtée. On t'appelait comme ça avant la naissance de Serah. »

« Je ne m'en rappelle pas... »

« Quand elle est née, tu es devenue une grande sœur. Tu n'avais que trois ans. On ne pouvait plus t'appeler notre enfant gâté, ton père et moi. » Sa mère riait, mais Lightning pouvait sentir sa peine. La main qui caressait ses cheveux était tellement décharnée.

« Après la mort de ton père, tu m'as toujours aidée. Tu t'es toujours occupée de Serah. Tu es une bonne grande sœur, alors je ne m'inquiète pas pour elle. Parce que tu seras là. » Sa mère continua, « Mais Serah sera là pour toi, elle aussi. Elle t'aidera quand tu auras de la peine, elle te donnera de la force. Ne l'oublie pas. » Et sa mère l'appela encore une fois, doucement, « Ma petite enfant gâtée... »

Son état évolua ensuite rapidement. Elle s'était déjà préparée à ça, alors elle l'accepta sans dire un mot. Ce jour-là, au moment où sa mère la traita une dernière fois comme une petite fille, son enfance s'était terminée. Elle n'avait plus personne qu'elle pouvait appeler maman. Alors elle n'était plus un enfant. Elle ne pouvait plus être un enfant.

« Tu n'auras pas à tout faire toute seule. » lui avait dit sa mère. Mais elle était la seule qui pouvait protéger Serah. Évidemment, réalisa-t-elle, je devrai tout faire tout seule.

Je veux être une adulte. Elle le voulait de tout son cœur. Pour protéger Serah, pour rendre mon unique petite sœur heureuse, je dois devenir une adulte aussi vite que possible. Si je ne peux pas en être une aux yeux de la loi, je vais devoir me débarrasser du nom que mes parents m'ont donné pour en devenir une toute seule. Si je ne suis pas la fille de ma mère, ça marchera, non ? En échange, je serai la gardienne de Serah. Je la protégerai. Elle en fit le serment sur la tombe de sa mère. Elle se donna un nouveau nom, Lightning.


Son étui de revolver tomba, et elle revint à elle. Elle n'avait même pas réalisé qu'elle s'était déjà habillée. Elle sourit mécaniquement. Ce n'était même pas encore l'heure d'y aller.

Mais elle s'était levée plus tôt que prévu. Elle n'avait pas bien dormi, sans doute à cause de ce qui s'était passé hier. C'est compréhensible, se dit-elle pour la millionième fois, en soupirant. Pourquoi lui ? Elle n'était pas le genre de sœur surprotectrice qui chasserait tous les hommes qui lui adresseraient la parole. Elle voulait quelqu'un qui puisse rendre Serah heureuse. Quelqu'un qui pourrait la protéger. Elle ne laisserait personne qui ne serait pas à la hauteur s'approcher d'elle. Il n'avait pas besoin d'être un beau parleur ou d'avoir de l'argent. Il devait juste être gentil avec elle, et vouloir la protéger.

Ce type ne pourrait jamais la défendre, se dit Lightning. C'est juste un idiot qui se prend pour un roi. Il l'abandonnerait au moindre problème. Elle pourrait le faire comprendre à Serah. Une lycéenne sérieuse et un chômeur bon à rien, ça ne marcherait pas.

Si maman était encore en vie, pourrions-nous arrêter Serah ensemble ?

Non, probablement pas. Lightning laissa tomber ses épaules. Papa était plus ou moins dangereux lui aussi. Il était insouciant et gentil, mais on ne pouvait pas vraiment compter sur lui. Maintenant que je suis une adulte, je m'en rends compte, pensa Lightning. Bien entendu, quand j'étais petite, j'aimais mon père. Il était toujours joyeux, et il rigolait tout le temps. Mais s'il avait vécu plus longtemps, est-ce que j'aurais critiqué son attitude ? Je me serais probablement rebellée.

C'est maman qui l'a choisi, de toute façon. Elle aurait probablement été indulgente avec quelqu'un comme Snow. Elle aurait dit, « Si c'est lui que Serah aime... » et elle l'aurait accepté.

Alors c'est moi qui dois la protéger de cet homme. Je ne suis ni maman, ni papa. Ils l'auraient peut-être toléré. Mais pas moi. Jamais.

Elle enfila ses gants de cuir et ouvrit la porte de sa chambre. Elle décida de partir tôt aujourd'hui.




Dernière édition par mrlamouette le Lun 20 Déc - 14:01, édité 3 fois

Chapitre quatre
Spoiler:

Selon d'anciens rapports, les Ruines Étranges de Bowdam existaient depuis des centaines d'années. Les vieilles bâtisses et résidences de Cocoon étaient généralement considérées comme des constructions "histoiriques", mais les artefacts de Pulse étaient appelées des "ruines".

Ils avaient probablement été amenés ici durant la Guerre des Révélations, pour les utiliser comme matériaux afin de réparer les bâtiments détruits. Tout le monde savait que les fal'Cie maintenaient l’état des fondations de Cocoon avec des matériaux trouvés sur Pulse. Mais, chose étrange, au fil de toutes ces années, ils n'avaient jamais été utilisés pour restaurer ou pour construire. Ils n'avaient pas non plus été renvoyés sur Pulse. Ils étaient simplement restés à Bowdam, attendant leur heure.

Y avait-il des projets pour ces ruines ? Ou étaient-elles conservées pour autre chose ? Personne ne le savait. Quelques centaines d’années ne représentaient rien pour les fal'Cie, immortels. Aucun humain ne pouvait comprendre leurs desseins.

Quoi qu'il en soit, le mystère restait entier. Peut-être que les personnes travaillant au gouvernement avaient une petite idée sur la question, mais les simples citoyens comme Serah n'en savaient rien.

« J'ai beau les avoir vues d'innombrables fois, je les trouve toujours aussi étranges. » Serah leva les yeux vers ces ruines imposantes. Qui avait bien pu construire une telle chose ?

Les humains normaux ne pouvaient pas vivre sur Pulse, à cause des catastrophes climatiques fréquentes et des violents monstres qui y rôdaient. Elle avait entendu dire que les seules personnes qui y vivaient étaient quasiment des barbares. Ils n'auraient jamais pu bâtir une construction aussi sophistiquée. On disait également qu'il y avait aussi un fal'Cie sur Pulse. Mais contrairement au fal'Cie de Cocoon, qui accordait sa bénédiction aux pèlerins, celui de Pulse n'apportait que destruction.

Si c'était réellement le cas, le fal'Cie de Pulse n'avait pas non plus réalisé cet édifice. S'il avait été construit par quelque chose d'aussi terrible, Cocoon aurait été en danger, et son fal'Cie l'aurait détruit pour en tirer des matériaux.

Mais si ce n'était ni le fal'Cie de Pulse, ni les barbares, qui était-ce ?

Nombre d'écrits existaient sur le sujet. Tout le monde voulait le savoir. Mais aucune réponse n'avait été trouvée. C'était une vieille histoire, et personne n'aurait pu en trouver une explication compréhensible.

Serah avait commencé à s'intéresser à l'histoire à cause de mystères comme celui-ci. Ses résultats dans cette matière étaient ainsi devenus bien meilleurs. Elle se disait parfois que si elle n'avait pas grandi près des Ruines de Bowdam, l'histoire ne l'aurait pas autant attirée. Mais elle n'en était pas certaine.

Il n'y avait rien de tel qu'un mystère inexpliqué pour piquer la curiosité de Serah. Même si aucune réponse n'était à sa portée, le simple fait d'en chercher une était amusant. Évidemment, si elle parvenait à le résoudre, c'était encore mieux.

« Si seulement je pouvais rentrer à l'intérieur. »

Mais ces ruines ne disposaient d’aucune entrée. Il n'y avait pas la moindre information sur ce qui s'y trouvait. On ne savait même pas si l'intérieur ressemblait à celui d’un bâtiment classique. Serah toucha l'édifice. Ce n'était ni de la pierre, ni du métal. C'était trop froid au toucher. Non, c'était probablement une sorte de métal qu'on ne voyait pas tous les jours. Ou duu moins, qu'on n'utilisait pas pour construire des bâtiments.

Il devait probablement être très différent lorsqu'il avait été conçu, sur Pulse. Il avait dû subir le vent et la pluie de Cocoon pendant des centaines d'années. Sa couleur et sa forme avaient peut-être aussi changées.

Serah fixa son regard sur le sommet des ruines, et commencer à en faire lentement le tour. Lorsqu'elle faisait ça, on aurait dit que c'était elles qui se déplaçaient. Sa sœur lui avait montré ça quand elles étaient petites. Elle l'avait elle-même appris de son père. Serah avait été là elle aussi, mais elle ne s'en rappelait pas.

Rien n'a jamais changé ici, se dit Serah. Dix ans auparavant, cinq ans auparavant, aujourd’hui. Dans cinq ans, puis dans dix, ce sera certainement encore pareil. Même après ma mort, elles seront probablement encore là, immuables.

Brusquement, elle sentit quelque chose d’étrange sous ses doigts. Le mur avait l'air différent à cet endroit. Surprise, Serah regarda devant elle. Une entrée était apparue.

Serah fixa avec étonnement l'intérieur de la structure.

« C'est ouvert ?! »

Depuis quand ? Lorsqu'elle était venue il y a deux jours, rien n'avait changé. Elle venait voir les ruines depuis qu'elle était petite. Elle n'aurait jamais raté le moindre changement, en particulier s'il était aussi grand qu'une entrée.

Peut-être qu'une équipe de chercheurs du gouvernement avait enfin réussi à y accéder. Serah fit quelques pas en avant.

« Il y a quelqu'un… ? »

Personne ne lui répondit. Il n'y avait pas de gardes, alors ce n'était probablement pas une mission de chercheurs.

« Je peux juste jeter un petit coup d'œil, non… ? »

Si on apprenait qu'elle était entrée sans permission, elle aurait de gros problèmes. Mais sa curiosité prit le dessus.

Elle pénétra prudemment dans les ruines. Elle espérait au moins pouvoir aller jusqu'au centre du bâtiment. Le centre des Ruines de Pulse. Quelque chose qui venait de l'extérieur de Cocoon. Elle était excitée, si proche qu'elle était de percer le secret de cet endroit. Mais plus elle progressait, plus elle avait l'impression qu'elle était irrespectueuse. L'air était si pur et frais à l'intérieur.

Les ruines semblaient bien plus vastes vues de l'intérieur que de l'extérieur. Il y avait des passages et des escaliers de tous les côtés. Il était évident qu'il n'y avait personne ici. Non seulement elle n'entendait personne, mais elle n'entendait pas non plus le moindre bruit. Malgré cela, l'intérieur des ruines était éclairé. Il y avait des lumières le long des couloirs. Alors qu'elle s'enfonçait plus profondément, Serah se demanda quelle sorte d'appareil pouvait les faire fonctionner. Les lumières semblaient de plus en plus fortes, comme si elles lui indiquaient le chemin à suivre.

« Oh, ouah… ! »

Elle n'avait lâché qu’un murmure, mais l'écho était beaucoup plus fort. Elle couvrit sa bouche avec ses mains. Elle soupira et regarda à nouveau autour d'elle. L'architecture était étrange. Le sol semblait être fait de pierre, mais il était totalement différent de ceux des anciens bâtiments de Cocoon. Le sol, les murs, et les couloirs étaient tous parfaitement droits. Celui qui les avait conçus était probablement très doué. Les lignes se rejoignaient avec élégance, créant une magnifique harmonie.

« Je me demande ce qu'il y a ici. »

Elle regarda vers le haut. Le plafond était tellement lumineux qu'elle pouvait le distinguer clairement de là où elle se trouvait. Des escaliers menaient vers le haut. Il devait y avoir quelque chose là-bas.

À ce moment précis, le palier des escaliers s'illumina. Comme s'il lui disait : « Si tu veux en savoir plus, monte. » Serah n'hésita pas un seul instant. Le bruit de ses pas résonnait. La hauteur des marches semblait différente de celle qu'on trouvait généralement dans Cocoon, mais elle n'avait pas trop de difficultés pour les grimper pour autant.

Elle monta encore un peu, puis traversa un nouveau passage, qui déboucha à nouveau sur un escalier. La montée était longue, mais elle n'était pas fatiguée. Tout ceci était bien plus intéressant que n'importe lequel des musées qu'elle avait pu visiter. Serah était en transe.

L'organisation des passages et des escaliers était plutôt complexe, mais elle ne se perdit pas. Comme auparavant, le passage s'illuminait de plus en plus au fur et à mesure qu'elle avançait. Peut-être pour lui montrer la voie, certainement pour la pousser à continuer son chemin.

Elle se demanda pourquoi cet endroit avait été construit. Les questions qu'elle s'était posées au fil des années lui revenaient à l'esprit. Il ne lui semblait pas que c'était pour quelque chose de mauvais. Elle ne sentait rien de malveillant dans l'air.

« Mais... Je suis un peu fatiguée. Je ne crois pas que j'arriverai à aller jusqu'en haut... »

Elle avait déjà traversé un bon nombre d'escaliers, de couloirs et de petites pièces. Elle se reposa un court instant contre un mur, en regardant en bas. Elle n'était même pas à la moitié du chemin. Elle avait toujours pensé que ces ruines touchaient presque les cieux. Arriver en haut de l'édifice ne serait pas facile.

« Juste encore un peu... »

Si elle devait retourner en arrière, autant aller jusqu'à la moitié du chemin. Ses jambes étaient lourdes, mais elle continua. Elle respirait bruyamment, grimpant lentement les marches, lorsque quelque chose attira son attention.

« Comme c'est joli ! »

Au bord du palier suivant se trouvant un pilier de lumière. Son éclat était différent : c'était une douce lumière verte.

« Je vais me reposer là-bas. Cette lumière indique probablement qu'on peut s'arrêter ici. »

Lorsqu'elle s'approcha un peu plus, elle vit qu'il y avait d'autres piliers identiques plus haut. Elle baignait entièrement dans leur lumière, qui effaçait sa fatigue. Oui, ce doit être un endroit pour se reposer, se dit-elle en s'appuyant contre le piédestal.

Soudain, un grondement se fit entendre. Surprise, Serah sursauta. Les murs et le sol en face d'elle se mirent à bouger. Elle réalisa qu'elle avait été trop optimiste au sujet de ces piliers de lumière. Elle n'indiquaient pas une zone de repos, mais une sorte de moyen de transport.

Inquiète, Serah regarda autour d'elle. Les escaliers s'aplatissaient, les couloirs se transformaient en murs, l'intérieur des ruines tout entier changeait. À l'étage en-dessous, un énorme cylindre tomba en gémissant. Je me demande si c'est une source d'énergie.

L'escalier qui se trouvait en face d'elle disparut. Elle pensait qu'il deviendrait un couloir comme les autres, mais non. Il n'y avait rien ici. C'était une impasse.

« Qu'est-ce que je vais faire maintenant... »

Le grondement prit fin, et tout redevint silencieux à nouveau. Elle n'eut qu'un bref moment de répit avant qu'un étrange motif rouge ne viennent flotter devant elle. Elle l'avait déjà vu plus bas. Mais elle pensait également l'avoir vu ailleurs, avant d'être venue ici. Où est-ce que j'ai déjà vu ça ? se demanda-t-elle.

Le motif émit soudainement une lumière aveuglante. Serah couvrit son visage. Un étrange plate-forme se matérialisa dans l'air. C'était comme un bout de sol, qui flottait.

« C'est comme un ascenseur... c'est ça ? Un ascenseur très ancien. »

Elle avait déjà vu d'anciens ascenseurs lorsqu'elle avait visité l'un des sites historiques de Cocoon. Mais celui-ci était bien différent.

« J'imagine que je n'ai pas d'autre choix que d'essayer. »

Serah sauta sur la plate-forme. Il ne lui était même pas venu à l'esprit que ça pourrait être dangereux. Comme les lumières des escaliers et des couloirs, l'ascenseur se fit de plus en plus lumineux, lui montrant le chemin. Elle avait raison : il se mit à monter lentement. Serah espérait qu'il l'emmènerait jusqu'au sommet.

Le plafond était de plus en plus proche. La lumière était devenue tellement forte qu'elle lui faisait mal. L'ascenseur s'arrêta enfin. Est-ce que je suis au dernier étage ? se demanda Serah. L'air était plus frais qu'au rez-de-chaussée.

« Ce sont... des particules de cristal ? »

Des millions de petites lumières scintillantes flottaient dans l'air. Quelque chose au fond d'elle lui disait qu'elles n'étaient pas simplement jolies, mais véritablement sacrées. Elle se redressa, et s'avança à travers les particules. C'est dans des moments pareils qu'on a envie de prier, se dit-elle.

Les portes s'ouvrirent, comme pour lui dire que chacune de ses questions trouveraient bientôt sa réponse. Elle entra. Tout était noir. Elle commençait à se demander si elle n'aurait pas dû entrer dans cette pièce lorsque le chemin s'éclaira faiblement. Il n'était pas aussi lumineux que les autres, mais on pouvait tout de même y voir. Ce doit être le bon chemin, pensa-t-elle.

Serah continua, et la lumière se fit lentement de plus en plus forte. Oui, c'est bien ça, se dit-elle, je suis sur le bon chemin.

« Il y a quelque chose ici... ? »

Elle n'y voyait pas très bien dans la semi-pénombre. Il y avait quelque chose devant elle, quelque chose d'énorme. Quelque chose de vivant. Qui bougeait. À l'intérieur duquel une lumière froide se reflétait.

« Un Cristal ?! Mais, mais pourquoi ? »

L'instant d'après, une écrasante lumière jaillit. Elle était blanche et pure, tellement aveuglante qu'elle dût fermer les yeux. Mais une image s'était formée dans son esprit. C'était énorme, et horrible.

Que... Qu'est-ce que c'est ?!

Elle essaya de hurler mais aucun son ne sortit de sa gorge. Cette énorme et horrible chose s'éleva et frémit. Il y eut un cri, mais elle ne pouvait pas l'entendre. Non, non, je peux l'entendre. C'est une chanson. Quelqu'un est en train de chanter. Qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce que ça veut dire ?

Mais très vite, elle ne put plus penser. Tout devint noir.


Chapitre cinq
Spoiler:

Lightning pensait se promener un peu avant d'aller au travail, mais elle se finit par se retrouver au centre commercial.

Chaque année, des touristes des quatre coins du monde venaient à Bowdam pour son festival de feux d'artifices. Il existait depuis des temps anciens, et il y avait quelques légendes à son propos. La plus populaire étant la suivante, « Si tu fais un voeu la nuit des feux d'artifices, ton rêve deviendra réalité ». C'était tout. Rien d'autre à faire. Il suffisait simplement de faire un voeu. Les gens y croyaient depuis des décennies, peut-être même plus, probablement parce que c'était aussi simple que ça.

Tout le monde avait un rêve. Peu importe combien vous étiez heureux, il y avait toujours quelque chose qui pouvait vous le rendre encore plus. C'est pourquoi lors de la nuit du festival, les portes de Bowdam accueillaient beaucoup plus de gens que d'habitude. Avec autant de personnes rassemblées, il y avait forcément des accidents. Alors la force de sécurité de Bowdam devait patrouiller. Cette nuit-là, Lightning serait responsable de la zone s'étendant du centre commercial jusqu'à la plage.

C'est sûrement une bonne idée d'y faire un tour avant ce soir, pensa-t-elle. Je vais pouvoir mémoriser l'emplacement de chacune des boutiques, décider où je placerai mes soldats et prévoir quoi faire en cas d'accident. Par exemple, on devrait se concentrer sur ce magasin de bijoux. Ou au moins leur dire d'être vigilants. Les magasins de bijoux seraient les premiers visés en cas de vol.

Quelque chose attira son attention dans l'une des vitrines. Un gros pendentif qui pendait au bout d'une délicate chaîne était exposé. Il avait une forme étrange. Lightning n'y connaissait pas grand chose en bijoux, mais ça ressemblait au genre d'objets qui plaisait à Serah.

Traîner au centre commercial et regarder les devantures lui fit réaliser qu'elle n'avait pas fait du lèche-vitrines depuis bien longtemps. La dernière fois qu'elle l'avait fait, c'était avec Serah. Ça fait très longtemps que nous ne sommes pas allées faire les magasins, se dit-elle. On ne l'a pas fait depuis que je suis entrée dans l'armée.

Elle se sentit soudainement coupable. Après s'être engagée, elle s'était dit qu'elle s'occuperait de Serah une fois qu'elle se serait habituée à son travail. Mais après un an, elle eut encore plus de responsabilités. Elle était encore plus occupée. En un rien de temps, non seulement elles ne sortaient plus ensemble, mais elles se parlaient également très peu.

Quand elle s'était engagée dans l'armée, Serah était encore au collège. Elle s'inquiétait sûrement de ce qu'elle ferait après l'école, ou de ses relations avec les autres. Tout le monde avait des problèmes à cet âge-là. Elle avait sans doute voulu demander des conseils à Lightning sur de nombreuses choses. Mais non, Lightning était trop occupée au travail pour l'écouter.

Serah s'était sûrement sentie très seule. Elle cherchait probablement quelqu'un à qui parler... Ce doit être comme ça qu'elle a connu ce frimeur de Snow. Si c'est le cas, alors tout est de ma faute, se reprocha-t-elle. Si seulement j'avais été là pour Serah. Même si j'étais occupée, j'aurais pu trouver du temps pour elle. Pourquoi ne l'ai-je pas fait ? J'avais juré sur la tombe de ma mère de la protéger, mais je n'ai réussi qu'à la rendre solitaire, à tel point qu'elle s'est attachée à ce type horrible. Et tout est de ma faute...

« Oh, comme c'est mignon ! »

Lightning se retourna. Une mère et son fils s'étaient arrêtés devant un magasin animalier.

« Tu aimes ces animaux, maman ? »

« Quoi ? Mais toi aussi, tu les aimes. Tu t'arrêtais toujours devant le magasin en pleurnichant, "J'en veux un, j'en veux un !" »

« Et c'était il y a combien de temps ? »

« Pas si longtemps que ça... seulement dix ans. »

La mère et son fils regardaient tous les deux la devanture. Il était évident qu'ils s'entendaient très bien. Les cheveux du garçon étaient d'un argent sobre, tandis que ceux de la mère étaient bien plus lumineux. Même si la couleur de leurs cheveux était différente, leurs visages se ressemblaient. On disait que les garçons ressemblaient généralement à leur mère. Au vu de sa taille, il devait avoir quatorze ou quinze ans. Le blouson orange vif qu'il portait renforçait cette impression. J'avais cet âge-là quand ma mère est morte, pensa-t-elle, un peu triste.

« Ce sont de très bons animaux pour les enfants. Ils sont intelligents, et ils s'attachent rapidement à leur maître. »

Le vendeur prit un petit oiseau qui se trouvait dans la boîte pour le mettre dans une cage. C'était un bébé Chocobo.

« On n'en trouve presque plus, tout le monde se les arrache. Notre magasin d'Ewleede en avait reçu il y a deux jours, et ils ont déjà tous été vendus. Nous allons devoir leur en renvoyer bientôt. »

Ils n'étaient pas aussi populaires lorsque nous étions enfants, se dit Lightning. Serah avait un ami avec lequel elle jouait souvent et qui en avait un. Elle avait toujours les yeux qui brillaient quand elle en parlait.

« Alors, vous voudriez en acheter un ? »

« Oh non, malheureusement nous sommes en vacances. Palumpolum est trop loin pour qu'on l'emmène jusqu'à là-bas. »

Le mot "vacances" donna une idée à Lightning. Des vacances. Ce serait une bonne idée.

Ce serait une bonne manière pour elle de s'excuser auprès de Serah. Elle pourrait l'amener quelque part. Même s'il n'était pas question de prendre de longues vacances, quelques jours feraient l'affaire, et elles pourraient faire un petit voyage. Une fois que le festival serait terminé, elle aurait probablement un emploi du temps plus flexible, et elle prendrait quelques jours de repos.

À mon anniversaire, se dit-elle, on pourra en parler. Elles préparaient toujours le dîner ensemble pour son anniversaire. Serah lui donnait à chaque fois un cadeau très recherché. Cette fois-ci, elle pourrait la remercia en lui annonçant qu'elles partiraient en vacances. Juste à deux, entre sœurs.

Elle écouterait alors tout ce que Serah pourrait avoir à lui dire. Pour rattraper tout le temps perdu. Elles passeraient de bons moments et elles mangeraient de bons plats. Évidemment, elle ferait en sorte de trouver du temps pour Serah quand elles rentreraient de vacances. Elle ne la laisserait plus être seule. Elle réaliserait alors qu'elle s'était faite avoir par ce type. Elle irait à l'université d'Eden. Elle aurait beaucoup de nouveaux amis, elle verrait des tas de nouvelles choses, et elle oublierait complètement Snow.

Lightning décida que c'était une excelle idée. C'était grâce à cette mère et son fils si elle l'avait eue. Elle se retourna, voulant les remercier, mais ils n'étaient plus devant le magasin animalier. Elle les vit s'éloigner ensemble, à travers la foule. Ils avaient semblé tellement heureux que le simple fait de penser à eux lui réchauffa le cœur.

Merci, pensa Lightning. Passez de bonnes vacances.


Chapitre six
Spoiler:

Elle entendait une voix, dans les ténèbres. Elle disait « l'Cie ». On aurait dit que cette voix allait s'éteindre à tout moment.

« Pourquoi... »

C'était une voix différente, bien plus claire.

« Pourquoi avez-vous choisi une habitante de Cocoon ? »

Qui était en train de parler ? De quoi parlaient-ils ? Elle voulait leur demander, « Qui êtes-vous ? », mais elle ne pouvait pas parler. Ni ouvrir ses yeux ou bouger ses doigts. Elle ne pouvait pas faire le moindre geste. Elle avait l'impression de flotter. Qu'est-ce qui se passe ? se demanda-t-elle. Au même instant, les ténèbres se firent plus profondes. Incapable de les combattre, elle s'évanouit à nouveau.


Elle sentit la chaleur du soleil sur son visage. Elle ouvrit les yeux et vit un ciel bleu au-dessus d'elle. Pas seulement le ciel, mais aussi les ruines. Comment elle était arrivée là, allongée par terre, était un mystère. Timidement, elle essaya de lever sa main droite. Elle pouvait la bouger. Alors elle essaya sa main gauche. Oh super, se dit-elle, je peux bouger mes deux mains.

Elle se releva lentement, mais elle se sentait nauséeuse. S'appuyant sur ses mains, elle s'assit un instant.

Qu'est-ce qui s'est passé ? se demanda-t-elle. J'étais en train de marcher autour des ruines. Et puis ? Puis j'ai vu une entrée, alors je suis allée à l'intérieur. Et il y avait beaucoup d'escaliers que j'ai montés, montés, pour m'enfoncer dans les ruines... J'ai vu un grand cristal. Et puis une lumière blanche très pure. Après ça, je ne me rappelle de rien. Comme si cette lumière avait tout effacé. Qu'est-ce qui s'est passé ? C'était quoi, cette lumière ?

« Pourquoi avez-vous choisi une habitante de Cocoon ? »

Elle se rappelait de cette voix. Est-ce que c'était un rêve ? Probablement. Elle était consciente un instant, inconsciente l'instant d'après, et il n'y avait pas d'humains dans les ruines. Mais avant qu'elle s'évanouisse, elle avait vu une chose étrange. Non, pas étrange. Horrible, répugnant. Son nom... non. Non, c'était un rêve. C'était un horrible cauchemar.

Mais, si je suis là, ça veut dire qu'il y avait quelqu'un dans les ruines. J'étais inconsciente, alors quelqu'un a dû me porter. Elle fouilla dans sa mémoire.

Elle avait entendu autre chose. Oui, « l'Cie ». l'Cie ? Ce l'Cie ? Non. Serah secoua la tête. Les l'Cies ne sont rien d'autre qu'une vieille histoire. Comme une légende ou un conte.

Sa tête la lancinait. Elle avait probablement heurté quelque chose quand elle était tombée. Elle se demanda si elle s'était faite mal ailleurs. Elle bougea les jambes : cela ne lui fit pas mal. Elle releva la tête. Elle ne se sentait plus nauséeuse. S'appuyant contre un mur, elle se releva. Ses jambes tremblaient un peu, mais elle tenait debout.

Elle n'était pas blessée. Soulagée, elle soupira. Puis elle vit quelque chose de noir sur son bras gauche.

« Que... Qu'est-ce que c'est ? »

Il y avait un motif sur son bras. Il était trop sophistiqué pour n'être qu'une blague, mais il était différent du tatouage que Lebreau avait sur l'omoplate.

« J'espère que je pourrai l'effacer. Si je ne peux pas... Qu'est-ce que je vais faire ? »

Elle le toucha du bout des doigts, et sursauta. Elle l'avait déjà vu auparavant. C'était un motif complexe composé de multiples flèches. Celui-ci n'était pas exactement pareil, mais ils se ressemblaient. Oui, elle l'avait vu à plusieurs reprises dans les ruines, elle l'avait vu dans cette lumière rouge...

« Oh ! », dit-elle doucement. Elle venait tout juste de se rappeler. Elle l'avait déjà vu avant d'être entrée dans les ruines. Elle en était certaine. C'était il y a quelques années, dans un livre qu'elle avait emprunté à la bibliothèque.

Il y a bien longtemps, lorsque des ennemis venant de Pulse attaquaient Cocoon, le fal'Cie de Cocoon avait transformé des humains en l'Cie, des servants aux pouvoirs spéciaux. Les l'Cie s'étaient battus pour protéger Cocoon. C'était écrit dans les récits de la Guerre des Révélations.

Le fal'Cie de Pulse avait fait de même, transformant les barbares en l'Cie pour les envoyer attaquer Cocoon. C'était sur cette page qu'elle avait vu ce motif, le même qu'elle portait maintenant sur le bras. En-dessous, il était écrit « La Marque des l'Cie – Pulse – Reproduction ».

« Je suis une l'Cie ? »

Une l'Cie de Pulse.

« Non. Non, ce n'est pas possible. »

Ce devait être une plaisanterie cruelle. Une plaisanterie faite par la personne qu'elle avait entendu parler dans les ruines.

« Pourquoi avez-vous choisi une habitante de Cocoon ? »

Son cœur fit un bond. Ces paroles. C'était comme si elles voulaient dire, « Normalement, vous ne choisiriez pas un habitant de Cocoon ». Et donc, il devait y avoir des gens à l'extérieur de Cocoon.

« Sur Pulse... ? »

Évidemment. Ces ruines venaient de Pulse. Cette voix avait voulu dire « Pourquoi avoir choisi quelqu'un de Cocoon, alors que vous prenez normalement des habitants de Pulse ? » La voix n'avait rien trouvé d'étrange à propos du fait de « choisir ». Elle savait donc que c'était ici qu'on désignait les l'Cie. Et celui qui le faisait n'était autre que le fal'Cie.

Ce qui voulait dire...

« Le fal'Cie de Pulse est à l'intérieur des ruines ? »

Maintenant, tout était clair. Les particules de cristal dans l'air, l'énorme cristal qu'elle avait vu avant de s'évanouir... Si le fal'Cie était dans ces ruines, tout s'expliquait. Serah l'avait vu, et il avait fait d'elle une l'Cie. Le fal'Cie de Pulse, celui qui n'apporte que désastre et destruction aux habitants de Cocoon.

Les l'Cie désignés par le fal'Cie de Cocoon étaient des « Serviteurs Sacrés », tandis que ceux de Pulse étaient les « Pions du Démon », des ennemis de Cocoon.

« C'est ce que je suis ? Non. Ce doit être un mensonge. Ce n'est pas possible... »

Serah frotta la marque noire sur son bras jusqu'à avoir mal. Elle ne s'effaçait pas.

« C'est juste une blague horrible ! »

Elle frotta encore plus fort. Elle tressaillit. La marque était en train de changer. Elle ne s'effaçait pas, mais sa forme et sa couleur changèrent.

« C'est pas vrai... »

Ce n'était pas simplement quelque chose qui était griffonné sur son bras. C'était gravé dans sa chair.

« Non, non, non, pas ça. »

Elle mit son menton sur ses genoux. Non, ce n'est pas possible. C'est juste une erreur stupide. Elle essayait de se convaincre elle-même, mais à chaque fois qu'elle regardait la marque sur son bras, elle perdait tout espoir. Elle ne pouvait nier ce qu'elle savait. Ça aurait été plus facile si elle ne savait rien.

« Snow... Lightning... J'ai peur. »

Il ne faisait pas froid, mais elle tremblait. Les larmes coulaient sur son visage.

« Aide moi. Snow... »

Elle ne pleura qu'un petit moment. Snow reviendra vite, pensa-t-elle. Je ne veux pas qu'il me voit comme ça. Cette marque horrible. Je suis un danger pour Cocoon, maintenant.

Elle se fit violence pour arrêter de trembler et se leva. Je dois partir d'ici, tout de suite. Avant que Snow ne revienne. Seule cette pensée la décida à ne pas s'arrêter.


Chapitre sept
Spoiler:

Où est-ce que Serah aimerait aller ? se demanda Lightning.

Le simple fait d'y penser la fit sourire. Se promenant dans le centre commercial, Lightning se sentait plus légère que d'habitude. C'était la première fois qu'elle allait dans une agence de voyage, mais ils avaient été patients avec elle. Il y avait plein d'endroits où elles pouvaient aller, même pour une courte durée, leur avaient-ils dit. Ils lui avaient même envoyé des brochures chez elle. À son anniversaire, elles pourraient les parcourir toutes les deux et préparer leurs vacances. Ce serait la première fois qu'elles partiraient ensemble. Elle était sûre que Serah serait heureuse.

Penser à son sourire lui réchauffa le cœur. Mon trésor, se dit Lightning. Je ferai tout ce qu'il faudra. Je suis désolée de ne pas avoir été là pour toi, Serah. Mais je ne te laisserai plus jamais te sentir seule. Je ne me servirai pas de mon travail comme d'une excuse. Je le promets.

Elle avait impression de ne pas avoir arrêté de courir depuis la mort de sa mère. Je ne dois plus me dépêcher, je dois prendre du temps pour m'arrêter, me relaxer. Pour Serah, et pour moi.

Dans la foule, elle aperçut deux personnes habillées bizarrement. L'une, une femme aux cheveux noirs, avait une tenue qui mélangeait l'exubérance de l'homme et l'indécence de la femme qu'elle avait vus hier. On dirait que je suis condamnée à tomber sur des femmes aux cheveux noirs ces temps-ci, se dit Lightning. Mais celle-ci semblait avoir une certaine audace, presque sauvage. C'étaient peut-être juste le design de ses habits bleus qui donnaient cette impression. Ce devait être ça, être "à la pointe de la mode". La femme qui l'accompagnait était habillée plus ou moins de la même manière. Elles portaient sûrement la même marque de vêtements. Peut-être qu'elles venaient d'Eden.

« Je ne comprends rien à la mode. », dit-elle en soupirant.

« Vous ne comprenez pas quoi ? », demanda une voix familière dans son dos. C'était le Sergent Major Amoda. Lightning s'inclina rapidement, et pointa du doigt l'endroit où se trouvaient les deux femmes.

« Les habits que ces deux-là portent... »

Elles n'étaient plus là. Peut-être qu'elles étaient rentrées dans une boutique.

« Deux femmes ? »

« Non, ce n'est rien. Je disais juste que je ne sais pas grand chose sur les dernières modes. »

Ça concerne aussi les deux que j'ai vu hier, ajouta-t-elle silencieusement. Je n'y comprends absolument rien.

« Eh bien, peut-être pas vous. Mais votre petite sœur ? Ça ne l'intéresse pas la... ah, mode ? »

« Si elle me disait qu'elle voulait ce genre de vêtements... »

Elle allait dire : je ne serais pas d'accord. Amoda était encore en train de se moquer d'elle. Lightning ria mécaniquement. C'était le Sergent Major tout craché.

« C'est inhabituel de vous trouver au centre commercial avant le travail, Sergent. Vous faites les magasins, peut-être ? »

« Arrêtons de parler de ça, s'il vous plaît. »

Elle l'avait dit tellement sèchement qu'Amoda fit signe qu'il abandonnait.

« Je fais le tour de la zone, comme c'est ici que je serai en patrouille pendant le festival. Il y aura pas mal de choses à changer. »

« J'apprécie que vous preniez autant votre travail à cœur, mais vous ne pensez pas qu'il vaudrait mieux attendre le jour du festival pour ça ? »

« Pourquoi êtes-vous là, Sergent Major ? »

Elle décida de le taquiner à son tour. Elle savait déjà pourquoi. Ils se connaissaient depuis très longtemps.

« Pour la même chose que vous. »

« Il ne vous restera plus rien à faire, alors. »

« Un vieil homme comme moi peut vite oublier les choses. Ça me sera déjà sorti de la tête d'ici le jour du festival. »

Ils se regardèrent et rirent.

« J'espère que tout se passera bien cette année. »

Dans huit jours, les feux d'artifices envahiraient le ciel de Bowdam. Tous les gens qui voulaient que leurs rêves se réalisent se rassembleraient cette nuit-là. Le lendemain, ce serait les vingt-et-un ans de Lightning. La première fois depuis bien longtemps qu'elle pourrait vraiment parler à Serah. Son coeur en battait déjà d'excitation.

« Bon, bon, on ne va pas rester plantés là toute la journée. C'est l'heure. Allons-y. »

Lightning rajusta sa tenue et regarda droit devant elle. C'était l'heure d'aller au travail. L'heure pour elle de devenir un soldat.

« À vos ordres, Sergent Major. »

C'était une belle après-midi ensoleillée. Se faufilant entre les marchands enthousiastes, ils marchèrent rapidement. Elle entendait les gens parler de choses idiotes et rire aux éclats. La cité côtière de Bowdam regorgeait de scènes comme celles-ci. Lightning les savoura, croyant toujours que Serah faisait de même.

Partie II : Étranger





Chapitre un
Spoiler:
Un sommeil léger, ponctué par de nombreux rêves, tous très tristes. Mais je n'arrivais pas à m'en souvenir, tout était confus.

Vanille sentait quelqu'un l'appeler. Elle ouvrit les yeux.

« Fang ? »

Elle avait cru que quelqu'un l'appelait. Était-ce mon imagination ? Ou un rêve ? Fang n'était plus là, alors qu'elle dormait à côté d'elle.

« Fang... Où es-tu ? »

Vanille se leva et regarda autour d'elle. Chaque nouveau jour amenait des soucis supplémentaires. Mais pourquoi les choses allaient si mal ?

Elle traversa le couloir en appelant Fang. Elle n'avait pas besoin de parler fort : chaque son se répercutait, aussi clair que du cristal. Comme elle s'y attendait, une réponse lui parvint d'en-dessous.

Même si elle descendait les escaliers en courant pour se précipiter dans l'ascenseur, elle savait déjà où était Fang. Elle pouvait sentir le vent caresser son visage. Il faisait toujours noir dehors, et la brise fraîche du matin s'engouffrait à l'intérieur.

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

Fang avait tourné la tête avant même qu'elle n'arrive.

« Rien. »

Elle voulait demander à Fang ce qu'elle faisait, mais elle se retint. Elle resta debout à côté d'elle, silencieuse, en regardant le ciel et la mer. On ne distinguait même pas l'horizon.

« Il est bizarre, ce ciel. »

Fang continua de fixer le ciel sombre. C'était comme le jour où elles s'étaient réveillées : la première chose qu'elle avait fait, c'était regarder le ciel.

« On a failli avoir une crise cardiaque quand on a vu qu'il y avait une ville au-dessus de nous. »

Cocoon était une immense sphère qui renfermait des villes, des océans et des forêts. Elle était entourée d'un « ciel », mais il était bien différent de celui qu'elles connaissaient.

« Et pas seulement le ciel. L'océan est très étrange aussi, on ne sent même pas les vagues. »

« Si, il faut juste se rapprocher. »

« C'est pour ça que c'est si bizarre. Je pensais aussi qu'on pourrait boire l'eau, mais elle était salée. »

« C'est parce qu'on croyait que c'était un lac. »

« Tout ici est très étrange. »

Fang soupira profondément.

« Incompréhensible. Comme un rêve. »

« Et ils arrivent quand même à vivre dans un endroit comme ça. »

« Tout ça... Si seulement ce n'était qu'un rêve. »

Les choses qui se sont produites hier, le jour d'avant et le jour de notre réveil ; si seulement tout ça n'était qu'un rêve.

« Si seulement ce n'était qu'aujourd'hui qu'on se réveillait. »

Si la réalité ne commençait que maintenant... Peut-être était-ce ridicule de vouloir une telle chose.

« C'est toujours pareil, non ? Compléter la Tâche et retourner sur Gran Pulse. À part ça, il n'y a rien d'autre à faire. »

« Oui, tu as raison. »

Vanille hocha la tête en souriant. Mais elle ne pouvait pas s'empêcher de penser à ce qui se serait passé si elle ne s'étaient pas réveillées ce jour-là. Peut-être qu'elles n'auraient pas autant de problèmes.

« Je t'ai dit d'arrêter de t'inquiéter. On ne peut pas compléter notre Tâche en seulement trois jours, c'est impossible. »

Elle pensait que Vanille était inquiète parce que c'était déjà le quatrième jour, et qu'elles n'avaient pas du tout progressé. « Seulement trois jours. » insista Fang.

Mais il s'était passé tellement de choses pendant ces trois jours que n'importe qui aurait été aussi accablé par autant de responsabilités. Il aurait mieux valu qu'elles continuent leur sommeil et qu'elles ne fassent rien. Personne n'aurait été entraîné dans toute cette histoire.

Vanille couvrit ses yeux pour les protéger des rayons du soleil. Le jour de notre réveil, Fang et moi nous tenions ici-même ensemble, à regarder le ciel. Il avait une couleur étonnante.

La couleur d'un nouveau commencement.


Chapitre deux
Spoiler:

Elles avaient besoin de temps. Pour savoir où elles se trouvaient, et dans quelle situation elles avaient été embarques. Juste après son réveil, Fang s'était trouvée quelque part entre les rêves et la réalité. Vanille aussi se sentait confuse, incapable de faire la moindre chose. Mais elles finirent par arriver à dissiper la brume qui pesait sur leurs esprits.

Il leur suffit de regarder autour d'elles pour savoir qu'elles se trouvaient dans un temple. C'était la Chambre des l'Cie, là où les l'Cie cristallisés reposaient. Elles comprirent alors ce qui s'était passé. Elles avaient complété leur Tâche, puis avaient été plongées dans un sommeil éternel. Mais une nouvelle Tâche leur avait été confiée, et elles avaient été réveillés à nouveau. Tout ceci n'était pas très dur à deviner. Mais...

« Hé, qu'est-ce qu'il s'est passé avant qu'on soit transformées en cristal, au juste ? » demanda Fang.

« Tu ne te souviens pas !? »

« Non... Tout est mélangé dans ma tête. J'ai l'impression d'avoir oublié quelque chose d'important. » La voix de Fang était tremblante. Elle regardait la marque des l'Cie sur son bras. Elle avait été brûlée, et était maintenant d'un blanc livide. Ce n'était que plus tard que Vanille s'était rendue compte que Fang essayait de sourire.

« Je suis... cassée. » Fang était au bord des larmes. Vanille ne l'avait jamais vue dans un tel état auparavant. Elle la prit dans ses bras. « Moi aussi. » murmura-t-elle, mais sa voix semblait étrangère. Lorsqu'elle s'arrêta enfin de trembler, elles se relevèrent et Vanille sourit.

« Et si on allait à la maison ? »

Puisqu'elles avaient déjà complété une Tâche, elles seraient sûrement accueillies à bras ouverts, non ? Elles pourraient s'occuper de leur nouvelle Tâche plus tard... même si elles ne savaient pas en quoi elle consistait.

« Et si tous ceux qu'on connaissait sont déjà devenus vieux ? » dit Fang en souriant. C'était un sourire sincère, cette fois.

« Tu crois ? Mais peut-être qu'il ne s'est pas passé autant de temps, et qu'ils nous diront, « Oh, vous êtes déjà revenues ? » »

« Je me demande combien d'années sont passées. »

« Ça ne fait peut-être que quelques jours, tu sais. »

« Si c'est le cas, ils nous font travailler trop dur. Laissez-nous au moins six mois, quand même. » Elles se dirigèrent vers la sortie en riant, s'attendant à revoir leur maison.

« C'est pas possible ! »

C'était la nuit. Mais il faisait tellement clair qu'elles pouvaient voir les bâtiments de la ville qui les entourait. Il y avait des lumières partout, et elles se reflétaient à la surface d'un océan. Au départ, elles pensaient qu'il s'agissait d'un ciel parsemé d'étoiles, mais elles se rendirent compte que ce n'était pas du tout des étoiles, mais les lumières d'une ville, au loin. Est-ce qu'on pouvait vraiment appeler quelque chose comme ça un ciel ?

« Où... »

« On n'est pas sur Gran Pulse. » dit Fang.

Vanille ferma les yeux un instant. Je vais juste regarder encore une fois, se dit-elle. Peut-être que ce sera différent. Lorsqu'elle les rouvrit, rien n'avait changé.

Elles regardèrent l'océan et le ciel, sans dire un mot. Il n'y avait rien à dire. Elle retournèrent dans le temple en silence. Elles avaient faim. Cocoon – elles savaient très bien que c'était Cocoon – n'était pas le genre d'endroit dans lequel elles pouvaient se promener librement, affamées et sans arme. Là où reposaient les l'Cie, on amenait toujours des offrandes. Il y avait de la nourriture qui ne pourrirait pas, peu importe depuis combien de temps elle se trouvait là, ainsi que les armes et les vêtements des l'Cie. Vanille avait entendu dire que les offrandes étaient faites régulièrement pour que les l'Cie cristallisés puissent reposer en paix, mais c'était probablement au cas où ils se réveilleraient à nouveau.

« Mais qu'est-ce que c'est que ça ? »

La nourriture qu'on leur avait laissé était devenue immangeable. Elles fouillèrent le temple à la recherche de quelque chose de comestible, mais en vain. Il n'y avait à manger ailleurs que dans la Chambre des l'Cie.

« Est-ce qu'on se moque de nous ? »

« Sûrement pas... mais c'est bizarre. »

Les offrandes auraient dû se conserver pendant au moins dix ans. Fang et Vanille en étaient certaines. La tradition était d'apporter de la nourriture au temple tous les dix ans. Il y avait un festival à cette occasion, et tout le monde en donnait un peu. Afin qu'ils puissent partager la joie du festival avec les l'Cie endormis.

Un enfant n'aurait pas trouvé cette nourriture délicieuse, mais elle était tout de même comestible. Ce qu'elles avaient devant avait l'air et sentait horriblement mauvais, quel que soit le goût que ça pouvait avoir. Ça avait l'air dangereux.

« Ce n'est pas que la nourriture, regarde ça. » dit Vanille. Dans une boîte se trouvaient des habits du festival. Ils étaient pâles, usés.

« Ça aussi... » Fang attrapa sa lance préférée et en tordit l'extrémité. Vanille ne savait pas ce qui n'allait pas, mais peut-être qu'elle avait commencé à se décomposer aussi.

« On dirait que tout ça a été exposé au vent de l'extérieur. »

L'air à l'intérieur du temple était figé. Ça n'aurait pas dû arriver. Pas seulement à la nourriture, mais le métal et le tissu aussi n'étaient pas supposés pourrir aussi facilement.

« Alors la seule chose qui n'a pas changé dans cette pièce, c'est nous, qui étions cristallisées. » dit Fang. Combien d'années avaient-elles pu dormir ? Il semblait que ça ne faisait pas des dizaines, mais des centaines d'années.

« Oublie ce que j'ai dit à propos des vieux. Ils doivent plutôt tous être morts. »

« Non... » Vanille baissa les yeux et se mordit la lèvre, essayant de ne pas trembler.

« Ne fais pas cette tête. » dit Fang en la tapant dans le dos. « D'abord, on doit manger. »

« Mais on peut pas manger ça... » Vanille jeta un œil aux offrandes. La nourriture pourrie, les habits du festival décolorés. Elle adorait porter ces vêtements...

« Il y a un océan, non ? Et une forêt, aussi. C'est un peu loin, mais... on trouvera quelque chose à manger. On va s'en sortir. » Fang prit sa lance et sourit. Comme c'est étrange, pensa Vanille.Quand Fang dit qu'on s'en sortira, j'y crois dur comme fer.

« Tu as raison. » Vanille prit son arme et se releva.


C'était déjà le lever du jour, l'heure parfaite pour chasser en territoire ennemi. Il n'y aurait pas beaucoup de gens, mais il y aurait assez de lumière pour bien y voir. Elles commencèrent par l'océan. Dans la forêt, elles risquaient de se perdre, et de toute façon, l'océan était plus près du temple. Elles ne trouveraient peut-être pas à manger à temps pour le petit-déjeuner, mais elle devraient au moins pouvoir déjeuner. Du moins, c'était ce qu'elles espéraient...

« On dirait qu'on va pouvoir prendre le petit-déjeuner, après tout ! » Vanille regarda, impressionnée, le poisson qui se débattait dans ses mains. Il n'était pas inhabituel pour Fang d'attraper un poisson en un éclair avec sa lance, mais que Vanille y arrive sans problème était très étrange.

« Il y a quelque chose qui cloche chez ces poissons ? »

Ces poissons semblaient avoir un prédateur, puisqu'ils sentaient le danger. Quand Fang ou Vanille s'approchait d'eux, ils essayaient de s'échapper. Mais ils étaient bien trop lents.

« Est-ce qu'on peut les manger, au moins ? »

Le gibier trop facile à chasser pouvait être toxique, ou avoir mauvais goût. Elles commencèrent toutes les deux à penser que ces poissons ne leur serviraient à rien.

« Mais dites-moi, vous êtes très douées. » Une voix les appela depuis la plage. Elles se raidirent instantanément, regrettant leur manque de vigilance, et se retournèrent. Elles se retrouvèrent face à un vieux couple, qui souriait et applaudissait.

« Comme c'est amusant, de voir des gens attraper des poissons à Bowdam de cette manière. »

« … ne se font jamais avoir par un appât. Mais je comprends maintenant, un harpon est plus efficace qu'une canne à pêche. »

Vanille n'avait pas saisi le nom du poisson, mais il avait l'air d'être très commun sur Cocoon.

« Oh pardon, nous devons sûrement vous déranger. »

« Nous ne voulions pas être impolis. » Ils eurent l'air triste un instant, mais leur sourire revint rapidement, et ils se prirent par la main et s'éloignèrent.

« Qu'est-ce que... c'était ? » Fang avait attendu qu'ils aient disparu au loin pour parler.

« Ils sont de Cocoon... non ? » Elles avaient pensé que si on les trouvait, elles seraient attaquées avant d'être interrogées. Après tout, c'était bien « Le Repaire Flottant du Démon ». Leurs habits étaient très différents de tout ce qu'on pouvait trouver sur Gran Pulse. Si c'était comme ça que les gens s'habillaient sur Cocoon, alors ils auraient dû se rendre compte qu'elles étaient des ennemies.

« Mais ils n'avaient pas l'air d'être sur leurs gardes. »

« Alors peut-être qu'ils sont aussi stupides que ces poissons, tu ne crois pas ? Ils étaient vieux, tu sais. C'est comme ça qu'ils deviennent. »

« Tu as sûrement raison... » dit Vanille. Mais une autre possibilité lui vint à l'esprit.

« Peut-être qu'ils essayent de nous piéger. »

« Tu veux dire qu'ils ont fait ça pour gagner du temps et appeler leurs amis ? Ah ouais, c'est possible. »

« Alors il vaudrait mieux qu'on ne rentre pas tout de suite. »

« Ouais, on devrait aller faire un tour d'abord. »

Elles quittèrent l'océan et retournèrent vers le temple. Il valait mieux rassembler des informations plutôt que d'essayer de se cacher. Si elles tombaient face à face avec l'ennemi une seconde fois, elles agiraient en conséquence à ce moment-là. Ce n'était pas comme si elles n'avaient pas d'arme. Elles étaient assez entraînées pour pouvoir tenir tête à l'ennemi, même si on les attaquait par derrière.

Mais au final, toute leur expérience ne leur servit à rien. Pas parce qu'elle ne pouvaient pas riposter, mais simplement parce que l'ennemi n'attaqua pas. Elles les avaient vus, et les avaient surveillés de loin. Mais ils étaient désarmés, totalement insouciants, alors elles n'avaient pas de raison d'attaquer. Elles ne voulaient pas leur donner de raison de lancer l'assaut, alors elles se contentèrent d'observer. Elles s'attendaient à être attaquées à tout moment, et restèrent sur leurs gardes. Elles étaient préparées.

« Qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez ces types ? » murmura Fang, en regardant les gens qui leur tournaient le dos, sans défense. Vanille était d'accord. Ces gens étaient tellement décontractés que c'en était étrange.

« Peut-être qu'ils ne savent pas qu'on est leurs ennemis ? »

« Alors qu'on est armées ? Tu plaisantes. »

Mais c'est peut-être pour ça qu'ils ne s'en sont pas rendus compte, pensa Vanille. Sinon, ce couple de tout à l'heure et ce groupe de garçons qui vient juste de passer ne nous auraient pas ignorées comme ça.

Les battements d'ailes d'un oiseau interrompit soudainement ses pensées. Fang prit sa lance et se tint prête. Les créatures ailées ne vous laissent aucune chance, les seules options sont l'attaque et la fuite. Le son qu'il faisait lui permit de deviner qu'il n'était pas grand, alors l'attaque était la meilleure solution. Vanille prit son arme et sauta à ses côtés.

« Hein ? »

Elles s'arrêtèrent en plein mouvement.

« Comment... ? »

L'oiseau blanc avait été tué en un seul coup. Il était pourtant bien plus large que tous les poissons qu'elles avaient attrapés.

« Pourquoi ce monstre est aussi faible ? »

Un oiseau de cette taille devrait être un puissant carnivore. Ce n'était pas le genre de créature qui pouvait être tuée aussi facilement.

« Tu penses que ça mange des noix et des fruits ? Son bec et ses griffes ne sont même pas pointus. » Vanille l'attrapa par les pattes après s'être assurée qu'il était mort.

« Mais comment a-t-il pu être aussi stupide ? Si on était sur Gran Pulse, tout le monde se jetterait dessus. »

« Ouais, s'il y avait quelque chose comme ça là-bas, on l'aurait retrouvé au dîner le jour même. »

« Autant de viande et de poisson qu'on puisse en manger ? Sympa, comme endroit. »

Les légumes aussi étaient abondants. Plus loin sur le chemin se trouvait un champ, mais il n'y avait pas de clôture ou de barbelés pour empêcher les animaux et les oiseaux d'entrer. C'était comme si on leur disait qu'ils pouvaient manger autant qu'ils le voulaient.

Ainsi, leur premier repas en territoire ennemi était plus copieux qu'elles n'auraient pu rêver. Même s'il était dommage qu'elles n'aient pas d'ustensiles de cuisine ou d'épices, ça aurait été simplement trop en demander.

Comme elles ne pouvaient pas allumer de feu dans le temple, elles allèrent manger à l'extérieur. Pour l'allumer, elles utilisèrent les habits et le bâton d'un prêtre.

« Si les prêtres pouvaient nous voir, ils en mourraient. »

« Tu crois qu'on va avoir des problèmes ? »

« C'est une urgence, ça ira. »

« Ouais, sûrement. Pour le moment, notre survie passe avant tout. Mmm, ça a l'air bon. » Elles mordirent la viande à pleines dents.

« Beurk ! »

« Mais c'est quoi ce truc ? »

Elles examinèrent la viande qu'elles venaient d'entamer. Ce n'était pas immangeable, et ce n'était pas vraiment mauvais non plus. En fait, ça n'avait presque pas de goût. La viande était aqueuse et filandreuse. Elles arrivaient à peine à y croire, alors elles retentèrent leur chance avec le poisson et les légumes. Mais le goût était le même.

« C'est pas bon, même pour des bêtes sauvages. »

Les poissons n'ont pas tous le même goût, alors elles avaient peut-être mal choisi. Et généralement, le gibier n'est pas aussi bon que les animaux élevés. Et pourtant...

« On a bien trouvé les légumes dans un champ, non ? »

Vanille hocha la tête. Elle avait trouvé que la terre n'avait pas l'air très bonne, comme elle n'était pas protégée. Mais elle avait été convenablement irriguée et désherbée. Il ne faisait aucun doute qu'il s'agissait d'un champ dont quelqu'un s'occupait.

« Comment ces types de Cocoon peuvent manger cette saloperie ? » grogna Fang, en continuant tout de même de manger. Vanille suivit son exemple, et croqua dans un légume. Au moins, c'était comestible.

Leur repas fini, elles enterrèrent toute trace de leur feu et retournèrent dans le temple. Cet endroit était de plus en plus étrange. Des poissons lents, des oiseaux idiots, et des gens qui pouvaient clairement voir qu'elles étaient différentes, mais qui ne se méfiaient pas d'elles pour autant. D'une certaine manière, c'était difficile à accepter, même si elles savaient bien qu'elles étaient dans un autre monde.

« Hé, tu veux aller voir la ville demain ? »

« Déjà ? »

« On n'accomplira rien en restant ici. »

C'était vrai, elles devaient obtenir plus de renseignements. Depuis combien de temps elles se trouvaient sur Cocoon, pourquoi le temple se trouvait ici... Il y avait tellement de questions.

« On devra franchir le pas, tôt ou tard. »

« Pourquoi ?! »

« Notre Tâche... » dit Fang en mettant la main sur sa marque blanche brulée. « J'arriverais peut-être à me rappeler de quelque chose si on va directement en territoire ennemi. »

Que ferait Fang une fois qu'elle se souviendrait de tout ? Non, il n'y avait qu'une seule chose qu'elle pourrait faire. Se battre.

« On n'a pas besoin de se dépêcher. Enfin, on vient juste de se réveiller, non ? »

« C'est déjà le deuxième jour. Demain, ce sera le troisième. »

« Ben, ouais... »

« Tu as peur ? » Le regard de Fang s'adoucit, et elle tapota Vanille dans le dos pour l'apaiser. « Allez, tu les as bien vus aujourd'hui. À nous deux, on est plus fortes que tous ces gens réunis. »

Non, je ne peux pas encore le dire à Fang. pensa Vanille. Pas encore.

« Je n'ai pas peur. Je t'ai avec moi. » Les choses auxquelles je ne veux plus penser, est-ce que je peux faire en sorte qu'elles ne soient plus réelles ? Est-ce que je peux faire comme si elles ne se sont jamais produites ? Vanille eut une idée. Elle illumina tout son esprit, et son cœur devint aussi léger que l'air.

« D'accord, allons-y. Tout ira bien, j'en suis sûre. » Vanille sourit gaiement. Tout ce à quoi elle avait à penser, c'était demain. Tout devait aller bien, demain. Rien d'autre n'avait d'importance.


Chapitre trois
Spoiler:
« Qu'est-ce... que c'est que ça ? »

« Tu crois que c'est... un festival ? »

Être entourées par les habitants de Cocoon ne leur semblait plus aussi surprenant qu'avant. Lorsque des groupes de personnes passaient près d'elles, elles n'étaient plus aussi tendues. Personne n'avait essayé de les attaquer, et personne ne les avait regardées bizarrement.

Au bord de la plage, elles avaient aperçu des filles qui portaient des vêtements similaires aux leurs se baigner dans l'océan. C'était un vrai soulagement pour elles. Apparemment, ces gens les avaient prises pour leurs semblables. Elles passaient donc inaperçues.

Il y avait tellement de monde. Bien plus qu'elles ne l'avaient imaginé. Surtout dans un endroit aussi étroit, entouré par une multitude de bâtiments. Vanille et Fang se tenaient au milieu de la foule, la bouche grande ouverte.

« Allez, allons-y maintenant. » dit Fang en secouant la tête. Vanille la suivit. Elles étaient toutes seules, immobiles au milieu du chemin, alors que les passants se déplaçaient à toute vitesse autour d'elles.

Elles finirent par réaliser que tous ces gens étaient là pour faire du shopping. Et en y regardant de plus près, elles se rendirent compte que ces bâtiments de chaque côté du chemin étaient tous, sans exception, des magasins.

« Il n'y a que des boutiques, ici ? »

Combien exactement y en avait-il ? Bien plus que Vanille n'en avait jamais vu. Il y en avait même qui étaient spécialisées dans les vêtements, de véritables explosions de couleurs. Pas étonnant que personne ne trouvait leurs habits étranges, avec une telle abondance de styles.

Il y avait beaucoup de boutiques différentes. Vanille en aperçut une qui vendait des accessoires, une autre des choses qui ressemblaient à du papier et des stylos, puis des meubles d'un côté, et de l'autre ce qu'elle pensait être des sortes de véhicules, tous alignés à l'extérieur.

Reportant son attention sur les gens, elle vit une fille choisir gaiement des habits. Là-bas, un petit enfant faisait la tête, peut-être pour pousser ses parents à lui acheter quelque chose. Un couple quittait une boutique de bijoux en riant. Tous ces gens avaient l'air heureux.

« Je ne me sens pas très bien... » Vanille était fatiguée, même si elles n'avaient pas beaucoup marché. Digérer tout ce qu'elle voyait ici, des deux côtés de la rue, l'avait assommée.

« Hé, Fang... » commença-t-elle. Fang avait une expression sinistre sur le visage. « Des voleurs... » chuchota-t-elle.

Vanille attrapa son bras avant qu'elle n'ait le temps d'agir. Elle comprenait ce que Fang ressentait, elle le comprenait mieux que personne. Elle ressentait la même chose. Mais elles étaient en plein territoire ennemi, et elles ne portaient que des petites armes dissimulées sur elles.

« Fang, tu ne peux pas.. »

« Je sais. Je sais, mais... » Elle serra les poings, essayant de canaliser sa colère. « On nous l'a volé, tout ça. Mais quand bien même, ils... »

Tout le monde savait que Cocoon était un repaire à démons. Les fal'Cie de Cocoon étaient venus sur Gran Pulse pour s'approprier tous les matériaux qu'ils pouvaient trouver. Une fois, ils avaient même pris une ville entière. Ils volaient des champs juste avant les récoltes, et arrachaient des métaux rares directement à la terre. C'était pour ça qu'elles pensaient que les habitants de Cocoon étaient leurs ennemis.

Mais après avoir vu ce couple de vieilles personnes hier, et tous ces gens qu'elles avaient croisés, elle avait se disait que c'était étrange. Et aujourd'hui, voir cette foule faire les magasins n'avait fait qu'accentuer ses doutes. Est-ce que ces personnes voulaient vraiment détruire Gran Pulse et tout leur prendre ?

Vanille commençait à penser qu'ils n'étaient pas si différents de ses propres semblables. Leurs habits étaient différents, leurs maisons étaient différents, le goût des leurs légumes et de leur viande était différent, mais peut-être qu'à l'intérieur, ils étaient finalement tous pareils.

« Aujourd'hui, on récolte des renseignements. Pas vrai ? » lui murmura-t-elle à l'oreille. Vanille ne voulait pas qu'elle fasse quelque chose d'imprudent.

« ... D'accord. » répondit Fang d'un ton sec. Vanille ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais elle entendit une voix les appeler.

« Hé, vous êtes toutes seules ? Vous faites les magasins ? Vous n'avez pas l'air d'être du coin. »

Fang se raidit au son de leurs voix. Elles se retournèrent pour se retrouver face à deux jeunes hommes qui souriaient de toutes leurs dents. Vanille les regarda avec méfiance. Leurs visages étaient ouverts et amicaux, mais ils étaient bien différents du couple qu'elles avaient rencontré hier. Ils essayaient sans doute de les prendre par surprise pour les capturer.

« Vous n'avez pas peur de nous, quand même ? »

« Ne vous inquiétez pas, on n'est pas des types bizarres. »

Leur expression et leur façon de bouger disaient le contraire. Ils devaient préparer un mauvais coup. Vanille fit un pas en arrière et Fang mis la main sur son arme, encore cachée.

« Hé, vous voulez aller boire un coup ? Ou peut-être qu'on pourrait aller manger un morceau ? »

À ces mots, Fang et Vanille se regardèrent. Ils ne pouvaient pas être des ennemis s'ils leur proposaient de s'asseoir ensemble pour partager un repas.

« Vraiment ? Vous voulez manger avec nous ? » Vanille n'imaginait pas qu'un ennemi puisse dire une telle chose.

« Il y a un restaurant vraiment chouette à deux pas d'ici. Venez, on va vous montrer. »

« Ouais, il est encore un peu tôt mais c'est bondé à l'heure du déjeuner. »

Vanille jeta un regard à Fang. Elle avait l'air un peu perdue, toujours sur ses gardes, prête à dégainer son arme à tout moment. Vanille secoua légèrement la tête pour faire comprendre à Fang de laisser tomber.

« Bon, d'accord. Allons manger. » Fang hocha la tête. Ils sourirent tous les deux. C'étaient de vrais sourires cette fois. Vanille se dit qu'elle n'avait peut-être qu'imaginé le fait qu'ils cachaient quelque chose.

Fang grimaça, comme à son habitude, mais elle ne pouvait pas leur dire non. Refuser de partager un repas avec quelqu'un revenait à lui déclarer la guerre. C'était trop dangereux de faire une telle chose face à tellement de gens, et elle risquait de mettre en péril ses chances de retrouver la mémoire.

Alors elles suivirent les deux hommes, sans dire un mot, jusqu'à ce restaurant otn ils leur avaient parlé.

« Alors, qu'est-ce que vous voulez manger ? » leur demanda l'un des deux, une fois qu'ils étaient assis à leur table. Comme c'est bizarre, se dit Vanille. Si ce sont eux qui nous invitent, pourquoi est-ce qu'on doit choisir ce qu'on va manger ? On est supposées manger ce qu'ils nous donnent. C'est toujours comme ça que ça se passe.

« Le menu est ici. » L'autre sourit en montrant le mur du doigt. Vanille était de plus en plus confuse. Mais qu'est-ce qu'ils veulent qu'on fasse ?

« Euh... »

Tout était écrit dans l'alphabet de Cocoon. Ce qu'elles devaient faire était sûrement expliqué ici. Mais malheureusement, ni Vanille ni Fang n'était capable de le lire.

Vanille tourna des yeux, essayant de demander à Fang ce qu'elles devaient faire. Fang hocha la tête et attrapa son arme.

« Pas ça ! » cria Vanille, l'arrêtant avant qu'il ne soit trop tard. Les deux hommes les dévisagèrent, intrigués.

« Euh... ce n'est rien. Vraiment, ce n'est rien. Ne vous inquiétez pas, c'est... » Elle se força à sourire. Heureusement, ils eurent l'air d'y croire.

« Si vous n'arrivez pas à vous décider, vous n'avez qu'à prendre le menu spécial. »

« D'accord ! On va prendre ça. » Vanille hocha la tête. Peu importe ce qu'elles devaient faire pour s'en sortir sans avoir l'air trop bizarres. L'un d'eux passa commande, et Vanille soupira, soulagée.

« Alors, vous êtes d'où ? »

Un problème résolu, voilà qu'un autre se présentait. Ce n'était pas une question à laquelle elles pouvaient répondre facilement. Elle n'avait qu'à sourire et essayer de les embobiner encore une fois.

« Ben... de loin. »

« Loin ? »

« Ouais, de très loin. » Vanille leur retourna la question avant qu'ils ne leur demandent le nom de leur ville.

« Et vous, vous êtes d'où ? »

« On vient d'Eden. C'est là-bas qu'on va à l'université. »

« Et-daine... Uni-vers Cité ? »

« Ouais... l'université d'Eden. »

Leur poser la même question n'avait pas l'air d'être la meilleure option. Vanille chuchota à l'oreille de Fang.

« T'as déjà entendu parlé d'Et-daine ? Ou de Uni-vers Cité ? »

« Ne demande pas ça à moi. »

« Ouais... »

Fang mit la main sur son front, comme pour réfléchir. Puis son visage s'illumina.

« Si Uni-vers est le nom de leur ville... alors peut-être qu'Et-daine est le nom de la montagne ou de la vallée où elle se trouve ? »

Vanille se tapa les genoux des deux mains. Bien sûr, ça doit être ça.

« Euh, excusez-moi... Quelque chose ne va pas ? »

Les deux hommes leur étaient complètement sortis de la tête. Ils n'avaient pas l'air d'avoir entendu de quoi elles parlaient, mais ils devaient les trouver très irrespectueuses.

« Pardon, ce n'est rien. Alors à quoi ressemble cette... Uni-vers Cité ? »

« L'université ? »

Vanille en savait pas pourquoi il l'avait simplement répété, mais elle fit oui de la tête. Ils commencèrent à parler de « Uni-vers Cité » avec excitation. Il était évident qu'ils étaient fiers de leur ville, et qu'ils l'aimaient beaucoup. Vanille se demanda si c'était un endroit où il était agréable de vivre, ou juste si ces deux-là en particulier avaient beaucoup de fierté pour leur pays natal. Peut-être les deux. Quoi qu'il en soit, ça voulait dire qu'elles n'avaient plus à parler d'elles. Même si elle comprenait à peine ce qu'ils leur disaient, elle écouta et hocha la tête en souriant.

« Désolée de vous avoir fait attendre. » dit la serveuse, les interrompant en plein milieu de leur histoire. Elle mit les couverts sur la table.

« Quoi ? Pourquoi la nourriture est déjà là ? » dit Vanille, surprise. Elle pensait que ça allait prendre beaucoup plus de temps. C'était pour ça qu'elle avait fait en sorte qu'ils parlent d'eux autant que possible.

« Comment ça, « pourquoi ? » » Il la regarda étrangement. Visiblement, elle n'aurait pas dû être aussi surprise.

« Ce... Ce n'est rien. Oh, regardez ! Tout a l'air tellement délicieux, j'ai tellement faim. » Elles firent alors une autre erreur. Se prendre par les mains pour dire les grâces était tout ce qu'il y avait de plus normal pour Fang et Vanille, mais les deux autres se contentèrent de les fixer.

« C'est quoi ? Une sorte de prière ? »

« Hein ? Ah, o-oui, c'est ça ! »

« Vous êtes tellement marrantes. »

« V-Vous pensez ? »

Tant qu'ils trouvaient qu'elles étaient drôles, il ne leur arriverait rien. Tant qu'ils ne commencent pas à se dire qu'on est bizarres, se dit Vanille. Elle prit une bouchée.

Ça n'avait pas beaucoup de goût, mais ce n'était pas mauvais non plus. C'était un vrai repas cette fois, pas comme ce qu'elles avaient mangé le jour d'avant. C'était de la nourriture que quelqu'un avait préparé, et elles devaient lui en être reconnaissantes. Même si ce n'était pas à leur goût.

« C'est le sel, ça ? J'espère que c'est pas du sucre, au moins. » dit Fang.

« Oh ! T'as raison, on a qu'à mettre du sel dessus. Passe-le moi... »

« Qu'est-ce que vous faites ? Vous pouvez pas en mettre autant ! »

Encore une erreur. Ça faisait combien, maintenant ? Elle avait envie de pleurer. Fang, puisqu'elle était Fang, n'avait pas l'air de s'en faire.

« Vraiment ? Je mange toujours comme ça. » Fang sala son plat et l'engloutit à toute vitesse. Les deux autres étaient bouche bée.

« Euh, ben... c'est juste... qu'elle aime beaucoup ce qui est salé ! »

C'était entièrement vrai. Fang adorait la nourriture salée. Mais apparemment, les habitants de Cocoon n'allaient pas aussi loin qu'elle.

« Ah, ouais. C'est quoi ça ? » Ignorant totalement leurs réactions sur ses goûts alimentaires, Fang pointa du doigt quelque chose par la fenêtre. On pouvait voir le haut d'un temple, d'où ils se trouvaient.

« Hein ? Oh, tu veux dire le Vestige de Pulse ? »

Il avait l'air soulagé d'avoir trouvé un autre sujet de conversation. Ni l'un ni l'autre ne regardèrent l'assiette de Fang à nouveau. Ils essayaient sûrement de ne pas penser à tout ce sel.

« Ouais, ça fait combien de temps que ce... « vestige » est là ? »

Ils la regardèrent bizarrement. C'était peut-être quelque chose que même les enfants de Cocoon savaient. La tombe qu'elles se creusaient elles-mêmes était de plus en plus profonde. Vanille essaya de s'excuser pour leur manque de culture.

« Ben... c'est juste que vous avez l'air intelligent. Ouais, je parie que vous êtes vraiment, vraiment malins. » Même si c'était le compliment le moins crédible qu'elle pouvait leur, ça valait le coup d'essayer. Même s'ils n'appréciaient pas, personne ne s'énervait pour un compliment. « Je me disais juste que vous savez peut-être plus de choses que nous. Que vous connaissez... plus de détails ? »

Leur air suspicieux s'envola de leur visage et ils commencèrent à parler d'un ton enjoué.

« Ben, selon une certaine théorie, il est là depuis 666 ans. Mais y'en a qui disent que ça fait 600 ans, et d'autres 650. »

Vanille ouvrit grand les yeux. Elles avaient envisagé que ça faisait quelque chose comme deux cent ans, mais découvrir la véritable durée était choquant.

« Mais les livres disent qu'« il y a plusieurs certaines d'années, après la Guerre des Révélations, le fal'Cie l'a amené ici depuis Pulse ». Bien sûr, la théorie qui dit que c'était il y a 666 ans est plutôt populaire, mais il n'y a pas de véritable preuve. Il y aura toujours des opinions différentes. »

Plusieurs centaines d'années, 666 ans... ces mots se répercutaient dans son esprit. Elle n'avait rien retenu d'autre.

« Alors ce... vestige, là. Est-ce que ceux qui habitaient sur Pulse ont eu des problèmes quand il leur a été pris ? »

Les deux hommes se regardèrent. Vanille eut peur d'avoir dit quelque chose de mal à nouveau. Mais non, cette fois-ci, ils rirent.

« Des problèmes ? Vous plaisantez ? Ce n'est pas comme s'il y avait des gens sur Pulse. »

« Il... n'y en a pas ? » Même Fang était sous le choc.

« Pulse, c'est l'enfer, personne ne peut vivre là-bas. Tout le monde le sait. Vous n'écoutez pas en classe, ou quoi ? » Il ne faisait que se moquer d'elles, mais ces mots lui restèrent en travers de la gorge. Elle savait qu'elle devait dire quelque pour qu'ils ne se méfient pas d'elles à nouveau, mais elle arriva juste à rire faiblement.

« Ben, on dit qu'il y a des barbares qui ne sont pas mieux que des animaux, mais... »

« Des barbares... »

« Ouais. Ils peuvent à peine parler, et ils portent des peaux de bêtes. Pendant la Guerre des Révélations, le fal'Cie a essayé de les faire travailler, mais on dit qu'ils étaient bons à rien. »

Vanille vit rouge. Ces « barbares bon à rien » étaient ses semblables.

« Comme il n'y a qu'eux qui vivent là-bas, peu importe si on leur prend des choses, non ? Puisqu'on les utilise convenablement ici, ils devraient plutôt nous remercier. »

Elle avait entendu parler d'une ville qui avait dû vivre dans la pauvreté après que leurs champs avaient été arrachés à leurs terres, juste avant les récoltes. Leur chemin de fer avait été fermé, ils ne pouvaient plus récupérer ni nourriture ni essence, et ils étaient tous morts de froid. Les remercier ? Il dit qu'ils devraient les remercier ?

Ils ne savent rien, pensa Vanille. Ils n'ont pas à se salir les mains, ils ne réalisent même pas l'horreur des choses qu'ils font, ils profitent juste de ce que leurs fal'Cie nous ont pris.

Ses mains tremblaient de rage. Elle ne pensait plus qu'à casser l'assiette qu'elle avait devant elle. Si elle se retenait, ce n'était pas parce qu'elle arrivait à se contrôler. Elle attendait juste que Fang réagisse, elle saurait quoi faire.

« Il faut que je vous parle dehors, juste une minute. » Fang arrêta de manger et se leva.

« Quoi ? Mais on est en train de déjeuner... »

« Ça ne fait rien. Venez avec moi. Maintenant. » La voix de Fang était calme. Elle avait un léger sourire sur les lèvres. Ce n'était pas un vrai sourire, mais ils y crurent. Vanille, elle, en était consciente, mais resta silencieuse.

L'intelligence ne devait pas être l'une de leurs plus grandes qualités. Quand Fang leur avait dit de sortir de table en plein milieu d'un déjeuner, ils auraient dû se douter de ce qui allait se passer. Ils auraient dû savoir qu'ils allaient se battre. C'était la fin d'une trêve, une déclaration de guerre. Ou peut-être que c'était quelque chose que les habitants de Cocoon ne comprenaient pas.

Mais ils les suivirent calmement, alors ils ne pouvaient pas être très intelligents. Même quand elles les amenèrent dans un endroit à l'abri des regards indiscrets, ils ne s'étaient pas méfiés une seule seconde.

Il suffit que Fang leur colle deux ou trois coups de poings pour les mettre KO. Pathétiques, comme l'oiseau et les poissons d'hier.

« Tellement désolée d'être une barbare. C'est la dernière chose que j'avais besoin d'entendre de la bouche de bâtards comme vous. Vous êtes pires que des vers de terre. »

Évidemment, ils ne pouvaient pas écouter un seul mot de ce qu'elle disait. C'était sûrement mieux comme ça. Fang leur asséna des coups de pieds quelques instants, avant de penser à quelque chose et de s'agenouiller.

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

« Leurs affaires... » murmura Fang en examinant leurs vêtements.

« Oh ! »

Elles allaient peut-être trouver quelque chose. Elles pourraient utiliser une arme à leur avantage. Vanille décida de faire de même et se pencha sur l'autre.

« C'est étrange... »

« Quoi donc ? »

« Il n'a pas d'argent sur lui. Et l'autre ? »

« Voyons... Non, rien. » En fait, il n'avait pas grand chose. Ils n'avaient pas de sac non plus.

« Alors comment ils ont payé, au restaurant ? »

Juste avant de partir, l'un d'eux étaient allé voir le caissier pour payer. S'il n'avait pas d'argent sur lui, comment avait-il fait ? Vanille le retourna et chercha dans les poches de son pantalon.

« C'est quoi, ça ? » dit Vanille en retirant une petite carte de la taille de sa main. Elle semblait être faite de métal. Elle était d'un gris clair, avec un rond noir au centre.

« Regarde ça, Fang. Est-ce que c'est... une sorte de carte ? »

« Lui aussi en a une. »

Je me demande à quoi ça leur sert, pensa Vanille en appuyant sur le rond noir. La partie grise s'illumina.

« Ahhhh, non ! Qu'est-ce que c'est en train de faire ? » Surprise, Vanille jeta la carte au loin. Elle s'agenouilla, les yeux rivés dessus, et vit la carte devenir entièrement transparente. Elle se demanda quelle sorte d'appareil ce pouvait bien être. Comment une carte aussi petites pouvait faire une telle chose ? Il n'y avait pas de fils, absolument rien qui laissait entrevoir un quelconque mécanisme.

Vanille continua de fixer la carte alors qu'une image en trois dimensions se formait. C'était le visage d'une personne.

« C'est... »

« Pour identifier le possesseur de la carte. »

Vanille la ramassa et essaya de réappuyer sur le cercle noir. Mais ça ne changea rien. Elle appuya un peu partout, mais rien ne se produisit.

« Je pense que seul le possesseur peut l'utiliser. Ça ne fera sûrement rien d'autre. »

Fang hocha la tête et examina l'autre carte pour voir si elles pouvaient en tirer quelque chose. Elle leva soudainement les yeux, surprise.

Des battements d'ailes se firent entendre. Une oiseau noir, bien plus grand et dangereux que celui d'hier, descendait en piqué sur elles. Même si c'était bien un oiseau, ses yeux ne se trouvaient pas de chaque côté de sa tête. Il avait presque l'air humain.

Il s'envola aussi soudainement qu'il était arrivé. Dans l'ombre de ses ailes, elles pouvaient distinguer ses griffes acérées de chasseur. Il n'avait pas l'air de vouloir attaquer, et tourna en rond au-dessus de leurs têtes avant disparaître dans le ciel.

« Est-ce que cet oiseau a vu ce qu'on était en train de faire ? Il avait l'air tellement bizarre... »

« Bien sûr que non, comment aurait-il pu... ? »

« Oui, tu as raison... »

Vanille pensait qu'elle était juste nerveuse parce qu'elles étaient allées aussi loin en territoire ennemi.

« Ouais, oublie ça. »

Fang tenait toujours la carte à la main. Elle appuya sur le cercle noir, et elle s'illumina encore plus qu'avant. Il y eut un bref craquement électrique, puis la lumière s'éteignit.

« Tu l'as cassée !? »

« Probablement. » Fang claqua la langue et appuya encore plus fort sur le rond noir. La carte s'alluma à nouveau et devint transparente.

« Oh, bien ! Elle est pas cassée, en fait. » dit Vanille, soulagée. Elle se pencha pour mieux la voir. Si l'autre carte avait montré le visage de son propriétaire, celle-ci ne fit rien de tel. L'endroit où il était censé se trouver restait vide. Comme si le propriétaire avait été effacé.

« Oh, peut-être qu'elle ne marche plus correctement ? »

« Peut-être. » Fang mit le doigt sur la partie noire à nouveau. L'écran changea et des mots apparurent. Malheureusement, ils étaient écrits dans l'alphabet de Cocoon, qu'aucune des deux ne pouvait lire.

« Tu penses qu'on pourrait l'utiliser, maintenant ? »

Elles avaient écrasé les renseignements du propriétaire original, mais elles ne pouvaient pas savoir ce qui se passerait si elles l'utilisaient elles-mêmes. Elles avaient eu de la chance d'être arrivées aussi loin.

« Probablement. Mais qu'est-ce qu'on en ferait ? »

« Je ne sais pas... » Vanille leva les mains, avouant son ignorance. Il y eut un son. Des voix !Qui se rapprochaient rapidement. Elles se relevèrent sans un bruit et se mirent à courir.

« Ils sont vraiment nos ennemis... » chuchota Vanille.

« T'as dit quelque chose ? »

« Non, rien. » Son cœur était lourd, mais elle se força à sourire. Pour le moment, elle devait courir. Mais il y avait tellement de choses que Vanille aurait voulu pouvoir oublier...


De retour au temple, tout n'était pas exactement comme elle l'avaient laissé. Quelqu'un avait utilisé l'ascenseur. Un intrus.

« Quelqu'un de Cocoon est ici. » murmura Fang en prenant sa lance. Elles tendirent l'oreille, mais tout était silencieux. Vanille leva les yeux au plafond.

À l'origine, ce temple était conçu pour tester ceux qui deviendraient des l'Cie. Dans ses profondeurs, ils devaient faire face au fal'Cie Anima pour être évalués... et choisis. Ceux qui avaient de mauvaises pensées et ceux qui n'étaient pas à la hauteur ne pouvaient pas ouvrir le portail sacré. C'était écrit dans les enseignements des prêtres.

« Fais attention à toi. »

« Je sais. » Elles se regardèrent et acquiescèrent, et continuèrent leur chemin. En montant les escaliers, elles essayèrent de ne pas faire de bruit et restèrent à l'affût d'un signe de l'intrus. Elles atteignirent rapidement la première porte. Si c'était un habitant de Cocoon, il n'aurait pas pu l'ouvrir et serait toujours là, sans but, devant elle.

« Ben, on dit qu'il y a des barbares qui ne sont pas mieux que des animaux, mais... »

Voilà ce que pensaient les habitants de Cocoon d'eux. Des gens qui ne pourraient jamais ouvrir cette porte. Ils n'étaient même pas dignes de poser le pied à l'intérieur du temple.

Mais il n'y avait personne devant la porte. L'intrus avait dû l'ouvrir et continuer son chemin.

« Mais ce n'est pas... » Vanille ne trouvait plus ses mots. Il y avait bien des indices qui montraient que quelqu'un était passé par là, mais elles n'avaient pas le temps de s'arrêter pour réfléchir à la situation. L'intrus était peut-être près du centre, elles devaient se dépêcher.

Leurs bruits de pas ne les préoccupaient plus. Elles foncèrent en haut des marches, puis dans l'ascenseur. Mais il n'y avait personne à la porte suivante, ni celle d'après. Ce devait être la preuve que l'intrus n'était pas mauvais, mais comment était-ce possible ? La seule explication envisageable, c'était que les habitants de Cocoon avaient trouvé un moyen de tromper les portes sacrées.

« Dites moi que c'est pas vrai... »

Elles avaient atteint les profondeurs du temple. Dans la pièce devant elle se trouvait le fal'Cie. Même elles n'y avaient été qu'une seule fois. Ce n'était pas un endroit dans lequel on pouvait aller et venir librement.

La porte s'ouvrit, et ils trouvèrent l'intrus allongé sur le sol. Inconsciente. C'était une fille.

« Elle a dû se perdre. » Fang baissa sa lance. La fille avait l'air d'avoir le même âge que Vanille, et ne portait pas d'armes. « Elle est toute seule. » Fang l'examina d'un regard froid. Vanille savait ce qu'elle se disait. Elle se demandait si elles devaient la tuer ou non, pour qu'elle ne parle à personne de ce qu'elle avait vu ici. Si elles la laissaient vivre, elle amènerait sûrement d'autres personnes ici. Vanille la regarda de plus près, quand...

« Attends ! » Elle s'agenouilla à côté de la fille et attrapa son bras. « Regarde ! Cette marque... »

C'était exactement la même que la leur.

« Elle est devenue une... l'Cie. »

Elle portait la marque d'un l'Cie choisi par le fal'Cie Anima, celui qui assignait les Tâches.

« Pourquoi... » La voix de Fang était tremblante. « Pourquoi avez-vous choisi quelqu'un de Cocoon ? » Elle laissa tomber sa lance, et le son se répercuta à travers la chambre. « Pourquoi le fal'Cie ferait une telle chose ? »

Il n'y avait pas de réponse. Les fal'Cie n'étaient pas des êtres qui pouvaient être remis en question par les humains.

« Comment peut-elle être un l'Cie de Gran Pulse ? Ça veut dire qu'on est comme eux ? »

« Mais c'est une habitante de Cocoon. Elle ne peut pas avoir de Tâche... »

Une Tâche. Quand Vanille prononça ce mot, Fang toucha son bras. Sous sa main, Vanille pouvait voir sa marque de l'Cie, blanche et brûlée, qui n'avait plus sa forme originelle. Fang avait perdu la mémoire, elle ne pouvait même plus se souvenir de sa propre Tâche. Oh, pensa Vanille, alors c'est pour ça. Elle savait pourquoi le fal'Cie avait choisi un nouveau l'Cie.

« Bien... sortons-la d'ici, au moins. » Fang souleva la fille. Elle prit soin de ne pas croiser le regard de Vanille, mais cette dernière savait qu'elles pensaient à la même chose.

Fang quitta la pièce. Vanille ramassa sa lance et la suivit. Elle jeta un regard au fal'Cie Anima, mais il resta silencieux.


À l'extérieur du temple, elles allongèrent la jeune fille à même le sol. Mais elle ne se réveillait toujours pas.

« Elle est notre remplaçante... »

Bien entendu, Fang le savait. Elle le savait depuis la seconde où elle avait vu la marque de la ville. Elle tournait la tête, mais Vanille pouvait voir qu'elle était triste.

« On est des l'Cie pathétiques, pas vrai ? On ne se souvient même pas de notre Tâche. Alors le fal'Cie a choisi quelqu'un d'autre. »

Ce n'est pas la seule raison, se dit Vanille au plus profond d'elle-même. C'est de ma faute. Tout est de ma faute, parce que... j'ai fui. Le fal'Cie a vu clair dans mon jeu. C'est à cause de moi que cette fille a été mêlée à nos problèmes.

Les paupières de la fille remuèrent. Elle était sur le point de se réveiller. Elles ne devaient pas la laisser les voir, alors elles se cachèrent dans les ombres du temple pour l'observer.

Elle s'assit, mit sa tête entre ses genoux et resta immobile un moment. Elle devait être complètement étourdie. Elle n'avait pas encore vu la marque sur son bras. Enfin, elle s'appuya sur le mur du temple pour se relever. Ses yeux s'arrêtèrent sur son bras. Elle avait vu la marque. Elle la frotta, comme si elle essayait de la faire disparaître.

« Elle ne sait pas ce qu'est un l'Cie ? Non... il y a des fal'Cie sur Cocoon. »

« Peut-être qu'elle ne s'en est pas rendue compte parce que la forme est différente ? »

Mais alors, que devraient-elles faire ? Si elle ne réalisait même pas qu'elle devait trouver sa Tâche, elle se transformerait en Cie'th. Mais elles ne pourraient rien lui expliquer si elles ne lui disaient pas qui elles étaient vraiment.

« On dirait qu'elle le sait... »

Elle s'effondra soudainement. Elles l'entendaient hurler que c'était juste quelque chose que quelqu'un avait dessiné sur son bras. Même de là où elles se trouvaient, Vanille et Fang pouvaient voir la marque évoluer. La peur de la fille l'avait affectée.

Elle devait le savoir, maintenant. Qu'elle avait été choisie par le fal'Cie de Gran Pulse... non, de « l'enfer peuplé par des barbares ».

La fille pleurait. Elles voyaient ses frêles épaules trembler. Elle finit par se relever et faire quelques pas hésitants. Elle avait si petite, si triste.

C'était quelque chose qu'elles ne pourraient jamais effacer. Cette fille n'avait rien à voir dans toute cette histoire, mais elle s'était trouvée embarquée seulement parce qu'elle était au mauvais endroit au mauvais moment.

« Ne fais pas cette tête. »

« Mais... »

Une fois devenu un l'Cie, il n'y avait pas de retour en arrière. Son destin avait été changé pour toujours. Et tout était de leur faute.

« La seule chose qu'on peut faire, c'est trouver notre Tâche et la compléter. En venir à bout pour de bon. Pour qu'on puisse retourner sur Gran Pulse. »

Si cette fille était censée être leur remplaçante, alors leur Tâche devait être la même. Si elles la menaient à bien, alors elle ne se transformerait pas en Cie'th. C'était ce que Fang devait se dire. Mais même si elles complétaient leur Tâche, cette fille... Vanille s'arrêta. La vérité était trop cruelle.

« Fang, on laisse tomber notre Tâche. »

La marque de Fang était morte. Même si elle ne complétait pas sa Tâche, elle ne deviendrait peut-être pas un Cie'th. Si c'était vrai, alors elle n'avaient plus à s'en soucier.

« Non, on ne le fera pas. » Elle tapa la jambe de Vanille. « Ta marque est toujours là. Si on ne respecte pas notre Tâche, tu te transformeras en Cie'th. »

« C'est pas grave, je... »

« C'est toi qui a dit qu'on serait toujours ensemble, pour toujours ! » Elle prit le visage de Vanille dans ses mains.

« On sera toujours ensemble... »

« Oui. »

« Et on ira à la maison ensemble... »

« C'est ce qu'on s'est promis, tu te rappelles ? »

Vanille prit les mains de Fang dans les siennes et hocha la tête.

« Non, tu as raison... Je... »

Elles se l'étaient promis il y a bien longtemps. Que tout irait bien tant qu'elles seraient ensemble. Qu'on ne les séparerait jamais. C'était une promesse qu'elles ne briseraient jamais.



Dernière édition par mrlamouette le Lun 20 Déc - 20:36, édité 1 fois

Chapitre quatre
Spoiler:
Même s'il y avait toujours autant de monde dans les rues, Vanille n'était pas aussi anxieuse qu'hier. Au contraire, elle se sentait calme et relaxée.

Elle ne voulait pas retomber sur les deux hommes qu'elles avaient rencontrées l'autre jour, alors Vanille avait suggéré de se tenir à l'écart de l'endroit où elles s'étaient trouvées. Fang l'avait assurée qu'il lui serait facile de se débarrasser d'eux si elles venaient à les revoir, mais elle avait tout de même accepté.

Hier, les rues étaient remplies de boutiques de vêtements et d'accessoires en tous genres, mais ici, c'était une véritable abondance de nourriture et de boissons.

« Regarde, regarde, ils vendent des légumes ! »

Les étals explosaient de vives couleurs vertes, jaunes et rouges. En y regardant de plus près, elles remarquèrent que les légumes étaient généreux et frais.

« Ça ne ressemble pas du tout aux légumes qu'on a mangés l'autre fois. »

« Mais ils ont l'air... Comment dire... Artificiels ? Comme si quelqu'un les avait fabriqués. Je me demande si on peut vraiment les manger. »

Les légumes étaient tous de la même taille et de la même forme, comme si on les avait clonés. Ceux qu'elles avaient cueilli dans le champ étaient en mauvais état et n'avaient pas de goût, mais il était évident qu'ils étaient supposés être mangés.

« Peut-être qu'ils ont une façon spéciale de les faire pousser. »

« Après tout, on est sur Cocoon. » Vanille les imaginait façonner un liquide coloré pour faire des légumes. Non, sûrement pas, se dit-elle en secouant la tête.

« Ils ne peuvent pas nourrir autant de gens avec des champs pathétiques comme celui qu'on a vu. »

« Cocoon est plutôt grande... »

« … Peut-être que j'arriverais à retrouver ma mémoire si on va ailleurs. »

Vanille ne répondit pas, tournant son regard vers la foule. Fang commençait à devenir impatiente, et elle le comprenait. Elle fixa Fang, sachant très bien ce qu'elle pensait. Cette fille était devenue une l'Cie à cause d'elles. Parce qu'elles prenaient trop de temps à compléter leur Tâche.

Mais c'était mal, Vanille savait que c'était mal. Fang n'était pas fautive. C'était Vanille. Elle soupira, puis leva la tête, sentant Fang se retourner derrière elle.

« Fang ? »

« Attends ici. »

« Attends ! » Mais elle ne réussit pas à l'arrêter à temps. Elle la vit seulement disparaître dans la foule. Elle n'avait pas d'autre choix que d'attendre son retour. Elle s'appuya contre un mur.

Les passants étaient en majorité des femmes, et la plupart avaient des enfants avec elles. Peut-être parce qu'on vendait ici de la nourriture, et qu'elles faisaient les courses pour leur famille. Mais en les regardant, Vanille se dit qu'il y avait quelque chose d'étrange et d'anormal. Et elle réalisa ce qui ne clochait pas : elles sortaient des boutiques les mains vides. Si certains n'avaient simplement rien acheté, ça ne pouvait pas être vrai pour autant de personnes.

Peut-être qu'ils se les font livrer, pensa Vanille. Sur Gran Pulse, on pouvait payer pour se faire livrer des articles trop lourds et trop grands. Mais pour des choses comme de la nourriture, ça ne se faisait pas. Alors peut-être... Ou alors, il y avait une toute autre explication.

Vanille, confuse, se contenta de secouer la tête.

« T'as attendu longtemps ? »

Vanille sentit quelque chose de froid sur son front. Elle sursauta et cria.

« Haha, désolée. » Fang sourit et lui tendit une canette. « T'es tellement nerveuse. »

« Je n'y peux rien... » dit Vanille, boudeuse. Elle prit la canette. « Où est-ce que t'as eu ça ? »

« Je l'ai achetée. »

Vanille regarda la canette, puis Fang. Où est-ce qu'elle a trouvé l'argent ? Elles ne savaient même pas ce qu'ils utilisaient pour payer sur Cocoon.

« J'ai utilisé ça. » Fang lui montra la carte qu'elles avaient récupérée hier. « Cocoon est un endroit tellement bizarre. J'arrive pas à croire qu'on peut avoir tout ce qu'on veut avec quelque chose comme ça. » Elle ouvrit sa canette et bu une gorgée, puis invita Vanille à faire de même. La canette était un peu étrange, mais il n'était pas difficile de l'ouvrir.

« Oh ! C'est bon. »

« Je leur ai dit de me donner la boisson la plus sucrée qu'ils avaient. »

Après les choses aqueuses et fades qu'elles avaient mangé récemment, il était presque incroyable pour elles de boire quelque chose qui était vraiment sucré. C'était merveilleux.

« Alors comment on achète des trucs avec ça ? »

« Je sais pas comment ça marche. J'ai juste fait la même chose que les autres. Eux. » dit Fang en pointant du doigt les gens qui se trouvaient dans un magasin. Vanille pouvait voir une femme qui avait une carte similaire à la leur.

« J'ai regardé comment ils faisaient pour deviner comment ça marche. »

« Alors ces deux types d'hier n'avaient vraiment pas d'argent. »

« Mais ils ont bien des pièces et des billets sur Cocoon. » Fang tourna le regard vers une autre boutique. Sa devanture était décorée de rose et de blanc. Une boutique de bonbons. Les enfants y rentraient et en sortaient en courant. Apparemment, les bonbons étaient aussi populaires sur Cocoon que sur Gran Pulse. « Les enfants utilisent des pièces. »

Elles remarquèrent que tous les adultes utilisaient une carte. Parfois, son possesseur appuyait dessus. Le marchand passait alors la carte dans une machine d'une forme étrange. Il leur semblait qu'il y avait beaucoup de manières différentes de l'utiliser.

« J'ai vu une boutique dans laquelle ils vendent des armes. Alors tant qu'on aura ça, on pourra en acheter. » Fang sourit de toutes ses dents. « On peut se battre. »

« Mais... » Ces deux hommes avaient été tellement faibles. Fang s'en était débarrassée à mains nues. Les poissons et les oiseaux étaient tout aussi pathétiques. Probablement toutes les créatures vivant sur Cocoon, les humains y compris, ne savaient pas se battre.

« On a été choisies comme l'Cie pour combattre Cocoon, non ? »

« Oui, mais... On n'a pas de raison de le faire, pour l'instant... »

« Ouais... C'est tellement tranquille ici. On a sûrement même pas besoin de se battre. »

« Oui. Ne nous battons pas. » Vanille hocha la tête. Sa propre voix lui semblait bizarre. Elle se demanda si Fang l'avait remarqué aussi.

« Mais en dehors de ça, c'est quoi, notre Tâche ? Si on ne trouve pas... »

Encore ça. On en revient toujours à ça, se dit Vanille en soupirant. Une voix interrompit ses pensées.

« Mais avant, si nous allions voir le fal'Cie ? »

Vanille et Fang se regardèrent.

« On pourrait juste aller à Euride pour notre dernier jour. »

« Mais plus le festival se rapproche, plus il y a de gens. »

« C'est vrai. »

Un groupe de vieilles dames toutes excitées passa à côté d'elles. Qu'est-ce qu'elles avaient voulu dire par « aller voir le fal'Cie » ? Et Euride ? Peut-être que c'était l'endroit où se trouvait le fal'Cie de Cocoon. Fang et Vanille se glissèrent derrière elles, essayant de passer inaperçues, pour pouvoir écouter la suite de leur conversation.

« Si on louait une voiture ? À nous toutes, ça ne devrait pas être trop cher. »

« Non, non. Le train ira très bien. »

Euride devait se trouver plutôt loin si elles songeaient à prendre le train pour s'y rendre.

« Il y a souvent des trains ? J'espère qu'on n'aura pas à attendre trop longtemps. »

« Allons nous renseigner à la gare de Bodhum. »

« Alors c'est d'accord ? Très bien, ma fille m'a demandé de lui acheter quelque chose ici... »

C'était tout ce qu'elles avaient à dire à propos du fal'Cie. Elles parlaient maintenant de ce qu'elles allaient acheter et manger. Alors qu'elles réalisaient qu'elles ne tireraient pas plus d'informations de leur conversation, le groupe s'engouffra dans une boutique. Fang et Vanille passèrent devant l'entrée sans s'arrêter.

« Elles ont dit « Euride », c'est ça ? »

« Oui. Le meneur de ces voleurs... »

Elles ne pouvaient pas être certaines que c'était celui qui avait amené leur temple sur Cocoon, mais tous les fal'Cie de Cocoon étaient logés à la même enseigne pour elles.

« Alors on doit y aller pour nous présenter à lui. »

« Tu veux qu'on aille là-bas ?! »

« Si on va voir le fal'Cie de notre ennemi, alors peut-être qu'on comprendra notre Tâche. Ou peut-être que je récupérerais ma mémoire... Mais quelque chose se passera. »

« Mais Euride doit être loin. Elles ont dit qu'elles allaient prendre le train. »

Ni Fang ni Vanille n'avaient jamais pris le train. Celui qui passait à côté de chez elles allait jusqu'au bout du monde. Il n'y avait rien d'inhabituel là-dedans. Mais aucun habitant de leur village n'avait pris le train. C'était simplement quelque chose que les gens ne faisaient pas en temps normal.

C'était pour cela qu'elles avaient été surprises d'entendre des vieilles dames parler de prendre le train avec autant d'insouciance. Elles se demandèrent si les habitants de Cocoon étaient aussi pathétiques qu'elles le pensaient.

« Peu importe, tant que j'ai une chance de retrouver ma mémoire. »

« Mais peut-être qu'on a pas assez d'argent. Enfin, peut-être qu'on ne peut pas prendre le train juste avec cette carte. » Elle ne voulait pas aller à Euride. Elle ne voulait pas faire face à un fal'Cie de Cocoon.

« C'est tout ? » dit Fang en riant. « On peut aller à la gare pour voir. Il y a beaucoup de moyens d'obtenir de l'argent. Tout ira bien. Allons-y. » Fang tourna les talons. Une fois qu'elle avait pris sa décision, il était impossible de lui faire changer d'avis. Il n'y avait plus aucun moyen de l'arrêter, maintenant. Vanille n'avait plus qu'à se préparer à ce qui les attendait. Elle soupira et suivit Fang.


Avant de savoir comment aller à Euride, elles devaient d'abord se rendre à la gare de Bodhum. Elles pensaient qu'elles n'auraient qu'à marcher un peu pour la trouver, mais ce n'était pas aussi facile que ça. Alors elles achetèrent de quoi dîner et en profitèrent pour demander où était la gare. Elles pensaient qu'on les regarderait de travers, mais en réalité, elles n'avaient pas à s'en faire.

Il semblait que beaucoup de voyageurs venaient ici, alors les étrangers étaient plutôt monnaie courante. On leur répondit, « Oh, vous êtes en vacances ? Vous venez d'où ? » En réalité, Fang et Vanille pensaient qu'ils étaient un peu trop amicaux.

On leur dit qu'elles pouvaient trouver des cartes dans toutes les boutiques de la ville, et qu'elles étaient gratuites.

« Donner des cartes gratuitement aux voyageurs ? Ça a l'air dangereux. »

De telles cartes, qu'on pouvait trouver facilement partout en ville, pouvaient se retourner contre eux si elles venaient à tomber entre des mains ennemies. Une carte, c'était un document important qui devait rester secret. Vanille ne pouvait s'empêcher de mépriser les gens qui ne savaient pas quelque chose d'aussi élémentaire. Mais le marchand la regarda bizarrement lorsqu'elle le dit. Apparemment, les habitants de Cocoon ne partageaient pas son point de vue.

Elles se mirent en route dès que le marchand leur indiqua l'emplacement de la gare sur la carte. Si elle étaient restées plus longtemps, elle auraient risqué de se faire démasquer. Elles s'inquiétaient plus de leur comportement que des habits qu'elle portaient.

Heureusement, la gare n'était pas très loin. Elle se trouvait à environ quinze minutes de l'endroit où elles étaient, à côté du temple. Mais si on ne leur avait pas donné cette carte, elles n'étaient pas sûres qu'elles auraient réalisé que c'était une gare. Elle était à la fois similaire et très différente de celle qu'elles avaient connu sur Gran Pulse.

« Ça ne ressemble pas du tout à une gare. On dirait plus un... magasin, ou quelque chose comme ça. »

« Et regarde ce train. » lui montra Fang alors qu'elles s'approchaient de la gare. « On dirait qu'il ne reste pas sur ses rails. »

Le design du train était assez inhabituel. Dire qu'il ne resterait pas sur ses rails n'était pas très loin de la vérité, mais il semblait lui manquer quelque chose.

« Si un monstre l'attaquait, il serait détruit en un instant. »

Les trains de Gran Pulse étaient conçus pour encaisser les assauts de monstres imposants. Ainsi, ils étaient faits d'un matériau incassable.

« Je me demande s'il arrivera à Euride sans encombre. » dit Vanille. Fang haussa les épaules.

« Inutile de s'inquiéter. On doit d'abord savoir quand le train partira. Et combien ça coûte, et combien de jours de voyage il y aura. »

Elles pensaient qu'elles n'auraient pas de mal à trouver des réponses, mais elles s'étaient trompées. Il y avait tellement de quais qu'elles ne savaient pas par où commencer. Sur Gran Pulse, il n'y en avait qu'un. Mais ici, à Bodhum, il y en avait plusieurs, et chaque train se rendait dans un endroit différent.

Ce qu'il y avait d'encore plus surprenant, c'était le nombre de trains qui arrivaient. Dans leur village, il n'y avait qu'un train le matin, et un autre le soir.

« Que... Qu'est-ce qu'on fait ? »

Elles errèrent à l'intérieur du bâtiment, incapables de trouver des renseignements.

« Vous allez bien ? Je peux vous aider ? »

C'était une jeune mère avec un petit enfant. Elle avait dû remarquer à quel point elles étaient perdues.

« Euh... Ben, on veut aller à Euride, mais... »

« Pour voir le fal'Cie ? Le train à destination d'Euride est sur le quai numéro un. »

Vanille et Fang échangèrent un regard et soupirèrent brièvement. Sauvées !

« Bon voyage. » dit la jeune femme avant de se retourner.

« Euh, attendez, s'il vous plait ! Je peux vous demander autre chose ? » Elles avaient toujours des questions à poser.

« Combien coûte le voyage pour Euride ? Est-ce qu'on peut y aller avec ça ? » Vanille lui montra la carte. La jeune femme ria.

« Hé bien, je ne sais pas combien vous pouvez dépenser, mais je peux vous assurer que vous aurez assez. Tant que vous ne réservez pas un wagon entier pour vous deux. »

« Et, euh... Combien de trains par jour vont à Euride ? »

« Combien ? Voyons... » Elle pencha la tête, pensive. Ça voulait sûrement dire qu'il n'y en avait pas beaucoup.

« Oh pitié, ne me dites pas qu'il n'y en a qu'un tous les deux jours. »

« Hein ? »

« Oh non, on va devoir attendre plusieurs jours ? » Vanille commençait à s'inquiéter. Que feraient-elles si elles devaient attendre aussi longtemps ? Mais le rire de la jeune femme balaya sa panique rapidement.

« Vous êtes tellement drôles, les filles. Ça ira. Allez sur le quai et attendez un peu. Il y en aura un dans peu de temps. »

« Vraiment... ? »

« Je n'ai jamais compté combien il y en a chaque jour. Il y en a juste tellement. »

Elles avaient visiblement dit quelque chose d'étrange, une fois de plus. Mais heureusement, elles n'avaient pas à s'excuser. Cette jeune femme s'était contentée de rire.

« Si vous ne voulez pas attendre le train, vous pouvez toujours prendre une moto volante. Vous pouvez en louer juste à la sortie de la station. C'est à peu près aussi cher que le train.

« Euh, non... Non, j'aime les trains. »

En fait, aucune d'elles ne savait conduire une moto, mais elle préférait trouver une autre excuse. Si c'était un engin que même les enfants de Cocoon savaient utiliser, elles attireraient encore l'attention.

« Très bien, prenez soin de vous et bon voyage, alors. » La jeune femme prit la main de l'enfant et se dirigea vers un autre quai.

« Oh non ! J'ai oublié de demander... »

« Quoi ? »

« Combien de jours pour aller jusqu'à Euride. »

« Ah... »

Mais ça n'avait pas vraiment d'importance. Elles savaient qu'elles pourraient payer pour les tickets de train, et elles savaient lequel elles devaient prendre. C'était tout ce qu'elles avaient besoin de savoir.

« J'espère que si on le prend demain, on arrivera au moins le jour d'après... »

« Peu importe le temps que ça prendra, tant qu'on peut voir ce fal'Cie. »

Le cœur de Vanille s'alourdit à ces mots. Elle avait enfin réussi à oublier cette histoire, mais Fang la lui rappela à nouveau.

« T'es fatiguée ? » Fang la dévisagea, inquiète.

« Juste un peu. » répondit Vanille. Elle fit de son mieux pour essayer de sourire.


Chapitre cinq
Spoiler:
Le train se glissa hors de la gare de Bodhum comme sur de l'eau. Les gens sur le quai s'éloignaient d'abord doucement d'elles, puis la ville toute entière défila sous leurs yeux.

« Ouah... » Vanille et Fang s'appuyèrent contre la fenêtre du train pour mieux apprécier la vue. Le train ne tarda pas à quitter la ville pour s'engager le long de la côte.

« Regarde ça ! Cette île flotte ! »

« Oh, ouah... »

Sentant des regards dans leur dos, elles se retournèrent. Les autres passagers les fixaient avec de grands yeux. Vanille et Fang allèrent se rasseoir en vitesse. Elles n'avaient même pas réalisé qu'elles s'étaient littéralement collées à la fenêtre. On pouvait toujours voir la buée laissée par leur souffle sur la vitre.

Quelqu'un pouffa. Vanille rougit et baissa les yeux.

Se risquant à jeter un œil par la fenêtre à nouveau, Vanille vit les rayons du soleil se refléter sur un océan étincelant. Le train fit une brusque embardée, et la voiture de tête apparut dans son champ de vision. Vanille était choquée. Il n'y avait pas de rails sous le train. « Regarde ça ! » dit-elle silencieusement à Fang, en recouvrant sa bouche avec ses mains pour que personne ne puisse voir ce qu'elle disait. Elle ne voulait pas attirer l'attention une fois de plus, mais elle n'arrivait pas à contenir son excitation. Elle tira le bras de Fang, pointant du doigt les îles flottantes. Fang hocha la tête.

« La technologie de Cocoon est tellement incroyable. » murmura Vanille à son oreille. Peut-être que si elles exploraient les moindres recoins de Gran Pulse, elles finiraient pas trouver quelque chose de similaire. Même s'il était peu probable qu'elles tombent un jour sur un train qui pouvait flotter dans l'air.

L'une de ces îles se rapprochait du train, mais ils la dépassèrent en un instant. Le train serpentait entre les îles à une vitesse folle.

« Regarde ! C'est une moto volante ! » s'écria avec excitation un jeune garçon qui était assis devant elles. Vanille tendit le cou pour essayer de voir de quoi il parlait. Il y avait trois véhicules juste à côté du train. Ce devait être les motos volantes dont la jeune femme leur avait parlé hier.

« Ils sont trop rapides ! Hé papa, c'est quoi le plus rapide ? Une moto volante ou ton vaisseau ? »

« Mon vaisseau, évidemment. » Contrairement au petit garçon, qui était trop petit, elles pouvaient voir le haut de la tête du père. Ses cheveux avaient la forme d'un nid d'oiseau. On aurait dit qu'un petit oiseau aller montrer sa tête à tout moment.

« Il y a beaucoup d'îles. »

« La ville de Bodhum est faite de nombreuses îles. » expliqua-t-il à son fils. Sa voix était calme et douce.

« C'est ça, Bodhum ? Cet endroit qui flotte très haut dans le ciel ? »

« Dans le ciel ? Non, c'est pas Bodhum, ça. Cet endroit s'appelle Eden. Et Eden n'est pas une île. »

Leur conversation retint toute son attention lorsqu'elle entendit le mot « Eden ». C'était l'endroit dont avait parlé les deux hommes l'autre jour. Mais ça n'avait pas l'air d'être une vallée ou une montage. Il se trouvait dans le ciel, mais ce n'était pas une île flottante ? Alors qu'est-ce que c'était ?

« Papa ? Tu as déjà été à Eden ? »

« Bien sûr que oui, je suis un pilote. Je suis même allé à Palumpolum. Il y a plus de boutiques là-bas que dans n'importe quelle autre ville de Cocoon. »

« Est-ce qu'ils ont un magasin de jouets ? »

« Il y en a plein ! »

« Et un magasin de Chocobos ? »

« Il y a beaucoup de magasins d'animaux. »

« Non ! J'ai dit, un magasin de Chocobos ! »

« Hé ben, je sais pas... »

Ils ne parlaient pas de choses importantes, mais Vanille appréciait leur conversation. Ce devait être ça, avoir une famille. Ils continuèrent de parler des endroits qu'avait visités le père. Une réserve où des animaux vivaient en liberté, une ville remplie de jeux et d'attractions toutes plus amusantes les unes que les autres...

En les écoutant, Vanille réalisa combien d'endroits différents abritait Cocoon, et combien de personnes devaient y vivre. Si seulement ils n'étaient pas des ennemis, si seulement le fal'Cie de Cocoon ne leur avait pas pris tant de choses... elles pourraient aller de Cocoon à Gran Pulse et inversement en toute liberté. Quel monde merveilleux ce serait.

Elle ne voulait pas se battre. Pas contre ce père et son fils, ou cette jeune mère qu'elles avaient rencontrée à la gare hier, ou ce groupe de vieilles dames. Elle ne voulait pas leur faire de mal.Mais j'ai probablement tort, pensa Vanille. On m'a toujours dit qu'on devait se battre. Ne jamais se sentir perdu. Elle se battrait quoi qu'il arrive. Mais...

Fang ne se battait pas parce qu'elle était forte. Elle se battait parce qu'elle était gentille. Elle ne pouvait jamais pardonner à ceux qui faisaient du mal aux personnes qui lui étaient chères. Mais c'est pour ça que je ne peux pas la laisser se battre, se dit Vanille. Fang ne se le pardonnerait jamais si elle blessait quelqu'un d'innocent.

« Ta marque est toujours là. Si on ne respecte pas notre Tâche, tu te transformeras en Cie'th. »

Vanille se remémora les mots que lui avait dit Fang ce jour-là. Peu importe la voie qu'elle choisissait. Se battre, ou ne pas se battre. Tous les choix qu'elle ferait et qu'elle avait fait ne menaient qu'à une chose : la tristesse de Fang.

« Hé, qu'est-ce qu'il y a ? »

Vanille releva les yeux, surprise. Elle s'était complètement absorbée dans ses pensées sans même sans rendre compte. Elle regarda par la fenêtre et remarqua que le train s'était arrêté. Ils étaient dans une gare.

« On... On est où ? »

« Au terminus. T'as pas entendu ? Ils ont dit que c'est la gare d'Euride. »

Tous les passagers s'étaient levés et sortaient à la queue leu leu. Le père et le fils qui étaient assis devant elles étaient déjà partis.

« Heureusement que je n'ai pas demandé combien de jours durait le voyage... » dit Vanille en soupirant.


Elles se glissèrent derrière les autres passagers et sortirent du train. Elles n'avaient pas à s'inquiéter du chemin à emprunter, puisque tous les voyageurs allaient dans la même direction.

Une grande place s'étendait devant la gare, au bout de laquelle se trouvait un bâtiment qui ressemblait à une centrale. Des stands vendaient des ballons et des bonbons, et l'endroit était aussi bruyant et bondé que Bodhum.

Des touristes prenant des photos devant la centrale, des jeunes couples marchant main dans la main, un groupe de jeunes adolescents, un vieux couple... toutes ces personnes contribuaient à leur façon à l'atmosphère très festive d'Euride.

Dans un coin de la place, un groupe d'écoliers écoutait attentivement leur professeur.

« La centrale est gérée par le fal'Cie Kujata, et elle produit une grande partie de l'énergie utilisée dans les villes à proximité d'Euride. Toutes les choses qui rendent notre vie plus facile fonctionnent grâce à l'énergie de cette centrale. Vous avez tous bien compris ? »

« Oui ! » crièrent les enfants excités en cœur. Les adultes qui marchaient derrière eux sourirent.

« Je ne comprends pas ces gens. » chuchota Fang. « Ils ne savent rien des choses horribles que leur fal'Cie nous a fait. »

« Ouais... Ils savent rien... » Mais l'ignorance est-elle un péché ? se demanda Vanille. Même s'ils le savaient, ce serait un péché. Ça n'a pas d'importance. Ces deux chemins ne mènent qu'à la tristesse.

Hé, Fang. Est-ce que je peux ne rien choisir du tout ? Est-ce que je peux oublier tout ça... ?

Ça ne fait rien, si on s'enfuit, se dit-elle. Elle regarda Fang, sachant très bien qu'elle n'arriverait jamais à lui dire quelque chose comme ça.

« Une fois qu'on aura terminé notre Tâche, on pourra laisser tout ça derrière nous. Pas vrai, Vanille ? »

Au lieu de répondre, elle se contenta de prendre la main de Fang. Comme lorsqu'elles n'étaient encore que des enfants, seules contre un monde rempli d'ennemis. Tant qu'elles étaient ensemble, elles resteraient en vie. Tant qu'elles étaient ensemble, peu importe où elles allaient...

« On rentrera à la maison. » Même si ça allait à l'encontre des désirs de Fang.

La centrale dans laquelle attendait le fal'Cie Kujata était juste devant elles. Vanille serra un peu plus fort la main de Fang dans la sienne, et se laissa porter par la foule.



Dernière édition par mrlamouette le Lun 20 Déc - 20:36, édité 1 fois

Partie III : Trésor




Chapitre un
Spoiler:
Qui aurait pu penser que les choses empireraient de cette façon ?

Des soldats partout, tout sans dessus dessous. Quand je t'ai rencontré pour la première fois, tout était si paisible. Voyons voir... c'était il y a huit jours, non ? Ouais, seulement huit jours. Il s'est passé tellement de choses en si peu de temps. Je n'arrive même plus à comprendre ce qu'il se passe.

Je n'arrive tout simplement pas à y croire. Papa a complètement abandonné. Enfin, toi aussi...


« Papa, je veux celui-là ! »

Dajh tirait sa main, et Sazh s'arrêta sans réfléchir. Quand un enfant veut quelque chose de ses parents, il s'agite dans tous les sens jusqu'à l'obtenir. Son fils n'avait que six ans, mais il n'avait aucun mal à tirer un adulte comme lui.

« Hé, pourquoi on ne l'achète pas au retour ? »

Sazh avait amené Dajh au Canyon d'Ewleede. Il ne se rappelait plus quand, mais il avait dit qu'il voulait voir un fal'Cie.

Et l'endroit où il fallait aller pour cela, c'était Ewleede. Sazh s'était renseigné à droite et à gauche, et il avait trouvé l'offre parfaite. « Des vacances en famille : Visitez Ewleede et Bowdam ». Le vaisseau et la chambre d'hôtel étaient compris, et ils laissaient du temps libre pour visiter la région par soi-même. Le prix pour les enfants était réduit, et ça avait l'air amusant.

C'était pourquoi ils étaient allés à la gare d'Ewleede pour se rendre à la centrale. L'endroit était bondé de touristes, et il y avait des magasins de souvenirs à tous les coins de rues. Sazh savait que Dajh finirait par vouloir s'arrêter quelque part. Il aurait voulu un ballon en forme d'animal, ou peut-être qu'un bonbon de toutes les couleurs aurait attiré son attention...

« Non ! Maintenant ! Maintenant ! »

Dajh tira sa main encore plus fort. Tous les enfants étaient comme ça, à dire ce qu'ils voulaient à l'instant même où ils le voulaient. Sazh se souvenait l'avoir fait lui aussi, et combien il était content lorsqu'il obtenait ce qu'il demandait.

Mais il y avait quelque chose qu'il n'avait pas réalisé, quand il était un enfant. Les parents étaient encore plus heureux de donner à l'enfant ce qu'il voulait.

« D'accord, d'accord. Mais juste cette fois. » Il sourit.

« Alors, c'est quoi que tu veux ? »

Ils étaient devant un magasin animalier. Ce n'était pas une boutique locale, elle faisait partie d'une chaîne implantée un peu partout.

« Je veux celui qui est jaune ! »

« Voyons, c'est lequel ? »

Il y avait de nombreuses cages alignées dans la vitrine. Il n'y avait pas seulement des chiens et des chats, mais aussi des monstres dont les gènes avaient été modifiés pour qu'ils ne soient plus dangereux. Ce qui témoignait de la grandeur du magasin.

« Celui qui est jaune, c'est lequel qui est jaune ? » Il s'arrêta de chercher.

« Pas... Tu veux pas dire... Celui-là ? »

Dans l'une des plus grandes cages se trouvait un gros Flambos jaune, aplati sur lui-même. Il étira son corps, essayant de paraître menaçant.

« Hé petit, c'est de ça que tu parles, pas vrai ? » Le marchand sourit à Dajh et tapa dans les mains.

« Oui, c'est ça ! » Dajh hocha vivement la tête et fit le même geste. On aurait dit qu'ils essayaient d'imiter un oiseau.

« Tous les enfants qui parlent d'un truc jaune parlent de ça. » dit-il en montrant un panneau du doigt. « Bébés chocobos en stock ! »

« Oh, juste un chocobo. » Il avait paniqué lorsqu'il avait cru que Dajh parlait du Flambos, mais un bébé chocobo ne lui posait aucun problème.

« Alors d'accord, on va prendre un de ces trucs jaunes. »

Le visage de Dajh s'illumina. Il adorait les chocobos. Son livre préféré parlait d'un chocobo, et il y en avait un sur son doudou.

« Génial ! Alors venez à l'intérieur, je vous en prie. » Le marchand essaya de prendre Dajh par la main.

« Non, je vais attendre ici ! » dit Dajh. Il était fier d'avoir le droit d'attendre tout seul pendant que son père avait quelque chose à faire. Maintenant, il voulait le faire tout le temps.

« D'accord, mais tu ne bouges pas d'ici. Compris ? »

Dajh acquiesça, l'air malicieux. Évidemment, Sazh avait deviné ce qu'il pensait et lui avait donc dit de ne pas bouger. Dernièrement, Dajh n'arrivait pas à se contenter d'attendre seul, alors il jouait à cache-cache. Il attendrait que Sazh soit entré dans la boutique, puis il serait allé se cacher quelque part. Quand son père viendrait le chercher, il resterait tapi dans son coin, tout excité.

Sazh entra dans le magasin, et le vendeur ouvrit la cage. L'un des chocobos sortit en vitesse et se précipita sur Sazh.

« Hé, on dirait qu'il vous aime. » Il sourit et ferma la cage. Le chocobo volait autour de Sazh.

« Vraiment ? J'sais pas. » Ses yeux croisèrent ceux du chocobo, qui pencha la tête. Au moment même où il se dit qu'il était mignon, les yeux du chocobo étincelèrent. Il plongea vers Sazh.

« Aïe ! » Le chocobo s'était posé sur sa tête.

« Hé, fais attention avec tes griffes ! » Il n'eut qu'un gazouillis pour réponse. Sazh ne savait pas s'il voulait dire « D'accord ! » ou « Je m'en fiche ! », mais il avait l'air content.

Il paya et sortit de la boutique en vitesse, le chocobo sur sa tête. Il voulait le montrer à Dajh sans perdre une seconde.

Mais il n'y avait aucune trace de Dajh. C'était toujours comme ça.

« Hé, Dajh ? Tu joues à cache-cache ? » Il fit semblant de regarder autour de lui. Il devait sûrement se cacher quelque part par là. Il l'entendrait rire d'un instant à l'autre. Les petits enfants ne se cachent pas pour ne pas être trouvés, mais pour avoir un câlin quand ils le sont.

« Hé, on dirait que j'ai perdu. Je ne te trouve pas ! » dit-il, l'air d'abandonner. Mais il n'entendait toujours pas de rire.

« Dajh... ? »

Il inspecta les alentours. Derrière le banc, dans l'ombre d'un chariot, derrière un pot de fleurs. Toujours aucune trace de Dajh. Mais peut-être... La centrale était à deux pas d'ici.

« Ne me dis pas que tu es allé là-bas. »

Sazh courut vers l'entrée de la centrale. Les enfants peuvent refaire des choses des centaines de fois, sans jamais s'en lasser, pour finalement faire quelque chose de totalement nouveau un beau jour. Les enfants sont des spécialistes de ce petit jeu. C'est comme ça qu'ils grandissent. Je ne le laisserai plus attendre tout seul avant un bon moment, pensa Sazh. Dajh s'était sûrement dit qu'il serait amusant d'aller se promener en attendant.

Arrivé à l'entrée, il regarda derrière lui, vers la place, juste au cas où. Il y avait beaucoup d'enfants de son âge, mais pas Dajh. Il avait vraiment dû rentrer dans la centrale. Sazh commença à s'inquiéter.

Ce fut à cet instant que le sol commença à trembler, comme si quelque chose d'énorme était tombé. Les enfants qui jouaient sur la place se mirent à crier et à pleurer.

« Dajh ! » Sazh courut à l'intérieur. Quelque chose de grave venait de se produire. Il en était certain.

« Dajh, t'es où ? »

Une sirène retentit. Un bruit immense recouvrit les cris. Les touristes sortaient de la centrale en courant aussi vite qu'ils le pouvaient. Sazh cherchait toujours son fils, mais la foule l'en empêcha et le repoussa. Il ne pouvait pas bouger d'un pouce. Il essaya de se frayer un chemin à travers les gens. Ils lui crièrent dessus, mais il n'avait pas le temps de s'en soucier.

Ils avaient mis du temps, mais il entendit enfin le personnel de la centrale dire aux touristes de sortir dans le calme. Eux aussi avaient dû être surpris.

Le sol tremblait toujours. Une fumée blanche s'élevait, mais il n'arrivait pas à savoir ce qu'il se passait. Y avait-il eu un incendie, ou une explosion ?

« Dajh ! T'es où, Dajh ? » Sazh inspira la fumée par accident, mais elle ne le fit pas tousser. Ce n'était pas de la fumée, mais plutôt une sorte de brume. Que diable était-il en train de se passer... ?

Il n'y avait plus beaucoup de gens à l'intérieur. Tout le monde avait dû sortir. Peut-être que Dajh avait été emmené avec les autres ? Non, il ne le pensait pas. Il sentait qu'il était encore quelque part par là.

« Dajh ! C'est papa ! Réponds moi ! » Il était juste devant le fal'Cie Kujata. Il cria plus fort. La brume commençait à s'épaissir, et il entendit comme un courant d'air. Il continua son chemin, en faisant attention d'inspecter tous les recoins.

Puis il vit la couleur familière des habits de Dajh.

« Dajh ! »

Il était allongé sur un banc. Il courut vers lui et le prit dans ses bras.

« Papa... ? »

« Ça va, tout va bien. Tu es blessé ? » Il parla d'une voix calme pour le rassurer, vérifiant qu'il n'était pas blessé.

« Hein ? C'est quoi ça ? »

Il y avait une marque qu'il n'avait jamais vu auparavant sur la main de Dajh. Il crut d'abord que c'était un sticker, mais c'était autre chose. On aurait dit le genre de tatouage que les petits enfants aimaient se faire. Mais même ça, comment aurait-il pu... ?

Non, il aurait le temps d'y réfléchir plus tard. Pour le moment, ils devaient sortir d'ici et se réfugier. Il souleva Dajh pour le porter, lorsqu'il entendit des bruits de pas derrière lui.

« Hé ! Vous allez bien ? »

C'était un soldat. Il allait pouvoir les amener en lieu sûr.

« Mon fils, il... »

« Il est blessé ? Il s'est cogné la tête ? »

« Je ne sais pas. On a été séparés, et puis... »

Ils avaient probablement la consigne de ne pas écouter toute l'histoire en cas d'urgence. Ils déplièrent un brancard et allongèrent Dajh. Une soldate s'approcha de lui, regardant son visage avec attention.

« N'aie pas peur, tout ira bien. »

Elle vérifiait sûrement qu'il n'était pas inconscient. Elle rejoint les soldats et hocha la tête.

« Amenez-le à l'infirmerie. Par ici, monsieur. »

On est sauvés, pensa Sazh, tout va bien se passer. Il acquiesça, et les suivit.


L'infirmerie était remplie de touristes qui s'étaient blessés en courant, ou qui ne se sentaient pas bien. Dajh était resté silencieux dans le brancard, mais maintenant qu'il était dans un vrai lit, il ne tenait plus en place. Il regarda son père.

« Hé, papa... »

« Shhh. » répondit-il, posant la main sur son épaule. « Tu dois rester tranquille jusqu'à ce que le docteur t'ait examiné. »

« D'accord... » Il hocha lentement la tête. Il y eut de l'agitation dans le couloir. Étaient-ils en train d'amener un blessé grave ? La porte de l'infirmerie s'ouvrit brusquement, et plusieurs soldats rentrèrent. On voyait tout de suite qu'ils ne faisaient pas partie de la sécurité de la centrale, pas par leur vêtements, mais par leur comportement.

« Nous sommes maintenant en état d'alerte. À compter de cet instant, la centrale et ses environs sont sous le contrôle du PSICOM. Vous êtes tenu d'exécuter tout ordre qui vous sera donné. »

Une jeune femme se tenait devant les soldats. Belle et intelligente en apparence, mais derrière ses lunettes, son regard était froid et sévère.

« Les atterrissages à la station d'Ewleede sont suspendus. Nous allons installer une tente sur la place, et nous demandons à tous ceux qui ont été examinés par un docteur de s'y rendre. Le personnel médical et les autres iront dans une autre tente. Cet endroit est désormais interdit d'accès. »

Les gens commencèrent à discuter, mais ça ne dura qu'un instant. Sur les ordres de la femme, les soldats divisèrent les gens en groupes, et les amenèrent vers la sortie, en ligne. Ça a été fait proprement, se dit Sazh. Le PSICOM a toujours été doué pour ce genre de chose.

Sazh et Dajh se placèrent au bout de la file de ceux qui n'avaient pas été examinés. Mais une main se posa sur son épaule.

« C'est l'enfant qui s'est évanoui devant le fal'Cie ? »

C'était la femme aux lunettes. Elle baissa la voix.

« Mon nom est Jihl Nabaat, du PSICOM. Je voudrais vous parler de votre fils. Suivez moi, s'il vous plaît. »

« Mon fils ? »

Elle mit le doigt sur sa bouche, lui faisant comprendre qu'il devait rester silencieux.

« Je sais que vous aimeriez en parler maintenant, mais suivez mes ordres. Je vous expliquerai tout en détails, mais là... il y a trop de monde. »

Ses paroles cachaient quelque chose. Qu'est-ce qu'il se passait ? Qu'était-il arrivé à Dajh ? Il y avait tellement de questions qu'il voulait poser, mais c'était le PSICOM. C'était quelqu'un de très haut placé. La seule chose que pouvait faire Sazh, c'était faire ce qu'elle lui disait.

Chapitre deux
Spoiler:
Ils ont fait croire qu'on était des patients urgents, et ils nous ont amené à l'écart des autres pour nous faire monter dans un vaisseau du PSICOM. De temps en temps, l'un d'eux venait nous voir en nous disant qu'il devait nous « observer ». Cette femme appelée Nabaat n'arrêtait pas de dire que c'était un « accident heureux », ou quelque chose comme ça. La spécialité du PSICOM, c'est... hé bien, ils les appellent la « menace de Pulse ». Je me demandais quelle était cette chose qui s'était passée à la centrale et qui les rendait aussi heureux.

Non, je m'en fichais de ça, tant que Dajh allait bien. Tant qu'il était en sécurité. Mais ils ne m'ont rien expliqué, ils nous ont juste traînés jusqu'à Eden, dans un hôpital militaire. Elle a dit qu'elle nous expliquerait tout plus tard, elle n'avait pas le temps à bord du vaisseau, avec le personnel médical qui s'occupait de nous.

Parce qu'ils ont dit que « la santé de votre fils est de la plus haute importance ». Je n'ai rien répondu.

Papa était complètement bouleversé, alors j'ai totalement oublié de te présenter à Dajh. Mais tu n'étais pas vraiment dans ton assiette, non ? Tu te cachais dans les cheveux de papa, tellement choqué que tu ne bougeais pas, hein ? Quand tu es enfin sorti, il faisait nuit, et j'allais dormir. Ils m'ont mis dans une autre chambre que celle de Dajh. J'étais tout seul, alors j'ai eu peur.

Mais évidemment, je n'arrivais pas à dormir. Je n'arrêtais pas de penser à ce que le lieutenant Nabaat avait dit : « la Marque d'un l'Cie ».

Le jour suivant, rien n'avait changé. Sazh ne savait toujours pas ce qu'il se passait. Il prit à parti les médecins, mais il se contentèrent de répondre qu'ils étaient toujours en train de travailler. Ou que le lieutenant Nabaat lui expliquerait tout plus tard. Et s'il demandait où elle était, ils répondaient qu'ils ne le savaient pas. Il pensait qu'ils cachaient probablement quelque chose, mais ils avaient vraiment l'air de ne pas savoir ça. Ce n'était pas eux qui étaient chargés du cas de Dajh, mais un spécialiste, quelqu'un de plus haut-placé.

Peut-être qu'ils compatirent avec Sazh, qui était mort d'inquiétude. Ils essayèrent de savoir où se trouvait le lieutenant Nabaat, mais n'eurent pas plus de succès. Elle était en mission, et on ne pouvait même pas la contacter.

« Le lieutenant Nabaat est une personne très importante. Le Sanctum compte beaucoup sur elle. Nous ne pouvons rien faire de plus. »

La jeune femme, qui avait fait tout ce qu'elle pouvait pour l'aider, avait l'air d'être rongée par les regrets. Selon elle, Nabaat avait terminé première de sa promotion. Ensuite, elle avait rapidement atteint le rang de lieutenant, et elle serait sans doute promue à nouveau dans peu de temps.

Si quelqu'un comme elle était concernée par l'affaire, alors ce qu'il s'était passé à Ewleede n'était pas qu'un simple accident. Il semblait bien que Dajh et lui s'étaient fourrés dans une histoire très sérieuse. Il en était certain.

« Nous allons tenter de la contacter pour que vous puissiez avoir des explications aussi vite que possible. Je sais que vous êtes très inquiet, nous vous demandons juste d'attendre encore un peu. »

« Je comprends, mais... dès que vous le pouvez, s'il vous plaît. » Sazh la remercia et retourna dans sa chambre. Ce n'était pas une chambre de malade, mais une pièce aménagée pour la famille d'un patient. Comme une chambre d'hôtel. Il y avait même une machine qui permettait d'accéder à des magasins, entre autres.

Lorsqu'il s'arrêta devant elle, le bébé chocobo sortit de ses cheveux. Il s'était sûrement assuré qu'il n'y avait aucun danger, alors il était resté caché jusque là.

« Amuse-toi bien. Je vais essayer de trouver des informations. » Il alluma la machine et accéda à la bibliothèque. Il voulait en savoir plus sur cette « Marque d'un l'Cie » dont avait parlé Nabaat plus tôt.

Bien entendu, il avait déjà entendu parler des l'Cie. Il connaissait ce nom depuis qu'il était petit. Toutes les personnes nées sur Cocoon les connaissaient par de vieilles histoires ou des légendes. Mais dans la réalité ? Il n'arrivait pas à trouver un lien entre ces contes, Dajh et l'accident d'Ewleede. Il avait sûrement mal entendu, elle avait dû dire autre chose, mais pas le mot « l'Cie ». Si ce n'était pas le cas, alors qu'avait-elle dit ? Il voulait absolument le savoir.

Il pensait qu'il ne trouverait que des livres pour enfants. Mais il avait tort. Il y avait bien plus de livres d'histoire dans cette liste qu'il n'aurait pu l'imaginer. Il y avait des copies de vieux textes, et même des rapports vidéo.

Sazh se demandait quoi consulter en premier, lorsque le bébé chocobo vint se poser sur le panneau de contrôle. Il ouvrit quelque chose à l'écran.

« Hé hé, touche pas à la machine ! Si tu veux jouer, va là-bas. » Il allait appuyer sur la touche annuler, mais il regarda de plus près ce qui était apparu à l'écran. C'était une photographie d'un vieux texte, des symboles et des écritures étranges gravés dans la roche.

« Mais qu'est-ce que c'est que ça ? »

Il reconnaissait ce symbole. En fait, il l'avait justement vu le jour d'avant. C'était la marque qu'il avait vue sur la main de Dajh. Sazh devint blême en lisant le texte qui accompagnait la photographie.

La « Marque d'un l'Cie » dont avait parlé Nabaat... n'était pas seulement quelque chose qu'il croyait avoir mal entendu.

Chapitre trois
Spoiler:
Je n'avais jamais vraiment compris l’expression « tout est devenu noir » jusqu'à maintenant. Mais elle est bien trouvée. Ce n'est pas vraiment noir, mais on n'y voit plus rien. Quoi qu'on regarde, on n'arrive pas à le voir.

Je me rappelle avoir consulté des informations d'un groupe de recherche universitaire, ou quelque chose comme ça. Mais je ne me souviens plus de ce qu'elles disaient. Je suis pourtant sûr de les avoir lues. Ça parlait du « l'Cie du Sanctum », je crois.

Mais ce n'était pas du tout ce que je voulais savoir, ce que je voulais entendre. Tu sais ce que papa veut entendre, pas vrai ? Juste une chose. Une simple chose. Que mon fils ira bien.

Je ne sais pas pourquoi je pensais que le lieutenant Nabaat me dirait ça. J'ai paniqué. Tout ce que je lisais était tellement inconcevable. Je ne voulais pas y croire. Je pensais qu'un soldat haut-placé pourrait tout réfuter. Je me suis raccroché à cette pensée.

Ce n'est que quelques jours plus tard que j'ai enfin pu la voir. Trois jours après l'accident…


« Désolée de vous avoir fait attendre pendant trois jours. » Nabaat s'inclina. « Je suis sûre que vous avez dû être très inquiet. » Elle avait l'air triste.

Ils étaient dans une salle d'observation, et ils regardaient un écran accroché au mur. On y voyait Dajh en train de jouer avec une sorte de puzzle. Elle lui dit que c'était l'une des choses qu'ils utilisaient pour leur enquête. Sazh n'avait pas encore le droit d'aller le voir, mais Nabaat avait demandé à ce qu'on installe cet écran, pour qu'il sache vraiment que son fils allait bien.

« Peu importe, je m'en fous. Mais Dajh, mon fils… » Laissez-moi le ramener à la maison, voulait-il dire. Mais il ne le fit pas. Il regarda Dajh taper dans les mains gaiement. Le symbole était toujours là. Je ne peux pas encore leur demander ça, pensa-t-il. On doit s'occuper de ça d’abord. Avant qu'on rentre à la maison.

« Vous le savez probablement déjà, mais… »

Nabaat semblait sur le point de dire quelque chose de difficile. Elle inspira, et lui dit ce qu'elle avait à dire.

« Votre fils a été désigné comme l'Cie. Par le fal'Cie Kujata. »

Au cours des trois derniers jours, Sazh s'était renseigné les l'Cie autant qu'il le pouvait. Mais ça n'avait fait que lui faire perdre espoir. Nabaat était la dernière lueur qu'il lui restait. Il était sûr qu'elle allait lui dire, « Vous vous êtes complètement trompé. Il est absolument impossible que votre fils soit un l'Cie. », et balayer ses peurs.

Mais ses paroles le plongèrent dans le désespoir. Il ne se rendit même pas compte qu'il criait.

« Vous plaisantez ? Les l'Cie ne sont rien d'autre qu'une vieille histoire ! »

« Je comprends ce que vous ressentez. » Nabaat ferma les yeux tristement. Sazh ne savait plus quoi répondre. Devait-il lui dire « Vous ne comprenez rien ! », ou « Ne faites pas semblant de compatir ! » ? Non, ça ne changerait rien. Quoi qu'il dise, ça ne servirait à rien. Il se contenta d'enfouir ses sentiments profondément.

Je ne comprends pas. Rien de tout ça. Sazh ferma les poings, frustré.

« Nous étions surpris, nous aussi. » continua-t-elle calmement.

« Selon les archives, il n’y a pas eu de l'Cie depuis des centaines d’années. Pas depuis la Guerre des Révélations. »

« Alors pourquoi ? Pourquoi c'est arrivé à Dajh ? »

Pourquoi Dajh ? Il y avait d'autres enfants là-bas, il y en avait des tonnes. Des enfants du même âge que Dajh. Non, pourquoi même était-ce tombé sur un enfant ? Il y avait des adultes, aussi. Ça n'aurait pas été gravé si l'un d'eux avait été choisi. Alors pourquoi, pourquoi avait-il désigné Dajh ?

« Pour être franche, nous ne savons pas. Nous pouvons simplement supposer qu'il était le candidat idéal pour être un l’Cie. »

« Un enfant de six ans ? C'est ridicule ! »

« Monsieur Katzroy… » Elle ouvrit la bouche, sur le point de parler, mais détourna le regard. Elle sait quelque chose, pensa Sazh. Elle me cache quelque chose.

« Qu'est-ce que le PSICOM… le Sanctum va faire de Dajh ? » Nabaat avait dit qu'il fallait qu'il soit en sécurité. Mais Sazh savait que l'armée ne se donnerait pas autant de mal pour un simple enfant en temps normal.

« Si vous gardez ce que je vais vous dire pour vous… »

Bingo, pensa Sazh. Nabaat le regarda droit dans les yeux.

« Un grand danger menace Cocoon. Nous gardons un œil sur Pulse, et nous savons qu'une invasion se prépare. »

« Hein ? »

Qu'est-ce qu’elle voulait dire par « invasion » ? Depuis Pulse ? C'était trop gros, il ne pouvait pas s'imaginer ça.

« Le Sanctum n'a pas fait d'annonce publique à ce sujet, mais ce qu'il s’est passé à la centrale n’était pas un accident. C'était l'œuvre des ennemis de Cocoon. »

Cette brume blanche, le sol qui tremblait : le Sanctum avait présenté tout cela comme un simple accident. Mais ça avait été quelque chose de préparé, depuis Pulse.

« La raison pour laquelle il y a eu si peu de dégâts, c'est Dajh. Il a été choisi par le fal'Cie pour être un l'Cie. »

« Impossible. Que pourrait faire un enfant de six ans ? »

C'était incroyable. Que pouvait faire un enfant de six ans contre les ennemis de Cocoon ?

« C’est la vérité. » coupa Nabaat.

« Mais les ennemis ont pu s'échapper. Nous ne savons ni où ni quand il y aura une nouvelle attaque. C'est pourquoi nous vous demandons de bien vouloir coopérer. »

« Coopérer ? »

Pour lui, tout cela n’était encore qu’une mauvaise blague. Coopérer ? Pour quoi faire ?

« Dajh a été désigné. Il est la clé de la survie de Cocoon. Il ne se rend peut-être pas compte de son pouvoir, mais le Sanctum lui donnera tout ce dont il a besoin. Il se dressera contre l'invasion préparée par Pulse. Alors s'il vous plait, monsieur Katzroy, aidez-nous. »

« Je ne sais pas quoi vous répondre. C'est juste… trop. »

Il voulait entendre une explication plus concrète. Il ne comprenait rien à tout ça. Il n'avait rien à faire de cette invasion. Il voulait juste savoir quand il pourrait ramener Dajh à la maison.

… Y avait-il la moindre chance qu'ils puissent reprendre une vie normale ?

« Oui, oui, je comprends. » Nabaat hocha la tête plusieurs fois. Elle n'avait plus l'air d'un soldat, mais d'une maîtresse qui expliquait quelque chose à un petit enfant.

« Nous ne vous demandons rien de spécial. Nous voulons juste que vous le surveilliez. »

Je ressemble sûrement à un enfant qui boude, là, se dit Sazh.

« Nous ne savons pas quelle Tâche ou quels pouvoirs ont été confiés à Dajh. Nous essayons de les découvrir aussi vite que possible, c'est là l'objet de notre enquête. Malheureusement, nous ne pouvons pas vous laisser aller le voir pour le moment, mais nous comprenons votre inquiétude. Alors, je vous en prie… »

Tâche ? Oh, évidemment. Si un l'Cie ne venait pas à bout de sa Tâche, il se transformait en cadavre l'Cie. C'était ce qu'elle disait. Pour le moment, ils devaient absolument savoir quelle était sa mission. Il comprenait. Son cerveau le comprenait, mais son cœur…

« J'essaierai de faire en sorte que vous puissiez le voir demain. Mais nous devons faire un maximum de tests aujourd'hui. Attendez un jour de plus, c'est tout ce que nous vous demandons. »

Sazh ne pouvait rien dire de plus.

Chapitre quatre
Spoiler:
Elle n'avait pas menti quand elle avait dit « demain ». C'était le soir, mais j'avais enfin le droit de voir Dajh. Je t'avais laissé dans la chambre parce que j'avais peur qu'il ne puisse plus savoir quelle est sa Tâche si tu venais.

Ne t'énerve pas ! Papa veut vraiment que vous fassiez connaissance. Mais le lieutenant avait raison à propos des enfants. Quand quelque chose attire leur attention, ils oublient tout le reste. Je ne comprenais pas trop ce qu'ils entendaient par « Tâche ». Pas vraiment. Mais j'avais peur. Pas juste ce soir-là, mais tout le temps. J'étais juste tellement... inquiet.

Qu'est-ce qu'un garçon de six ans peut comprendre ? Est-ce qu'il pourrait le comprendre ?

Je ne pouvais penser qu'à ça...


Quand ils convoquèrent Sazh, c'était dans une pièce différente de celle de l'autre fois. À la place d'un écran, il y avait une grande vitre. On pouvait voir la pièce parfaitement. Mais on ne pouvait pas voir depuis l'autre côté. Sinon, Dajh aurait directement couru vers lui. Ils l'utilisaient sans doute pour surveiller leurs sujets.

« Vous voulez aller le voir d'abord ? Ou savoir ce que nous avons découvert ? »

« Ce que vous avez découvert... s'il vous plaît. »

Il voulait vraiment aller retrouver son fils, mais les résultats des tests l'inquiétaient. S'il y réfléchissait pendant leurs retrouvailles, Dajh aussi serait inquiet. Il pensait qu'il serait mieux de tout savoir avant.

Un officier était en train de jouer avec Dajh. Il avait probablement une trentaine d'années. On pourrait penser que ses cheveux d'argent et la cicatrice sur son front feraient peur aux enfants, mais Dajh avait l'air de bien l'aimer. L'homme appréciait sûrement les enfants. Il avait une expression sinistre, mais la façon dont il jouait avec son fils le trahissait. Ou peut-être qu'il prenait son travail très à cœur.

« Dajh est un bon garçon. Il n'est pas timide du tout, et il écoute ce qu'on lui dit. » Nabaat regarda par la vitre et sourit.

« Sa mère est morte quand il était petit. Il a eu beaucoup de nounous, alors il a l'habitude de jouer avec les adultes. C'est pourquoi j'ai arrêté les longs courriers, pour être un père plus présent. »

Avant que sa femme ne meure il y a trois ans, il ne vivait que pour son travail. Il avait toujours rêvé de devenir pilote, et il avait enfin pu obtenir ce poste pour des longs courriers. Chaque jour semblait parfait.

Quand il l'abandonna pour des trajets moins longs, tout le monde fut surpris. Même Sazh s'était étonné lui-même. Il avait travaillé tellement dur, pour seulement le laisser tomber comme ça. Mais il sentait qu'il avait fait le bon choix. Il réalisa pour la première fois ce que c'était de passer du temps avec son enfant. C'était amusant, et ça lui réchauffait le cœur.

Il ne voulait pas que Dajh se sente seul, maintenant qu'il n'avait plus de mère. Pendant les trois dernières années, il avait fait de son mieux pour prendre bien soin de lui. Mais en réalité, c'était Dajh qui avait sauvé Sazh. Son sourire et son rire : il ne vivait plus que pour ça.

« Qu'est-ce que vous avez trouvé ? Vous pouvez le guérir... pour qu'il ne soit plus un l'Cie ? » Je ne veux pas perdre le sourire de Dajh, pensa-t-il. Mais les yeux de Nabaat étaient tristes.

« Avec la technologie actuellement à notre portée... Je suis désolée, mais c'est tout simplement impossible. »

« Non... » souffla Sazh. Sa voix était faible, elle paraissait venir de très loin. Si Dajh ne complétait pas sa Tâche, il deviendrait un cadavre l'Cie. Un monstre. Et s'il la complétait, il se transformerait en cristal. Le vieux texte disait, « les l'Cie qui mèneront leur Tâche à bien se transformeront en cristal et l'éternité leur sera accordée ». Mais pour les humains, c'était la même chose que la mort.

Sazh regarda de l'autre côté de la vitre. Dajh était monté sur le dos de l'officier. Il riait et tapait dans les mains. Son sourire était le même que depuis toujours, même s'il était maintenant un « l'Cie ». À cause d'un simple gribouillis sur la main, il ne pourrait plus jamais mener une vie normale...

« Et si vous effacez la marque ? Vous n'avez pas un moyen de la lui enlever ? »

Même si dans le pire des cas, ils devaient lui couper la main, c'était toujours mieux que de se transformer en monstre ou en cristal. Même s'il la perdait, il pourrait à nouveau vivre une vie heureuse.

« Nous ne pouvons pas. Nous ne savons pas ce qui arriverait à Dajh. Il y a tellement de choses que nous ne savons pas sur les l'Cie... Non, pour être franche, nous ne savons vraiment rien. »

« Mais... »

« Je regrette que nous ne puissions rien y faire. Mais pour le moment, nous devons nous concentrer sur les pouvoirs de Dajh et sur sa Tâche. Nous ne lui enlèverons cette marque qu'en dernier recours. Nous ne devons pas nous précipiter. »

C'était facile à dire, mais ils ne savaient pas combien de temps il leur restait. Lui restait-il un jour, ou deux ? Ils ne pouvaient pas le savoir. Il avait peut-être même un an ou deux devant lui...

« Cependant, nous avons fait des progrès. »

« Des progrès ? De quoi vous parlez ? »

« Eh bien, c'est juste une hypothèse. » commença Nabaat. « Il semblerait que Dajh a le pouvoir de sentir la présence de ceux qui viennent de Pulse. Il sera sûrement en mesure de nous dire où se trouvent les l'Cie qui ont attaqué Ewleede, ainsi que le fal'Cie qui les contrôle. »

Le dernier espoir qui lui restait s'évapora. Il pouvait savoir où se trouvaient ces gens de Pulse. Mais à quoi ça les avancerait ? Il n'y comprenait rien. Il réalisa que c'était là la différence entre lui et le PSICOM. Pour ceux qui protègent Cocoon de Pulse, c'était sans doute possible un « progrès ». Ils étaient comme les fal'Cie. Ils voulaient juste se servir de Dajh.

Il ne savait pas vraiment ce qu'il attendait du PSICOM et du Sanctum. Il ne pouvait pas faire confiance à Nabaat, ni à qui que ce soit d'autre du PSICOM. Le seul qui pouvait aider Dajh, c'était lui, et personne d'autre.

« S'il vous plaît... laissez-moi le voir. Laissez-moi voir mon fils. »

« Bien sûr. Par ici. » Nabaat se leva en souriant. Il ne savait pas si c'était parce qu'il n'avait plus d'espoir, mais il avait l'impression que son sourire était faux, qu'il cachait quelque chose.

« Dajh était très content quand nous lui avons dit que vous alliez venir. »

Qu'est-ce qu'elle essayait de lui faire faire ? Il ne pouvait pas lui faire confiance.

« Papa ! »

Dajh se précipita sur lui dès que la porte s'ouvrit.

« Dajh ! »

Il sauta sur place pour que Sazh le prenne dans ses bras. Ça le rendait toujours aussi heureux. Il réalisa toute la peine qu'il devrait supporter si Dajh n'existait plus. Il ne voulait pas perdre ce sentiment, cette chaleur. Il le protégerai, quoi qu'il arrive.

« Hé, papa... »

Il essuya rapidement les larmes qui lui montaient aux yeux et posa Dajh.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » Il se mit à genoux et regarda son visage.

« Je veux voir des feux d'artifices ! Des grands ! »

« Des feux d'artifices ? »

« Oui, des grands. Plein dans le ciel ! Comme ça. » dit Dajh, en dessinant un grand cercle avec sa main.

« Ben, ils ont encore des tests à faire, alors peut-être pas maintenant... »

« Non ! Des feux d'artifices ! Des grands feux d'artifices ! »

Il voulait donner à Dajh tout ce qu'il voulait. Mais il ne pensait pas que le PSICOM le laisserait le faire. Maintenant qu'ils connaissaient son pouvoir, ils voudraient continuer leurs tests jusqu'à découvrir sa Tâche.

« Après les tests, alors ? »

« Non ! Le feu d'artifice sera partis ! »

Dajh était plus capricieux que d'habitude. Généralement, il finissait pas faire comme on lui disait. Sazh n'eut que plus envie de lui dire oui.

« Mais ils doivent faire des tests... » Il regarda Nabaat. Dajh était un bon garçon, si on lui expliquait que c'était important, il comprendrait. Il serait peut-être triste, mais il obéirait. Mais Nabaat dit quelque chose à quoi il ne s'était pas du tout attendu.

« Quand tu dis qu'il sera parti, tu parles du festival de feux d'artifices ? »

C'est vrai, il y a ce festival à Bowdam, dans deux jours. Il se demanda si Dajh avait remarqué les posters affichés dans Bowdam quand ils étaient allés voir le fal'Cie.

« Pourquoi tu veux y aller ? Tu aimes les feux d'artifices ? »

Dajh leva les yeux, comme s'il cherchait la réponse. Il se mordit la lèvre.

« Qu'est-ce qu'il y a, Dajh ? »

« ... C'est là. » murmura-t-il en s'accrochant à Sazh.

« De quoi ? »

Il cacha son nez dans l'épaule de Sazh et secoua la tête.

« D'accord, Dajh. Nous irons tous voir les feux d'artifices ensemble demain. » dit Nabaat en frottant son dos. Était-elle sérieuse ?

« Lieutenant, vous êtes sûre qu'on devrait... »

« Je pense que ça vaut le coup d'œil. » Elle remit ses lunettes en place avec le bout de son doigt et hocha la tête.

« C'est la première fois que Dajh dit ce genre de chose. Il est possible que si ses pouvoirs fonctionnent, il se passera quelque chose pendant le festival de Bowdam. »

Bien entendu, on ne s'occupe pas des autres comme de sa famille. Sazh ne dit rien. Eux, ils voulaient qu'il complète sa Tâche le plus vite possible, mais lui, il voulait simplement l'amener au festival. Il ne voulait plus qu'ils fassent subir des tests à Dajh.

Chapitre cinq
Spoiler:
On irait voir les feux d'artifices. Dajh était tellement content, il courait dans tous les sens en sautant et en criant. Sûrement parce qu'il en avait marre de tous ces tests qu'ils lui faisaient subir. Même si cet officier du PSICOM ou ces spécialistes de la psychologie infantile jouaient avec lui, il se sentait toujours comme un oiseau en cage.

Ils l'avaient examiné des dizaines de fois, mais ils n'avaient toujours pas trouvé quelle était sa Tâche. La seule chose qu'ils savaient, c'est qu'il pouvait sentir la présence des choses qui venaient de Pulse. Non, même ça, je n'y croyais pas. Je pensais qu'ils me racontaient juste des mensonges, parce que le PSICOM ne parvenait pas à obtenir des résultats.

Je ne croyais pas à tout ça jusqu'à ce qu'on soit à bord du vaisseau pour Bowdam. Ah oui, tu étais là, toi aussi. Tu te rappelles de la tête de Dajh quand il t'a vu pour la première fois ? Ça faisait tellement longtemps que je ne l'avais pas vu sourire comme ça...


Sazh regardait Dajh courir dans les couloirs du vaisseau en réfléchissant intensément. Le bébé chocobo le poursuivait. Quand les deux garçons... non, le garçon et l'oiseau s'étaient rencontrés, ils étaient tout de suite devenus amis. Ces deux-là faisaient un véritable chahut dans la cabine, à sauter et courir sans arrêt.

Comme il n'y avait pas d'autres passagers, Sazh les laissait faire ce qu'ils voulaient. Quand il pensait à tout le temps que Dajh avait passé enfermé, il se disait qu'il avait bien le droit de s'amuser comme ça. Il ne pouvait pas le lui refuser. Ça n'avait pas l'air de déranger Nabaat non plus. En fait, elle avait même demandé à l'un de ses subordonnés d'enregistrer la scène. Peut-être qu'ils s'en serviraient pour leur enquête.

« Papa, j'ai soif. » dit Dajh en courant vers lui. Il devait probablement commencer à fatiguer. Évidemment, le bébé chocobo était juste derrière lui, et il se posa dans les cheveux de Sazh. Il ouvrit une cannette pour son fils, qui la but d'une traite. Avec toute cette agitation, ce n'était pas étonnant qu'il avait aussi soif.

« Tiens, on devrait donner un nom à ce petit gars, non ? »

Depuis qu'ils s'étaient rencontrés, le petit oiseau n'avait pas arrêté de le suivre partout. Il n'avait même pas eu le temps de penser à lui donner un nom.

« Euh... un nom chouette ! Comme quelqu'un à la télé ! »

Il parlait de l'une de ces émissions pour enfants que Dajh ne ratait sous aucun prétexte. Le personnage principal était un bébé chocobo, un défenseur de la justice. C'était à cause de ça qu'ils étaient si populaires.

« Mais si c'est une fille ? Qu'est-ce que tu fais ? »

On disait que même les experts en la matière ne pouvaient déterminer le sexe d'un chocobo. Ces créatures étaient plutôt mystérieuses. Ils pouvaient comprendre le langage des humains, et ils s'attachaient très rapidement. C'était à peu près tout ce qu'on savait.

« D'accord, alors un nom mignon ! »

« Hé bien, tu vas en avoir du choix. Mais tu as tout le temps pour décider. Il ne va pas s'échapper de sitôt. »

C'était plutôt le temps qui restait à Dajh, le problème. Sazh se remit à déprimer. Quelle sorte de Tâche pouvait avoir un enfant de six ans ? Un garçon qui ne savait rien faire d'autre que sauter, jouer et crier.

« Papa, papa, c'est quoi ça ?! » s'écria Dajh en montrant la fenêtre.

« Hm ? Laisse moi regarder. Oh, ça. Ce sont les ruines de Bowdam. On y sera bientôt. »

Dajh appuya son visage contre la vitre et regarda les ruines. Sazh se rappela qu'ils les avaient déjà vues dans le train allant à Ewleede. Les contempler d'en haut ne donnait pas la même impression.

« Je veux aller dedans. »

« Dans les ruines ? Dommage, tu ne peux pas. Il n'y a pas de porte. On ne sait même pas s'il y a quelque chose à l'intérieur. C'est juste un truc étrange qui vient de Pulse... » Et Sazh se souvint. Une chose étrange de Pulse ? Qu'est-ce que Nabaat lui avait dit, déjà ? Ne parlait-elle pas du fait que Dajh pouvait sentir la présence de ces trucs ?

« C'est à l'intérieur. »

« Dajh... Tu... »

Il avait trop peur pour continuer.

« Dajh, il y a quelque chose à l'intérieur de cette chose ? »

Nabaat s'était soudainement glissée derrière eux. Elle devait les écouter depuis le début.

« Je... sais pas. Mais c'est là-bas. »

« Je vois. Tu ne sais pas ce que c'est, mais tu sais que ça y est ? »

Il hocha la tête, toujours en regardant par la fenêtre.

« Merci. Tu es un garçon tellement gentil. » dit-elle en tapotant sa tête. Elle regarda Sazh l'air de dire, voici le pouvoir de votre fils.

Mais il n'y croyait toujours pas. Ces ruines avaient l'air bizarres. Dajh s'y intéressait juste à cause de ça, il voulait juste voir comment c'était à l'intérieur.

« Nous allons mettre une équipe sur le coup. Ils iront explorer ces ruines. Il y a une chance que Pulse y soit pour quelque chose.. »

« Vous vous moquez de moi ? C'est absolument impossible ! » cria Sazh sans s'en rendre compte. Dajh sursauta et le regarda. Il se força à se calmer.

« Ne t'inquiète pas, papa est juste un peu surpris. Désolé d'avoir crié, je ne voulais pas te faire peur. »

Il souleva Dajh et le fit s'asseoir sur ses genoux. Il ne voulait plus qu'il regarde par la fenêtre.


Je ne voulais pas croire qu'il pouvait vraiment sentir ce qui venait de Pulse. Quelque part au fond de moi, je pensais toujours qu'ils avaient entièrement tort. Dajh ne pouvait pas être un l'Cie. Alors quand je l'ai vu regarder les ruines comme ça, je ne pouvais pas le supporter.

Je voulais continuer à croire que Dajh voulait seulement voir les feux d'artifices, que ça n'avait rien à voir avec Pulse. J'étais certain qu'il avait entendu des gens en parler dans le train qui allait à Ewleede. Même si je ne lui avais jamais dit, il savait que les feux d'artifices de Bowdam étaient supposés réaliser les rêves.

Hé, tu te rappelles du vœu de Dajh ? « J'espère que papa sera content, comme avant. » Je savais que je ne pouvais plus être triste s'il commençait à s'inquiéter. Alors j'ai décidé que je ne serai plus jamais triste ou inquiet devant Dajh. J'ai fait de mon mieux, non ? Même après ce que le lieutenant a dit...


Il faisait aussi clair qu'à midi. C'était bientôt la fin du festival, tellement de feux d'artifices avaient déjà été tirés.

Tout le monde avait sûrement déjà formulé son vœu. Ils avaient tous regardé le ciel en s'émerveillant. Dajh tenait la main de Sazh. Il sautait sur place en rigolant et en souriant.

« Alors, lieutenant Nabaat. Comment ça s'est passé ? »

Sazh et Nabaat étaient les seuls à ne pas regarder vers le haut. Nabaat avait attendu à bord du vaisseau que l'équipe fasse son rapport. Si elle était sortie, ça voulait dire...

« J'ai reçu un message de l'équipe d'investigation. » dit-elle doucement. Sazh retint sa respiration et attendit qu'elle continue.

« Il y a un fal'Cie de Pulse dans les ruines. »

Le monde entier devint silencieux. Les explosions des feux d'artifices, les cris des gens, tout avait disparu. Il n'entendait plus que la voix de Nabaat.

« C'est plutôt embarrassant. Ces ruines sont là depuis des centaines d'années, mais le Sanctum n'a jamais rien trouvé. Nous devons beaucoup à Dajh. »

Ce dernier ne s'était même pas rendu compte que Nabaat parlait de lui. Il levait les mains au ciel, et sautait, comme s'il essayait de toucher les feux d'artifices.

« Enfin, il avait bien dit soudainement qu'il voulait aller à Bowdam, qu'il y avait « quelque chose » là-bas. Mais qui aurait pu penser... »

Qui aurait pu penser qu'il y avait un fal'Cie de Pulse à Bowdam. Dans des ruines entièrement inaccessibles.

« Maintenant, nous en sommes sûrs. Dajh peut sentir la présence de ce qui est originaire de Pulse. »

« Peu importe, quelle est sa Tâche ? Doit-il seulement les trouver ? »

L'expression de Nabaat devint indéchiffrable. « Nous ne savons pas encore avec certitude si c'est le cas. »

« Pourquoi ? Il l'a bien trouvé pour vous, non ? Pourquoi ce ne serait pas ça ? »

« Je suis désolée. Nous savons trop peu de choses. Mais j'ai l'impression que ce n'est pas aussi simple que ça... » Elle s'arrêta brusquement, comme si elle ne voulait pas en dire plus. Si sa Tâche était de trouver le fal'Cie de Pulse, Dajh se serait déjà transformé en cristal. Ce qui voulait dire qu'il ne l'avait pas encore complétée.

Devait-il aussi trouver tous les l'Cie qui se cachaient ? Ou peut-être qu'il devait aussi les vaincre. Quoi qu'il en soit, c'était trop pour un enfant de six ans.

« Papa. Hé, papa ! » Dajh était en train de tirer sur son bras.

« Oh, pardon. Qu'est-ce qu'il y a ? »

« Allons à Nautilus Park, maintenant ! »

Sazh et Nabaat se regardèrent. Le Nautilus Park était un parc d'attractions géré par le Sanctum. Il se trouvait au centre de la ville de Nautilus. Est-ce que Dajh avait senti d'autres présences ? C'était peut-être des l'Cie de Pulse.

« Il y a... quelque chose, là-bas ? »

Il parvint à peine à ne pas trembler. S'il y avait des l'Cie de Pulse là-bas, alors il allait peut-être vraiment se transformer en cristal, cette fois.

« Ouais ! Il y a plein de chocobos ! Et des animaux tout doux ! »

Sazh se sentit soulagé. Dajh voulait juste voir des chocobos et des moutons. Ah ouais, on avait parlé de Nautilus sur le chemin d'Ewleede. Il venait probablement de s'en souvenir.

« On dirait que ça n'a rien à voir avec Pulse. »

Sazh hocha la tête doucement.

« Allons-y, allons-y ! »

Il allait lui dire qu'ils iraient plus tard, mais Nabaat le devança. Il pensait qu'elle devait être déçue, mais elle avait l'air gentille.

« Si tu veux aller ailleurs, tu n'as qu'à me le dire, d'accord ? »

Oh, bien sûr. Même si ce n'était pas bon cette fois, il y en aurait toujours une autre. C'était sûrement ce qu'elle se disait. Ou peut-être qu'elle pensait qu'un enfant devenu un l'Cie avait le droit de s'amuser. Non, pas elle. Sûrement pas elle.

« Je t'emmènerai partout où tu voudras aller. »

« Nautilus Park ! »

« D'accord, d'accord. Nous irons tous ensemble la prochaine fois. Je te le promets. »

« D'accord ! »

Quelqu'un qui aurait assisté à cette scène l'aurait trouvée touchante. Quelqu'un qui ne connaissait pas la vérité. Sazh regarda ailleurs, et reconnut un visage familier. Ce soldat aux cheveux d'argent. C'est quoi son nom, déjà ? Lieutenant Rosch, se rappela-t-il.

« Lieutenant Nabaat. » Son ton était dur. Sazh sentait que quelque chose n'allait pas. Nabaat se releva. Pensant que Rosch était revenu jouer avec lui, Dajh souria. Sazh le prit dans ses bras. Un enfant ne devait probablement pas entendre ce qu'ils avaient à se dire.

« La décision a été prise. »

Sazh écouta leur discussion, le dos tourné, éloignant Dajh de cet endroit.

Chapitre six
Spoiler:
La « décision » dont parlait le Lieutenant Rosch, c'était purement et simplement la mise en quarantaine de Bowdam et de tous ses habitants. Ils étaient venus le lendemain du festival de feux d'artifices. Le PSICOM ne perd jamais de temps. Le plus impressionnant, c'était la vitesse à laquelle ils avaient mis en place les barrages autour des ruines. Même si je n'en ai entendu parler qu'après.

Il semblait que l'équipe d'investigation qui avait été envoyée dans les ruines n'était jamais revenue. Pas un seul d'entre eux. Ils avaient complètement perdu leur trace après avoir reçu une communication les avertissant de la présence du fal'Cie. Au lieu d'envoyer une équipe de secours, le PSICOM avait fermé les ruines. Même s'ils étaient peut-être encore en vie, quelque part.

Les soldats pouvaient peut-être l'accepter. Mais pas les citoyens. Tu penses qu'ils auraient pu ? Non, bien sûr que non. Moi non plus. Aucune explication, seulement l'interdiction de quitter la ville. Qui pourrait juste exécuter cet ordre, sans protester ?

Surtout ce jour-là, où il n'y avait pas que des habitants de Bowdam. Des touristes venus des quatre coins de Cocoon étaient là. Ce jour-là, après le festival, c'était le chaos total...


Après le festival, ils passèrent la nuit dans les quartiers de la force de sécurité. Ils avaient prévu de rentrer directement au centre médical d'Eden, mais lorsque Dajh avait dit, « On part déjà ? », ils avaient changé d'avis. Ils pensaient qu'il sentait toujours une présence de Pulse, et qu'il voulait rester.

Les scientifiques qui s'occupaient de Dajh étaient venus avec eux au festival, mais ils ne pouvaient pas continuer leurs tests dans les garnisons. Les séparer aurait aussi été suspect, alors ils pouvaient enfin passer du temps ensemble.

Nabaat avait déjà demandé à ce qu'on continue de surveiller Dajh. Elle disait que la moindre chose qu'il dirait serait peut-être un indice important. Sazh ne pouvait pas refuser. Même s'il avait dit non, ils auraient installé des caméras et des micros secrètement. Ils seraient observés, quoi qu'il arrive. Sazh le savait très bien. Dajh, lui, était heureux. Il sautait sur le lit, le bébé chocobo à ses côtés, et il s'amusa jusqu'à la tombée de la nuit.

Sazh pensait que Dajh allait faire la grasse matinée, mais il se leva à son heure habituelle, l'air fatigué. Il mangea son petit déjeuner rapidement, et lorsqu'il vit le chocobo faire des cabrioles, il ne pensa plus qu'à jouer lui aussi, oubliant sa fatigue.

Dajh avait sûrement voulu venir à Bowdam pour échapper à tous ces tests. Désormais, il n'avait pas l'air de sentir la présence de choses venant de Pulse. Il n'était plus du tout comme lorsqu'il avait dit qu'il voulait voir les feux d'artifices.

« Papa, je veux regarder la télé ! »

« Quoi ? Oh c'est vrai, c'est l'heure. »

C'était une émission pour enfants qui ne durait que quinze minutes, mais il la regardait toujours avant d'aller à la garderie. Pendant ce temps, Sazh s'habillait, et ils partaient ensemble une fois qu'ils étaient tous les deux prêts.

Sazh pensait qu'ils continueraient ce rituel jusqu'à ce que Dajh soit trop grand pour regarder ce genre de chose. En sortant du travail, il allait à la garderie pour prendre Dajh, et sur le chemin du retour, ils parlaient de ce qu'ils mangeraient le soir, et ils s'arrêtaient pour acheter des provisions... Ce qui faisait partie de sa vie de tous les jours semblait maintenant n'être plus qu'un miracle. Un miracle désormais tellement loin, dont la lumière s'affaiblissait.

« Papa, la télé est bizarre ! » dit Dajh, contrarié. Sazh redescendit sur terre.

« Toutes les chaînes sont pareilles. »

« C'est... la station de Bowdam. »

On y voyait des soldats fermer les entrées de la station. Une journaliste était en train d'expliquer la situation.

« La nuit dernière, un fal'Cie de Pulse a été trouvé dans les ruines près de la baie de Bowdam. Le Sanctum a pris la décision d'interdire l'accès à la ville et ses alentours. »

Ils montraient maintenant une flotte de vaisseaux survolant la ville. Sazh se précipita à la fenêtre. Il pouvait voir les vaisseaux de l'armée décoller, et des soldats s'affairer au sol. Dans la direction de la station, le ciel était rempli d'aéronefs. La journaliste continua.

« Le Sanctum a déclaré que l'accident qui s'était produit à la centrale du Canyon d'Ewleede était en réalité l'œuvre de l'Cie de Pulse. »

Il se retourna en entendant le mot « Pulse ». Des gens essayaient de rentrer de force dans la station, mais les soldats les repoussaient. C'étaient sûrement des touristes. « Nous n'habitons même pas ici », devaient-ils dire, « nous sommes ici juste par hasard ! Pourquoi sommes-nous concernés ? »

Sazh pouvait comprendre leur confusion. Il avait ressenti la même chose il y a sept jours.

« À cause des récents événements, l'anxiété de la population se fait grandissante. Certains pensent que des mesures plus strictes qu'une simple quarantaine doivent être prises. »

Il ne voulait pas en entendre plus. Il ne voulait pas voir son propre désespoir sur le visage d'autres gens. Il éteignit la télé.

« Pas de télé aujourd'hui. Tu vas devoir attendre demain. Regarde, il veut jouer avec toi. »

Le bébé chocobo vola hors de ses cheveux. Dajh ria et ils s'agitèrent à travers la pièce. Il avait sûrement déjà complètement oublié son émission préférée.

Quelqu'un frappa brusquement à la porte, comme s'il avait attendu ce moment en particulier. Ils avaient probablement dû attendre. Après tout, cette pièce était sous surveillance. Lorsqu'il ouvrit la porte, il se retrouva face à Nabaat.

« Mr. Katzroy, nous allons partir aussi vite que possible. Préparez-vous. »

« Vous êtes sûre ? Mais s'il sent la présence de ces choses, ou... »

Elle regarda par dessus l'épaule de Sazh. Certaine que Dajh était absorbé dans ses jeux, elle dit doucement :

« Le Sanctum a décidé de forcer tous les habitants de Bowdam à quitter la ville. »

Ce qui voulait dire qu'ils n'allaient pas prendre de risque : s'il y avait une personne originaire de Pulse dans le lot, elle retournerait sur Pulse. Elle en parlait comme si c'était quelque chose de tout à fait normal, après avoir placé une ville entière en quarantaine.

« Nous nous attendons à... une certaine panique, en réaction à cette annonce. »

C'était un doux euphémisme, vu l'état actuel de la population. Si on les forçait à aller sur Pulse, en enfer, les civils finiraient par attaquer les soldats. Ce n'était qu'une question de temps.

« Évidemment, nous devons trouver le fal'Cie de Pulse aussi vite que possible, mais la sécurité de Dajh passe avant tout. Nous partirons dès que le vaisseau sera prêt. »

Nabaat fit demi-tour et s'en alla, laissant seulement ces mots derrière elle.


Ils décollèrent peu de temps après. On ne leur avait pas dit s'ils allaient retourner au centre médical, mais seulement qu'ils devaient monter à bord du vaisseau. Dajh quitta la pièce sans faire d'histoires.

Sazh pensait qu'il allait jouer avec le bébé chocobo comme à l'aller, mais il resta tranquille. Il était assis, fixant la ville de Bowdam par la fenêtre.

« Papa, y'a un truc qui vole. » murmura Dajh.

« Le ciel de Bowdam est sous la surveillance du PSICOM, c'est normal. Je suis sûr qu'il y a beaucoup de... hein ? »

Il vit à son tour ce dont Dajh parlait. Ça ressemblait à un vaisseau militaire tout à fait classique, mais il se déplaçait bizarrement.

« Mais qu'est-ce qu'ils font ? »

Puis il comprit ce qui n'allait pas. Il était poursuivi par d'autres vaisseaux militaires. Attaqué, même. Il essayait tant bien que mal d'éviter leurs assauts en zigzaguant. Il se dirigeait droit vers les ruines.

« Ils sont en train de tomber ! » cria Dajh. Le vaisseau avait été touché, une fumée noire s'échappant derrière lui, mais il se rapprochait toujours du sommet des ruines. Puis, quelqu'un sauta.

« Un civil ? »

On aurait dit une jeune fille. Elle tendit la main vers le vaisseau en criant quelque chose. C'était donc pour ça qu'ils étaient poursuivis. Des civils l'avaient volé. La fille fut aspirée dans les ruines. Le vaisseau disparut. Que diable venait-il de se passer ?

« Dajh, tu as vu quelqu'un sauter ? »

Nabaat se tenait derrière eux. Il hocha la tête.

« Et tu les as vus disparaître ? »

« Ils ont pas disparu. Ils sont à l'intérieur. »

Ses yeux ne l'avaient par trahi, elle avait vraiment été aspirée dans les ruines. Mais ça voulait dire qu'il y avait des personnes à l'intérieur, prisonnières du fal'Cie.

« Beau travail, Dajh. » dit Nabaat en tapotant sa tête. De quoi est-ce qu'elle parle ? se demanda Sazh. Ne devraient-ils pas aller sauver cette fille ?

« Vous... Vous devez aller à son secours ! »

« Non. Ces ruines vont être envoyées sur Pulse telles quelles. Elles vont se retrouver au même endroit que tous les habitants de Bowdam, alors il n'y a aucun problème. »

Sazh n'arrivait pas à croire ce qu'il entendait. Ils vont juste l'envoyer sur Pulse, comme ça ? C'est vraiment ce qu'elle a dit ?

« D'ailleurs, il est très probable qu'elle soit une l'Cie de Pulse. Vous ne pensez pas ? »

L'ennemi de votre fils : voilà ce qu'elle voulait dire. Elle regarda Dajh. Il ne s'intéressait déjà plus à ce qu'il se passait dehors, et il jouait avec le bébé chocobo. Dajh avait senti quelque chose d'autre venant de Pulse, mais sa Tâche n'était toujours pas accomplie. Il avait vu une fille qui pouvait bien être une l'Cie de Pulse, mais il ne s'était pas transformé en cristal. Ce qui voulait dire que la Tâche de Dajh était de trouver le fal'Cie de Pulse, et ses l'Cie, et les vaincre.

« Dajh avait l'air intéressé par ce vaisseau. Il vaut mieux les déporter sur Pulse sans entrer en contact avec eux. »

Sazh commençait à perdre son calme.

« Oh, vous croyez que ça vaut mieux ? Qu'est-ce qui ne va pas, chez vous ? Si vous envoyez ça sur Pulse... »

Aucun habitant de Cocoon ne pourrait s'y rendre. Et Dajh ne pourrait jamais compléter sa Tâche.

« Si nous l'envoyons sur Pulse ? Alors les citoyens de Cocoon seront libérés de cette menace. »

« Ça vous arrange, vous, mais Dajh ? Vous allez le laisser se transformer en cadavre l'Cie, sans rien faire ? À quoi auront servis tous ces tests stupides ? »

Nabaat ne cligna même pas des yeux.

« Nous le faisons pour les habitants de Cocoon. Êtes-vous en train de dire qu'il y a plus important qu'eux ? »

« De qu... »

Il n'avait jamais été aussi en colère, il n'arrivait même plus à parler. Il ferma les poings, tremblant de rage.

« N'allez pas imaginer n'importe quoi, Mr. Katzroy. Mon travail est de protéger les habitants de Cocoon de la menace que représente Pulse. »

Son ton était froid, comme de la glace. Un terrible sourire se déposa sur ses lèvres.

« Crier ne vous apportera rien, non ? Que doit penser votre fils ? »

Sazh le chercha des yeux. Ce n'était pas une conversation qu'un enfant devrait écouter. Heureusement, il était en train de grimper sur les sièges, et n'avait même pas remarqué leur dispute. Soulagé, il sentit toute son énergie lui échapper. Il tomba dans le siège derrière lui, en se tenant la tête. Il l'entendit s'éloigner, mais ne put rassembler assez de force pour faire quoi que ce soit.

Je ne peux rien faire, pensa-t-il. Il le savait depuis le début. Pour le PSICOM et le Sanctum, Dajh n'était qu'un outil qu'ils utilisaient comme bon leur semblait. Tant que Cocoon restait en sécurité, la vie d'un seul enfant n'était pas importante. Il n'y avait pas que Nabaat qui pensait ça, mais tout le PSICOM, et même tout Cocoon.

Évidemment, pour Sazh, tant que Dajh était en sécurité, Cocoon pouvait bien aller au diable. Il était le seul qui pouvait faire quelque chose pour son fils. Il n'avait qu'à compléter sa Tâche lui-même, de ses propres mains. Qu'il y parvienne ou pas, ils ne pourraient pas reprendre leur vie passée. La seule chose qui l'attendait, c'était la mort, ou quelque chose d'équivalent. Mais se transformer en cristal, c'était toujours mieux que de devenir un monstre.

Il allait devoir détruire le fal'Cie de Pulse. Mais pouvait-il le faire ? Il n'était qu'un homme comme un autre. Est-ce qu'un homme normal pouvait vaincre quelque chose d'aussi puissant que le fal'Cie de Pulse ? Non, ce n'était pas la question. Il se rappela que la fille avait crié quelque chose, lorsqu'elle était au sommet des ruines. Il était impossible qu'elle soit parvenue jusque-là, qu'elle ait évité tous ces soldats, pour finalement arriver là. Mais elle avait réussi. Comme Nabaat l'avait dit, ils étaient sûrement les ennemis de Dajh. Mais ils lui avaient donné de l'espoir. Même si ça semblait impossible à réaliser, il avait toutes les raisons d'essayer.

« Dajh... » Il n'avait pas voulu le dire à voix haute.

« Qu'est-ce qu'il y a, papa ? »

Il était assis derrière lui. Il sauta sur son dos et regarda son visage.

« Non... ce n'est rien. » Sa vision se troubla. Il regarda par la fenêtre. « Papa va faire une petite sieste, d'accord ? »

« D'accord » répondit Dajh, le laissant tranquille. Sazh resta allongé là, les yeux fermés, écoutant les gazouillis du bébé chocobo et les cris de joie de Dajh.


De retour au centre médical, on les sépara. Sazh voulait au moins que le bébé chocobo aille avec Dajh, mais on lui interdit.

« Non ! Je veux rester avec papa ! »

Dajh s'accrocha à la manche de sa veste et ne lâcha pas prise. Peut-être que Dajh savait ce qu'il avait l'intention de faire. Qu'il allait détruire le fal'Cie des ruines avant qu'ils ne l'envoie sur Pulse.

« Je suis désolée Dajh, mais nous avons d'autres tests à faire. Tu dois juste attendre encore un peu. On te laissera jouer un peu avec ton père demain. D'accord ? » Nabaat souria.

Dajh avait l'air perdu. Il ne lâcha pas Sazh.

« Une fois qu'on aura fini, on t'achètera tout ce que tu voudras. Qu'est-ce qui te ferait plaisir ? Un livre ? Une peluche chocobo géante ? »

« Pour de vrai ? »

« Oui, pour de vrai. Tout ce que tu veux, tu n'as qu'à demander. »

« Je veux aller à Nautilus Park ! Je veux voir tous les chocobos ! »

Encore Nautilus Park. Il en avait parlé pendant le festival. Il devait vraiment vouloir aller là-bas. Il voulait que Dajh lui demande d'aller chercher quelque chose pour qu'il puisse s'en servir d'excuse pour aller explorer les ruines. Mais il ne voulait pas des choses. Il voulait un endroit pour passer du temps avec son père. Alors il fit une promesse. Que pouvait-il faire d'autre ?

« D'accord, quand tu en auras fini avec tes tests, on ira à Nautilus Park ensemble. »

Le bébé chocobo donna de la voix, comme pour lui rappeler de ne pas l'oublier.

« Et avec le petit gars, aussi. »

« D'accord ! Tu me le promets, hein, papa ? »

« Je te le promets. »

Une promesse qu'il ne pourrait jamais tenir. Si Sazh arrivait à vaincre le fal'Cie, Dajh se transformerait en cristal avant même que ces tests soient finis. S'il n'y parvenait pas... il deviendrait un cadavre l'Cie.

« Fais juste de ton mieux pour les tests, d'accord ? »

Dajh hocha la tête et le lâcha. Il était si heureux de savoir qu'il irait à Nautilus Park. Il souriait. Ce sourire avait toujours donné du courage à Sazh, il l'avait toujours rendu fier. C'était son trésor. Je ne te laisserai pas devenir un monstre, promit-il. Même si tu te transformes en cristal, je veux que tu continues de sourire, jusqu'à la fin...

Il grava le sourire de Dajh dans sa mémoire, et essaya d'avoir l'air heureux. Il se demanda si ça marchait. Il ne pouvait pas laisser Dajh ou Jihl savoir qu'il était en train de lui faire ses adieux.

« Très bien Dajh, tu veux bien aller dans ta chambre, maintenant ? Je serai là dans un instant. »

« D'accord. Papa, tu me l'as promis, hein ? » dit-il avant de courir vers la porte. L'instant d'après, il était parti. Sazh serra les dents. C'est pour son bien...

« Merci pour votre coopération, Mr. Katzroy. »

« Euh, non, c'est... »

C'était comme si elle avait déjà oublié ce qu'ils s'étaient dit à bord du vaisseau. Elle s'inclina doucement. Elle était bonne, il ne savait pas s'il pourrait l'affronter. Mais il devait trouver un moyen de se montrer plus malin qu'elle. Il se calma du mieux qu'il le put avant de prendre la parole.

« J'aimerais vous demander une chose. »

Il savait qu'il était surveillé, tout comme l'était Dajh. S'il voulait aller à Bowdam, il devait d'abord trouver une excuse.

« Je voudrais aller à Palumpolum pour acheter un petit cadeau à Dajh, un livre ou un jouet, vous voyez. »

Il y avait un énorme magasin à Palumpolum qui ne vendait que ce genre de chose. Lorsqu'il pilotait des longs courriers, il y allait souvent pour acheter des cadeaux pour Dajh. Il ne savait jamais vraiment ce qu'il lui ferait plaisir, alors il prenait le premier jouet venu. Sa femme en riait toujours.

« Vous savez... Ça doit être dur pour un enfant aussi jeune de subir tous ces tests. J'aimerais lui acheter quelque chose pour qu'il n'y pense pas. Vous voyez ? »

« Oui, je suis sûre qu'il serait très content. »

« Si je pars maintenant, je pourrais être rentré demain, en fin d'après-midi. Mais si Dajh vous demande où je suis, ne lui dites pas où je suis allé. Je ne veux pas qu'il s'inquiète. »

« Bien sûr, je comprends. » répondit-elle en souriant. Elle continua :

« Hé bien, pourquoi ne prenez-vous pas l'un de nos vaisseaux ? Si vous allez jusqu'à Palumpolum, ce sera bien plus rapide. »

Comme prévu, pensa Sazh. Ils allaient continuer de le surveiller, quoi qu'il arrive. Il était content d'avoir choisi Palumpolum. Si c'était une petite ville, il ne pourrait pas les semer, mais dans une cité aussi grande et fréquentée que celle-ci, ce serait un jeu d'enfant.

« Ça m'aiderait beaucoup, merci. »

Ça devait marcher. Il devait y arriver. Il se força à sourire.

Chapitre sept
Spoiler:
En fait, je n'ai eu aucun problème pour échapper à leurs chiens de garde. J'étais toujours allé dans ce magasin pour acheter des jouets à Dajh. J'en connaissais chaque recoin. Ça leur apprendra, à sous-estimer un civil. J'ai quitté Palumpolum, et j'ai pris le train, puis j'ai loué une moto-volante. Je ne me suis jamais arrêté. Je ne pouvais pas m'arrêter.

La partie la plus difficile, ça aurait dû être de s'infiltrer dans Bowdam. Mais c'était bien plus facile que prévu. Le PSICOM avait l'ordre de ne rien laisser sortir, même pas un rat. Mais ils n'allaient pas suspecter quelqu'un qui essayait de rentrer.

Je leur ai dit que ma femme et mon fils étaient en ville, et que je voulais les rejoindre. S'ils allaient les envoyer sur Pulse, le moins qu'ils pouvaient faire, c'était de nous déporter tous ensemble. C'était tellement facile, ils n'ont même pas pris la peine de me fouiller. Je m'en suis bien sorti, tu trouves pas ?

Bon, il est temps de nous séparer. Après tout, on dit bien que Pulse, c'est l'enfer. Mais avant d'y arriver, je vais devoir vaincre ce fal'Cie. Ça ne va pas être aussi facile. Alors pardonne-moi, mais je ne peux pas t'amener. Je ne pense pas que les soldats m'empêcheront de te faire sortir de la ville. Une fois que tu seras hors de Bowdam, tu pourras aller là où tu veux. On est pas restés ensemble longtemps, mais tu m'as beaucoup aidé. Dajh aussi, je pense. Tu l'as rendu heureux. Alors, merci.

Gwaaah, ça va pas ou quoi ?! Qu'est-ce que fais ? Aïeaïeaïeaïeaïe ! Arrête de me mordre ! Qu'est-ce qui te prend ?!

Tu veux… venir avec moi ? Alors tu crois que je ne vais pas y arriver tout seul ? D'accord, d'accord. J'ai compris. On va accomplir sa Tâche pour lui, et on ira le retrouver ensemble. D'accord ?

Ah ouais, on t'a toujours pas donné de nom. Dajh était tellement content de jouer avec toi qu'il a complètement oublié. Ce sera la première chose qu'on fera quand on sera rentrés. Qu'est-ce qu'il voulait te trouver déjà ? Un nom cool et mignon ? Ouais, on t'en donnera un. C'est une promesse, juste entre nous. On ne peut connaître le sexe d'un chocobo, mais peu importe…


Tous les trains de la station de Bowdam étaient annulés, sauf un. Celui qui allait à Hanged Edge, tout au bout de Cocoon. C'était le train qui allait sur Pulse, le seul qui s'y rendait. Les rails étaient vieux et rouillés.

La situation était complètement différente aujourd'hui, comparée à hier. Personne ne s'opposait aux soldats. Ils avaient tous baissé les bras, désespérés. Désormais, ils allaient tous monter dans leur dernier train, pour leur dernier voyage.

Il ne pouvait pas leur laisser savoir qu'il était là pour une raison différente. Qu'il n'allait pas à Pulse, mais à son fal'Cie. Sazh marcha comme les autres, en regardant ses pieds. Mais il avait plus d'espoir qu'eux. Il avait un plan, un but. Même s'il ne verrait peut-être plus jamais son fils bien-aimé…

« Une fois qu'on sera montés, on ne pourra plus faire marche arrière. Tu veux toujours venir ? » dit-il doucement au bébé chocobo, qui se trouvait sur sa tête. Il n'eut pour réponse qu'un coup de bec.

« Aïe. D'accord, j'ai compris. On est dans ce pétrin tous les deux. »

C'est parti, alors murmura-t-il en se dirigeant vers l'entrée de la station. C'était le début d'un nouveau voyage, sans billet retour.

Partie IV : Recherche



Chapitre un
Spoiler:
Alors qu'elle marchait à travers les rues bondées du quartier commerçant de Bodhum, Fang sentit un picotement se faire de plus en plus insistant dans son cou. Était-ce parce qu'elle était en plein territoire ennemi ? Non, pas tout à fait. Ou peut-être parce qu'elle était suivie ? Non plus. Elle avait déjà semé ses poursuivants.

Elle ne s'était pas attendue à ce qu'il y ait autant de soldats, mais heureusement pour elle, Euride était nichée entre l'océan et une chaîne de montagnes. Les endroits où se cacher ne manquaient pas, et le terrain lui avait permis de tendre des embuscades à ses ennemis avant de disparaître dans la nature.

Elle avait eu de la chance. Elle avait trouvé une moto volante abandonnée, qui lui avait largement facilité la tâche. Fang n'était jamais montée sur un véhicule issu de la technologie de Cocoon, mais elle était parvenue à apprendre comment la conduire en regardant les autres.

Faire le trajet retour ne lui avait pas posé de problème. Une longue route s'étendait entre Euride et Bodhum, et elle avait pu la suivre même de nuit. Elle s'était débarrassée de la moto avant d'arriver en ville, et couvert la distance qui lui restait à parcourir à pied. Quand elle était arrivée au temple, c'était le matin.

Mais Vanille n'était pas là. Personne n'avait touché à la nourriture qu'elles avaient ramené au temple. Elle ne devait pas être à Bodhum. Ou peut-être qu'elle essayait toujours d'échapper à l'ennemi.

« Ne t'inquiète pas. Où que tu ailles, je te retrouverai... » C'était une promesse qu'elle avait faite, il y a bien longtemps. Elle devait la retrouver aussi vite que possible. Vanille devait sûrement se sentir seule. Et pleurer dans son sommeil, comme d'habitude.

« Cette fille est une vraie pleurnicharde... » murmura-t-elle. Sa voix était rauque. Elle avait oublié qu'elle avait passé la nuit entière à courir, sans boire ni manger. Sa gorge était complètement desséchée.

Une machine carrée se trouvait de l'autre côté de la rue. Fang prit sa carte et la posa dessus. Elle appuya sur des boutons au hasard, et fut récompensée par le bruit d'une canette tombant dans la petite ouverture sur le devant.

Fang s'était vite habituée à ouvrir ces canettes. Elles étaient légèrement différentes de celles de Gran Pulse. Elle avait du mal à l'admettre, mais les canettes de Cocoon étaient les plus faciles à ouvrir.

Alors qu'elle avalait goulûment la boisson, Vanille lui revint en tête. Elle était peut-être affamée en ce moment même, dans l'impossibilité de trouver de la nourriture. Elles avaient volé deux cartes, et Vanille en avait gardé une. Mais elles n'avaient pas essayé de voir si elle marchait. La seule qu'elles avaient utilisé était celle de Fang.

Un oiseau blanc s'arrêta quelques instants au-dessus de sa tête avant de repartir. Fang se raidit.Encore ? se dit-elle. C'était cet oiseau étrange, qui ressemblait presque à un humain, qu'elles avaient vu quelques jours auparavant. Aussi bizarre qu'était son apparence, il lui avait porté chance jusqu'ici. Elles l'avaient vu quand elles avaient récupéré les cartes, après tout. Puis quand elle s'était échappée d'Euride. Cette fois-là, elle avait trouvé la moto volante et avait réussi à semer ses poursuivants. Si elle ne se faisait pas d'idées, alors peut-être que la chance allait lui sourire à nouveau. Peut-être qu'elle allait retrouver Vanille...

Fang scruta la foule, espérant la voir. Elle regarda les boutiques et les passants qui rentraient chez eux.

« C'est non, alors... » Elle soupira. Si elle n'était pas ici, peut-être qu'elle était à la plage. Il y avait des filles qui portaient des habits comme les leurs, alors peut-être y était-elle allée pour passer inaperçue. Elle posa la canette vide à côté d'elle, se releva et rassembla ses affaires.Bon, direction la plage, maintenant...

« Hé, vous pourriez au moins ramasser ça. »

Elle ignora la voix qui l'interpellait dans son dos. Il valait mieux éviter totalement les habitants de Cocoon. Elle savait aussi qu'elle n'avait pas à craindre de se faire attaquer, même si elle lui tournait le dos. Tout était tellement calme et sûr ici qu'elle ne pouvait s'imaginer une telle chose. Même les soldats qu'elle avait affrontés hier, à Euride, n'avaient presque pas d'expérience du combat. Bien entendu, ils étaient entrainés, mais ils n'avaient pas de véritable expérience.

« Pas si vite... »

Cette fois, la voix se trouvait juste derrière elle. Elle ne l'avait même pas senti venir. Quelle imprudence. Elle s'arrêta et tourna la tête pour voir à qui appartenait la voix. Elle fit semblant de se retourner, puis s'engouffra brusquement dans la foule. Personne ne lui tirerait dessus au risque de blesser des passants. Ces gens n'étaient pas aussi déterminés.

Elle n'avait pas vu cet uniforme bleu à Euride, mais elle savait que c'était un soldat. Il s'était rapproché d'elle sans qu'elle ne s'en aperçoive. Il était bien entraîné, et le semer n'allait pas être aussi simple que ça.

Fang courut jusqu'aux limites du quartier commerçant. Impossible d'aller plus loin sans être totalement à découvert. Elle s'enfonça dans un labyrinthe d'allées étroites, avant de se retrouver face à une impasse. Elle passa par-dessus sans aucun mal.

Elle courut, courut jusqu'à ce qu'elle ne sache plus où elle se trouvait. Mais il n'y avait personne derrière elle. Personne ne la suivait. Soulagée, Fang soupira. Elle grimaça. Sa poitrine lui faisait mal. Elle avait dû courir plus longtemps qu'elle ne le pensait, et devait reprendre son souffle avant de continuer.

Puis son monde chancela, et elle sentit un coup lui transpercer le dos. Quelqu'un s'était glissé derrière elle. Mais quand elle s'en rendit compte, il était déjà trop tard.

« Enfoiré ! » Elle rassembla toute l'énergie qui lui restait dans ses bras, essayant de s'échapper. Mais elle était piégée. Il avait complètement bloqué ses bras, elle ne pouvait pas bouger d'un pouce.

« Doucement ! Nous ne sommes pas votre ennemi. » Il la relâcha. « Désolé d'avoir dû en arriver là. Mon nom est Rygdea. Je suis dans la cavalerie... Mais, euh, ça ne doit pas vous dire grand chose. »

Un homme mal rasé, mais à l'allure gentille, se tenait devant elle. Aussi gentil qu'il pouvait être, ça ne l'avait pas empêché de la piéger. Il était prudent et efficace, elle savait qu'elle n'arriverait pas à se débarrasser de lui. Il était sûrement bien plus fort que n'importe lequel des soldats qui l'avaient poursuivie à Euride.

« Il y a quelqu'un que je veux vous présenter. Venez avec moi. »

Elle était complètement encerclée, et chaque soldat pointait son fusil droit sur son visage. Mais le seul qui se trouvait à sa portée était Rygdea. Tous les autres se tenaient assez éloignés pour qu'elle ne puisse pas les attaquer. Pathétique.

Ils lui passèrent les menottes et lui bandèrent les yeux. Rygdea lui indiqua le chemin à suivre en mettant sa main sur son épaule. Elle ne pouvait rien faire d'autre que d'obéir à leurs ordres.

« Nous savons que c'est le seul moyen pour que vous veniez calmement. Mais ce n'est pas très loin, ne vous inquiétez pas. »

Chapitre deux
Spoiler:
Fang réalisa pourquoi ils lui avaient bandé les yeux. Le vaisseau dans lequel ils l'avaient embarquée était si étroit qu'ils ne pouvaient pas la tenir en joue. S'ils ne l'avaient pas attachée, elle aurait pu se battre et s'échapper.

Mais Rygdea lui avait promis que ça ne durerait pas longtemps. Ils avaient décollé il y a peu de temps lorsqu'elle sentit déjà le vaisseau se poser. On la poussa pour lui indiquer le chemin à suivre, mais elle dût s'arrêter rapidement.

Il y eut un bruit sourd. Il lui était vaguement familier, et elle se rendit compte que c'était le bruit de portes qui s'ouvraient et se fermaient. Celles du centre commercial et de la centrale faisaient exactement le même.

Une voix lui adressa la parole, mais elle ne la reconnaissait pas. Peut-être que c'était l'homme que Rygdea voulait qu'elle rencontre.

Il semblait d'ailleurs qu'il était un « capitaine ». Elle avait entendu le mot plusieurs fois quand elle s'échappait de la centrale. D'après ce qu'elle avait pu comprendre, ils ajoutaient ce genre de mot devant leur nom en fonction de leur rang.

On lui enleva son bandeau. La vive lumière de la cabine la fit grimacer. Elle regarda autour d'elle. Tous les soldats étaient partis. Il n'y avait plus que deux personnes dans la pièce : Rygdea, et l'autre homme. Il avait les cheveux noirs, et l'expression qu'il arborait montrait qu'il avait une confiance inébranlable en lui-même.

« Détachez-la. »

« Vous êtes sûr, Général Raines ? Il ne faut pas la prendre à la légère... »

« Peu importe. »

Mais qu'est-ce qui lui prend ? Fang n'aimait pas être attachée de la sorte, mais elle savait qu'elle ferait la même chose à leur place. Il devait déjà avoir quelque chose en tête pour faire ça. Elle croisa son regard et il sourit.

« Voilà ce que vous devez vous dire. Vous êtes un l'Cie de Pulse, et tout Cocoon est votre ennemi. Mais il y a toujours des exceptions, vous savez. »

Fang ne dit pas un mot, et se contenta de le fixer. Elle essaya de deviner ce à quoi il pensait, mais il était aussi indéchiffrable que les écritures de Cocoon. Ses yeux étaient froids et sombres.

« Je suis Cid Raines. Je suis le commandant de la Cavalerie, mais je ne suis pas votre ennemi. »

Fang n'était pas assez stupide pour le croire sur parole. Elle grogna.

« Ne dites pas n'importe quoi. Il n'y a pas d'exceptions. »

« Bien entendu, notre tâche est de protéger le peuple de Cocoon. Mais ce n'est pas parce que nous ne voulons pas protéger la même chose que nous sommes forcément ennemis. »

« Qu'est-ce que ça veut dire ? »

Non, se dit Fang, je ne veux même pas essayer de comprendre. Raines mit un petit appareil dans son oreille. Fang eut du mal à le croire, mais c'était un objet permettant de communiquer à distance.

« Ah, Lieutenant Nabaat. Où en êtes-vous ? »

Elle se demanda à qui il pouvait bien parler. Raines leva les yeux. La voix d'une femme grésilla dans l'appareil. Fang regarda autour d'elle, intriguée.

« Le suspect est toujours en fuite. Nous n'avons pas pu la localiser. »

« De même. Mais nous avons l'intention de ratisser toute la zone entre Euride et Bodhum. »

Fang ne comprenait pas comment ça fonctionnait, mais il semblait qu'on pouvait entendre les voix d'autres personnes avec cet appareil. Raines sourit légèrement. Il devait trouver sa réaction amusante.

« Nous pensons qu'elle se cache quelque part dans la gorge, alors avant que nous... »

« Ah, vous pensez qu'on a plus de chances de la retrouver depuis les airs ? Compris. Autre chose ? »

« Quand vous l'aurez capturée, livrez-la à la PSICOM immédiatement. »

« Ce sont nos ordres ? » Raines regarda Fang. Elle avait l'impression qu'il voulait lui faire comprendre qu'il pouvait faire de même avec elle.

« C'est une requête. »

« Les requêtes de la PSICOM valent autant que les ordres du Sanctum, évidemment. »

Fang comprit vite que Raines et Nabaat n'étaient pas particulièrement amis.

« Je suis impressionné. L'incident s'est produit il y a déjà 24 heures. Je ne connais pas encore tous les détails, mais si vous êtes impliquée, alors ce doit être très important. »

« Malheureusement, je ne peux pas répondre à cette question. » répliqua Fang sarcastiquement. « Cette information est classée secrète et exclusive à la PSICOM. »

« Oh, vous êtes toujours comme ça. » Raines soupira et éteignit l'appareil. Il regarda Fang sérieusement. « Maintenant vous savez. L'armée du Sanctum n'est pas unifiée sous une même bannière. »

« L'armée du Sanctum ? »

« Oui. Elle est divisée en deux branches. La Brigade, aussi appelée la Cavalerie, ceux qui protègent le peuple. Et la PSICOM, les forces spéciales du Sanctum. »

« Qu'est-ce que ça peut bien faire ? Vous êtes tous mes ennemis. »

Raines l'ignora et continuât : « La raison pour laquelle j'ai ordonné à Rygdea de vous amener n'est pas pour vous livrer à la PSICOM. En fait, c'est tout le contraire. »

Peu importe. Ils voulaient tous capturer les l'Cie. Fang ne voyait pas où il voulait en venir.

« Nous ne cautionnons pas les actions de la PSICOM, et nous tenons à nous distinguer d'eux. »

« Alors vous pensez que ça veut dire que vous n'êtes pas mes ennemis ? Ouais, c'est ça. » Il était probable qu'ils s'opposaient vraiment à la PSICOM, si la conversation qu'il venait d'avoir en était une indication. Mais ça ne voulait pas dire qu'ils étaient ses alliés à elle. « Vous pensez qu'en me capturant, vous serez les premiers à obtenir des informations sur Gran Pulse. » C'était assez commun : devancer ses ennemis pour les ridiculiser. « Mais malheureusement pour vous, je ne suis pas un l'Cie tout à fait normal. » Elle jeta à un œil à la marque sur son bras. Quand elle s'était réveillée, elle était brûlée et livide, la seule trace de ses souvenirs. « Je ne peux pas me rappeler de ma Tâche ou de mes souvenirs. Je n'ai pas la moindre information qui pourrait vous intéresser. Et... »

« Et... ? »

Elle ne savait pas si elle devait le dire à l'ennemi.

« Je cherche un quelqu'un qui m'est cher. Je n'ai pas le temps de vous aider. » Fang n'était pas certaine qu'elle aurait dû en dire autant, mais elle avait besoin d'informations sur Vanille. Elle était curieuse de voir leur réaction.

Mais ils restèrent silencieux et impassibles.

« Je comprends. C'est vous qui décidez si vous voulez nous aider ou non. Mais entre temps, vous allez rester avec nous. »

Bien entendu, se dit Fang. Malgré tout, la seule chose qu'ils veulent, c'est m'enfermer et garder un œil sur moi. Si c'est le cas, je n'ai pas d'autre choix que de m'enfuir.

« Capitaine, amenez-la dans la zone résidentielle. »

« Compris. »

À voir la manière qu'ils avaient de se parler, Fang se dit que Raines était plus haut gradé que Rygdea. Mais ils avaient l'air bien plus proches qu'on pouvait le penser au premier abord. Elle se demanda si c'était à cause de leur âge. Mais elle n'avait ni le temps, ni d'intérêt à réfléchir à ça. Il y avait plus important à faire...

« Hé petite, n'essaye pas de t'échapper, hein ? » dit Rygdea en lui faisant une tape dans le dos.Il est vraiment fort, pensa Fang. « Même si t'es pas vraiment petite. » Il la relâcha. « Mais tu sais, si on se battait sérieusement, l'un de nous d'eux n'y survivrait probablement pas. Alors soyons amis. »

Fang n'avait rien à gagner à devenir son amie, mais il avait raison. Elle leva les mains pour montrer qu'elle ne lui voulait aucun mal.

La porte donnait sur un couloir étroit. La pièce précédente était basse et grande. Fang pensait que tous les bâtiments de Cocoon étaient comme ça, mais il semblait que ce n'était pas le cas.

« Quoi ? Vous n'avez même pas de fenêtres, par ici ? » Le couloir était si exigu qu'elle avait du mal à respirer. Fang était de plus en plus irritée.

« Je doute que des fenêtres ait une quelconque utilité à cet endroit du vaisseau. »

« Un... vaisseau ? »

« T'es à l'intérieur du Lindblum. Un vaisseau. »

Elle toucha les murs. Si c'était vraiment un vaisseau, elle devait pouvoir le sentir bouger. C'était le cas pour ceux de Gran Pulse. Mais elle ne sentit pas la moindre chose. Ils devaient être à terre.

« Quoi, tu savais pas ? On est en plein vol. »

« Vraiment ? » Elle ne pouvait pas le croire. Le vaisseau ne vibrait pas du tout. Elle pouvait sentir un léger tremblement sous ses pieds, mais il était si faible qu'elle avait du mal à s'en rendre compte. La vitesse du train entre Bodhum et Euride l'avait surprise, mais ce vaisseau était visiblement bien plus puissant. Fang se détendit.

« Alors... c'est un vaisseau ? » Elle inspecta le couloir. Il s'étendait à perte de vue.

« Ce ne peut pas... » Quand elle pensait encore que c'était un bâtiment, elle trouvait que le couloir était horriblement étroit et que le plafond était très étrange. Mais si c'était un vaisseau...

« Ça va ? »

« Ouais, je me disais juste que ce vaisseau est terriblement grand. »

« Vraiment ? Le Palamecia est encore plus grand. »

« Je crois que j'ai mal à la tête... » Fang avait du mal à l'imaginer. Ces vaisseaux étaient tellement plus avancés que ceux de Gran Pulse. Pas seulement les vaisseaux, d'ailleurs, mais les armes des soldats aussi.

Les animaux et les humains de Cocoon étaient bien faibles comparés à ceux de Gran Pulse. Bien entendu, il y avait quelques exceptions comme Rygdea, mais la plupart ne lui arrivaient pas à la cheville.

En revanche, Cocoon possédait la technologie. Fang ne savait pas quelles autres sortes d'appareils ils pouvaient bien avoir. Mais si toutes ces personnes pouvaient les utiliser, elles avaient certainement largement sous-estimé leurs ennemis.

Au bout du couloir se trouvait un escalier. Fang se demanda combien de temps ils allaient encore marcher. Et combien il en fallait pour marcher d'un bout à l'autre du vaisseau.

« Tu es bien silencieuse. Il n'y a pas si longtemps, tu aboyais comme un chien enragé. »

« Je ne suis pas un chien, alors ne me traite pas comme tel. Je réfléchissais juste à un moyen de m'enfuir. »

« Ne fais pas ça ! » Rygdea était sérieux. « La PSICOM a installé des barrages tout autour de Bodhum. J'aimerais bien te voir essayer de t'en échapper. »

« Je ne suis pas assez stupide pour me faire attraper par ces idiots. »

« … Je crois que tu ne comprends pas. »

« Je ne comprends pas quoi ? »

Rygdea soupira. « J'admets que t'as réussi à t'échapper de la centrale toute seule. Mais tu sais combien ça a été dur de te capturer sans nous faire remarquer ? »

« Quoi... ? »

« On ne pouvait pas te capturer sous le nez de la PSICOM, ou ils nous auraient ordonnés de te livrer. Tu les as entendus, non ? On ne pouvait pas laisser faire ça, alors on a dû bidouiller leur système de surveillance et leur communiquer de fausses informations. »

Fang ne savait exactement pas ce qu'ils avaient fait, mais il semblait que Raines et Rygdea l'avaient aidée à passer inaperçue.

« Je ne comprends pas. Pourquoi faire ce genre de choses si nous sommes ennemis ? »

« Comme le Général Raines l'a dit, on a tout intérêt à t'aider. L'ennemi de notre ennemi est notre ami. »

« L'ennemi de notre ennemi est notre ami... Hm. » Fang comprenait mieux. Même s'ils étaient ses ennemis, collaborer avec eux compte tenu des circonstances n'était pas totalement absurde.

« Voilà ta chambre, petite. »

Rygdea s'arrêta devant une série de portes. Fang n'avait la moindre idée d'où ils étaient, ni même d'où ils étaient venus. Si elle avait voulu s'enfuir, elle n'aurait pas pu.

« Désolé, c'est petit. »

Il n'y avait pas grand chose, juste un lit et une petite table, mais c'était une vraie chambre. Fang n'aurait aucun problème à rester ici.

« Tu peux m'appeler Fang. »

« Hein ? »

« Arrête de m'appeler petite. »

Rygdea sourit. « Je savais que tu n'aimais pas ça, mais je ne savais pas comment t'appeler. »

« Alors t'aurais dû me demander mon nom. »

« Tu me l'aurais dit ? »

« Non... Non, sûrement pas. » Elle n'avait eu aucune intention de lui dire son nom jusqu'à maintenant. Rygdea était fort. Certaines personnes pourraient mentir, mais pas lui.

« Tu disais que tu cherchais une amie, non ? » demanda Rygdea comme s'il venait de s'en rappeler. « Est-ce qu'elle est aussi forte que toi ? »

« Plus forte que n'importe quel soldat de Cocoon. »

« Est-ce que toutes les femmes de Pulse sont comme ça ? »

Elle leur avait dit qu'elle cherchait quelqu'un, mais elle n'avait pas précisé qu'il s'agissait d'une fille. Fang plissa les yeux.

« Ne me regarde pas comme ça. Nous avons regardé les enregistrements des caméras de surveillance d'Euride. L'image n'était pas très nette, mais on a au moins pu voir ça. »

Fang soupira, soulagée. Vanille n'avait pas été capturée.

« T'es inquiète ? Bah, évidemment. Peu importe qu'elle soit forte, elle est toute seule. »

« Et elle pleure tout le temps. »

Vanille pleurait toujours quand elle faisait un cauchemar. Elle s'accrochait à Fang et la suppliait de ne pas l'abandonner. Elle avait toujours été comme ça, même quand elles étaient petites.

« Et elle rit pour un rien. »

C'était quand, la dernière fois qu'elle avait vu Vanille rire ? Dans le train vers Euride ? Non... Elle était simplement étonnée par tout ce qu'elle voyait. Est-ce qu'elle avait ri une seule fois depuis qu'elles s'étaient réveillées... ?

« Est-ce que je devrais la chercher ? »

Fang ne s'attendait pas à ce qu'il lui fasse une telle offre. Rygdea avait l'air gentil, mais il était toujours son ennemi.

« Je veux dire, tu ne peux pas partir pour l'instant, non ? Ce serait du suicide. Mais je comprends que tu sois inquiète pour elle. J'ai des amis, moi aussi. » dit Rygdea en souriant. Il n'avait pas l'air de lui mentir.

« Je... Je ne veux pas avoir à vous rendre un service en échange. »

« Faisons un marché, alors. »

« Un marché ? »

« On ne peut pas laisser la PSICOM te mettre la main dessus, alors je vais chercher ton amie pour toi. En échange, vous ne devez pas laisser la PSICOM vous capturer. »

Les soldats de Cocoon n'étaient pas redoutables pour les capacités, mais pour leur technologie. Face à de tels ennemis, elle ne pouvait pas faire grand chose.

« Je... Oui... » Elle ne savait pas ce que Raines avaient en tête, mais elle sentait qu'elle pouvait faire confiance à Rygdea. « S'il te plaît. »

Une fois qu'il aurait retrouvé Vanille, Fang lui renverrai l'ascenseur. Il pouvait compter dessus.

Chapitre trois
Spoiler:
« Un marché, hein ? Je suis trop gentil. » se dit Rygdea alors qu'il quittait la gare de Bodhum. Ce marché ne leur rapporterait absolument rien.

Fang elle-même avait avoué qu'elle n'était pas une l'Cie normale. Ils n'obtiendraient peut-être aucune information sur Pulse, mais ils ne devaient pas la laisser tomber entre les mains de la PSICOM. Rechercher son amie ne serait pas du temps perdu.

Et s'il pouvait la convaincre de les rejoindre, elle aurait largement sa place au sein de leurs forces. Quand ils l'avaient capturée, Rygdea avait eu un petit aperçu de sa force et de ses capacités. Mais il avait été encore plus impressionné lorsqu'ils l'avaient laissé utiliser le simulateur de combat. Il l'y avait emmenée parce qu'il pensait qu'elle finirait par s'ennuyer.

Un tel simulateur n'avait rien à voir avec un vrai combat, mais Fang avait réussi à obtenir le meilleur score sur une machine qu'elle n'avait jamais utilisée auparavant. Il n'était pas étonnant qu'elle avait réussi à échapper à ses ennemis aussi facilement, alors même qu'elle était en territoire inconnu.

Elle n'avait pas que la force de son côté, mais aussi la chance. Qu'elle ait obtenu des tickets de train avec une carte d'identité qu'elle avait reprogrammé à son propre nom par accident était presque inconcevable.

Sans compter la moto volante qu'elle avait utilisé après s'être échappée de la centrale. Quelqu'un avait du laisser le moteur tourner. Elle n'aurait pas pu le mettre en marche elle-même sans savoir ce qu'elle faisait. Son propriétaire avait dû la laisser telle quelle parce qu'il pensait revenir rapidement. Mais la PSICOM avait fermé la centrale juste après que l'incident se soit produit. Le propriétaire n'avait sans doute pas pu retourner à sa moto.

Fang leur avait dit qu'elle avait vu une étrange chouette trois fois sur Cocoon. Une chouette qui avait le visage d'un humain et les griffes d'un raptor. Elle n'en avait jamais vu ailleurs que dans un livre. Rygdea lui-même n'en avait aperçu une qu'une seule fois. Le fait qu'elle l'ait vu autant de fois en si peu de temps montrait que la chance la suivait littéralement.

L'amie de Fang échappait toujours à la PSICOM, même sans l'aide de la Cavalerie. Elle devait avoir au moins autant de chance que Fang.Comme tous les l'Cie de Pulse, peut-être.

« Mais par où est-ce que je dois commencer ? »

Le festival de feux d'artifices se déroulerait dans quelques jours, et Bodhum était déjà envahie par les touristes. La chercher dans cette foule prendrait trop de temps. Fang avait dit qu'elle n'avait pas pu aller bien loin. À moins que quelque chose de grave se soit produit, elle devait être quelque part dans Bodhum. Seul problème, Rygdea ne connaissait pas bien la région.

Ce qui voulait dire qu'il devait y aller à tâtons. C'était du moins ce qu'il se disait lorsqu'il entendit quelqu'un l'appeler. C'était l'un des officiers de la force de sécurité de Bodhum. Rygdea avait déjà discuté avec elle la première fois qu'il était venu sur place.

« Vous êtes... le Sergent Farron, c'est ça ? »

« Capitaine ! » dit-elle en le saluant. Le parfait soldat. Ses mouvements étaient vifs et efficaces. Elle avait le potentiel nécessaire pour devenir très douée. Il l'avait su en lisant le dossier de ces troupes, mais il pouvait aussi le constater rien qu'en la regardant.

« Pas la peine d'être aussi formelle, détends-toi. » lui dit-il. C'est alors qu'il eut une idée. Il ne connaissait peut-être pas la région, mais il pouvait demander de l'aide à quelqu'un qui était du coin.

« Tu connais les endroits où les jeunes aiment traîner ? Où que ce soit. »

Tout le monde ne savait pas que leur suspect était une jeune fille. L'amie de Fang avait peut-être décidé de se glisser parmi des groupes de son âge pour passer inaperçue.

« Ça a quelque chose à voir avec l'accident d'Euride ? » Les yeux du Sergent Farron s'illuminèrent. Elle ne manquait pas d'intuition.

« Il y a une rumeur qui circule ? » Il décida de la prendre à son propre jeu pour savoir ce que les troupes pensaient de toute cette situation.

« Hé bien, je ne dirais pas que c'est une rumeur. »

« Oh ? »

« Nos ordres sont de livrer le suspect. Voilà tout. Mais la PSICOM est là. Ils sont arrivés juste après l'accident. C'est assez pour éveiller les soupçons de n'importe qui. » Elle l'avait dit comme si c'était la chose la plus évidente au monde. Elle attendait clairement de voir sa réaction.

« Les simples soldats comme nous ne peuvent pas savoir ce que les supérieurs préparent, de toute façon. »

« Avec tout le respect que je vous dois, je ne crois pas que le Capitaine Rygdea de la Cavalerie peut être considéré comme un simple soldat. »

Elle lisait en lui comme dans un livre ouvert. Elle le perça du regard. Ses yeux étaient ceux de quelqu'un qui savait exactement qui il était. S'il essayait d'obtenir plus d'informations d'elle, il creuserait sa propre tombe.

« Quoi qu'il en soit, ce n'est pas le cas. Un ami veut juste que je trouve quelqu'un pour lui. » Il soupira et prit l'air résigné. Il ne pensait pas sincèrement qu'elle marcherait, mais elle avait aussi l'air de savoir quand laisser tomber.

« J'ai simplement du mal à la trouver, comme je ne connais pas la ville. Mais tu es tombée à pic. »

Comme il s'y attendait, le Sergent Farron ne posa plus une seule question au sujet d'Euride.

« Si vous ne donnez son numéro d'identification, je pourrai le transmettre aux soldats en patrouille. »

« Non, nous ne pouvons pas le faire savoir publiquement. » Il lui expliqua qu'il s'agissait d'une fille qui avait fugué. Le Sergent Farron hocha la tête, compréhensive.

« Une fille, alors... Elle est déjà venue à Bodhum ? »

« Non, elle ne connait pas vraiment la ville non plus. Elle vient de très loin. » Il ne mentait pas, ça se trouvait juste plus loin que tout ce que le Sergent Farron pouvait imaginer.

« Signes particuliers ? »

« Elle a deux couettes. Apparemment, elle rit et pleure beaucoup. Elle n'est pas timide du tout... »

« C'est une petite fille ? »

« Non... Elle doit avoir dix-sept ou dix-huit ans... » commença Rygdea avant d'éclater de rire. « Tu as raison, on dirait que je parle d'une petite fille. »

« Non, je comprends. J'ai une petite sœur qui a le même âge. » Elle sourit légèrement à ces mots. C'était la même expression que Fang avait eue lorsqu'elle parlait de son amie.

« Et elle aime s'occuper du bé-, euh, des animaux. Il y a des endroits ici où il y a beaucoup d'animaux ? »

« Il y a juste des animaleries. »

Le seul endroit sur Cocoon où se trouvaient vraiment des animaux qu'on pouvait aller voir était le Parc Nautilus, mais il ne l'imaginait pas aller là-bas pour s'occuper de moutons alors qu'elle était en fuite. Cette piste ne le mènerait nulle part.

« Sinon, il y a un café où les jeunes aiment se retrouver... »

« Un café ? »

« Oui, près de la plage. J'ai entendu dire que les touristes et les habitants de Bodhum y vont souvent. Pas que ce soit dans mes habitudes. » Son visage se fit sinistre. Il semblait qu'elle ne tenait pas cet endroit dans son cœur.

« Tu en sais beaucoup alors que tu n'y vas même pas. Un exemple pour les forces de sécurité. »

« Oh, non... C'est juste ma petite sœur qui m'en a parlé. »

« Je vois. Hé bien, ça vaudrait le coup d'y jeter un œil. »

C'était l'endroit parfait. Beaucoup de personnes de son âge pour se fondre dans la masse, et des amis potentiels à se faire pour trouver un endroit où se cacher.

« Très bien, je vais tenter ma chance. Merci de ton aide. »

Comme toujours, le Sergent Farron fit un salut parfait avant de partir.


Le café était exactement comme le Sergent Farron l'avait décrit. Il y avait autant d'habitants que de touristes, et tous étaient jeunes. Mais il n'y avait aucune trace du visage qu'il cherchait.

« Bienvenue ! Je suis désolé, mais toutes nos tables sont prises. Mais vous pouvez vous asseoir au comptoir... »

Il avait déjà vu ce serveur aux cheveux bleus. Quand Rygdea était venu enquêter, il avait été arrêté et fouillé. La PSICOM avait remarqué qu'il essayait de dissimuler un paquet. Mais au final, il n'y avait rien d'important dedans.

« Qu'est-ce qui vous ferait plaisir ? » lui demanda une voix enjouée alors qu'il s'asseyait au comptoir. Une femme menue se tenait devant lui, préparant des cocktails. Elle avait des cheveux noirs comme ceux de Fang, mais il y avait une douceur dans ses yeux qui lui donnait un air bienveillant.

« J'ai faim. Donnez-moi quelque chose que vous trouvez bon, n'importe quoi. »

« Y'a des choses que vous n'aimez pas ? »

Rygdea lui dit que non, et elle sourit. À la voir travailler, il était évident qu'elle était une professionnelle. Elle mélangea des boissons et coupa des fruits tellement vite qu'on ne distinguait plus très bien ses mains.

« Snow ? Hé, Snow est là ? » Un garçon de seize ou dix-sept ans se fraya un chemin à travers la foule qui s'était amassée devant le comptoir. Il sentait le pétrole et le cambouis. Peut-être était-il un mécanicien.

« Je t'ai déjà dit de ne pas courir dans le café. »

« Je sais, je sais, Lebreau. Mais où est Snow ? »

On aurait presque dit un fils et sa mère, si on oubliait leur âge un instant.

« Il a dit qu'il allait voir Serah. Tu viens de le rater. Oublie ça Maqui, viens m'aider. Il faut que t'ailles chercher des légumes. »

Maqui eut l'air déçu. Il soupira et repartit d'où il était venu. Rygdea inspecta le café à nouveau, mais l'amie de Fang n'était toujours pas en vue. Ou du moins, personne n'avait l'air d'être en fuite. Tout le monde parlait et souriait, comme si tous leurs problèmes s'étaient évaporés.

La PSICOM a bien fermé sa gueule à propos de l'accident, pensa Rygdea. Même si Euride n'est qu'à deux pas de Bodhum, personne n'a l'air inquiet. Les soldats qui y ont été envoyés ne connaissent pas toute l'histoire, et seuls ceux qui ont la tête sur les épaules, comme le Sergent Farron, savent que si la PSICOM est impliquée, quelque chose d'important est en jeu. Mais eux non plus ne savent exactement pas ce qui se trame.

« Monsieur ? Vous attendez quelqu'un ? »

La voix le ramena sur terre. Il secoua la tête.

« Je cherche quelqu'un. Avez-vous vu une fille d'environ dix-sept ou dix-huit ans ? »

« J'en vois trois de plus par heure, à peu près. Vous pouvez être plus précis ? »

« Elle a deux couettes. »

« C'est tout ? »

« Ben, elle porte des bracelets sur les deux bras. Beaucoup de bracelets fins. Et je crois qu'elle a aussi des colliers.

« Je ne pense pas qu'elle soit venue ici. C'est votre petite amie ? Non attendez, vous avez dit qu'elle avait dix-huit ans... Votre fille, alors ? »

« Hé... »

« Je vous taquine. »

« Apparemment, elle rigole tout le temps. Elle a aussi dit qu'elle est insouciante, mais qu'elle aime prendre soin des autres et qu'elle est très gentille. »

« Hmm... Ça ne m'avance pas beaucoup. »

« Ouais, j'imagine. » Elle n'allait probablement éclater de rire dans un endroit qu'elle n'avait jamais visité auparavant, ni s'intéresser à d'autres personnes quand elle devait s'occuper d'elle-même. Il avait oublié de lui dire qu'elle pleurait beaucoup, mais ça ne l'aiderait pas plus.

« Bien, si vous la voyez, faites-le moi savoir, d'accord ? Mais il ne faut pas qu'elle sache que je la cherche. »

« Qu'est-ce que vous voulez dire ? C'est bien suspect, votre affaire. »

« Elle a fugué. Il ne faut pas qu'elle aille plus loin, et ses parents comptent sur moi pour que je la retrouve. »

Elle lui jeta un regard suspicieux, puis haussa les épaules.

« D'accord. Si une fille qui correspond à votre description vient ici, je vous le ferai savoir. »

« Merci beaucoup. »

« Si vous pouviez juste écrire où je peux vous contacter ici... Et voilà votre repas. »

Une assiette pleine de nourriture apparut devant lui. Elle avait continué de travailler pendant toute leur discussion. Impressionnant.

« Ne te fais pas remarquer, ou tu auras affaire à nous. On est plus forts que n'importe quel soldat. » dit une voix. Il n'y avait aucune chance qu'un d'entre eux soit plus fort qu'un soldat, mais il ne voulait pas causer d'ennuis. Il se demanda s'il devait porter quelque chose appartenant à Fang avec lui. Peut-être que ça l'aiderait à entrer en contact avec son amie. Il se dit qu'il allait en parler à Fang et commença à manger.


Manger de la bonne nourriture était la meilleure chose qu'il avait tiré de son enquête à Bodhum. Après avoir quitté le café, il fit un détour par le centre commercial, mais ça n'aboutit à rien.

« Je vois que tu n'as pas réussi à la trouver. » lui dit Fang lorsqu'il arriva sur le Lindblum. Elle soupira, faisant semblant d'être frustrée.

« As-tu la moindre idée d'où elle pourrait être ? N'importe où ? »

« Oui, mais je suis déjà allée voir. »

« Ouais... »

Fang devait ratisser la ville à la recherche de son amie quand ils l'avaient capturée. Elle avait probablement vérifié tous les endroits où elle pensait la trouver. Elle avait fini par être tellement paniquée qu'elle n'avait même pas remarqué qu'elle était suivie.

« Hé ! » s'écria Fang en se tapant le genou. « Elle est peut-être dans une forêt ou près d'un océan. Ou un truc comme ça. »

« Pourquoi ? »

« Pour la nourriture. Elle avait une carte, mais je ne crois pas qu'elle ait réussi à la faire marcher. »

Rygdea était choqué à l'idée de capturer des poissons ou des oiseaux pour les manger.

« C'est si surprenant ? »

« Ben, aller dans l'océan pour attraper des poissons... »

« Comment pouvez-vous survivre en ne sachant même pas trouver de la nourriture par vous-même ? »

Il semblait que les l'Cie de Pulse n'étaient pas seulement chanceux, mais aussi habitués à une vie difficile.

« Elle aime beaucoup cuisiner, tu sais. Même s'il lui est déjà arrivé de préparer des plats absolument immondes. » Fang sourit. Rygdea pensa au Sergent Farron. Fang devait considérer son amie comme sa petite sœur.

« Quand on la trouvera, il faudra qu'elle me prépare des plats de Pulse. Mais... doucement sur le sel. »

La nourriture de Cocoon devait être très fade comparée à celle de Pulse. Fang mettait toujours une tonne de sel.

« Je lui dirai de préparer une recette pour bébé. » dit Fang en souriant. Puis elle lui demanda, « Pourquoi est-ce que t'es avec un type comme Raines ? »

« Pourquoi tu me demandes ça ? T'essayes de découvrir mes secrets ? »

Fang marmonna que ce n'était pas tout à fait ça.

« Je ne le comprends pas du tout. Je ne sais pas ce qu'il pense. »

« C'est un officiel important du Sanctum. Et vu le nombre de vies qui dépendent de lui, ce serait un problème si on pouvait lire ses pensées aussi facilement. »

« Il est vraiment aussi génial ? »

Si tu n'arrives pas à savoir quel genre d'homme il est rien qu'en le regardant, pensa Rygdea, tu devrais aller faire vérifier tes yeux. Mais non, réalisa-t-il, ce n'est pas ce qu'elle veut dire. Elle savait au moins qu'il n'était pas un simple soldat.

« Alors il est un... "général de brigade", c'est ça ? Et tu es un capitaine. C'est quoi la différence ? »

« Hé bien, un capitaine n'est qu'un simple officier subalterne. Un général de brigade fait partie des officiers généraux les moins haut-placés. Il y a une autre catégorie de grades entre les deux. Elle rassemble les colonels, les lieutenants-colonels, et les commandants. L'écart entre son grade et le mien est assez grand. »

« Je n'ai rien compris. »

« Disons juste qu'il fait partie des plus haut-placés. »

Fang fit la moue. Rygdea trouva sa réaction hilarante, alors il enfonça le clou.

« En-dessous de ces trois catégories se trouvent les sous-officiers. Les majors, les adjudants, les sergents... »

« Assez ! Ça suffit. Tu me donnes mal à la tête. » gémit Fang en soupirant. « L'armée de Cocoon est trop compliquée. Ça vous amuse d'inventer tous ces rangs ? »

« Je ne dirais pas que c'est amusant... »

Il ne lui avait rien demandé de plus au sujet de Pulse, mais il savait maintenant qu'ils n'avaient pas d'armée.

« Les règles et les rangs sont plus énervants qu'autre chose. »

Rygdea détestait la rigidité de l'armée, et avait même déjà essayé de la quitter. Il avait rejoint l'académie militaire parce qu'il voulait devenir pilote. Après avoir obtenu son diplôme, il s'était engagé dans l'armée, mais pas pour être soldat. S'il n'avait pas voulu piloter un vaisseau, il ne l'aurait jamais fait.

Peu après, Raines l'avait invité à rejoindre la Cavalerie. Même s'il n'était pas vraiment plus âgé que lui, il avait déjà atteint le rang de général de brigade. Pour un soldat raté comme lui, il pensait ne pas avoir grand chose en commun avec Raines, et n'avait écouté sa proposition que d'une oreille.

Mais leurs discussions finirent par devenir plus sérieuses, et il ne pouvait plus ignorer son offre. Leurs idéaux étaient les mêmes, et il appréciait la façon qu'avait Raines de ne pas les considérer comme de simples théories abstraites. Rygdea pensait que tant qu'il était son supérieur, il aurait une raison de rester dans l'armée...

« Même si tu trouves que c'est énervant, tu restes sous ses ordres ? Y a quelque chose qui t'attire chez lui ? »

Il n'y avait pas de piège dans la question de Fang, mais il aurait été dangereux pour lui d'y répondre. Il ne devait pas lui montrer toute sa main.

« Désolé, mais je ne suis pas un homme qui se fie à ses sentiments. »

« Alors à quoi tu te fies ? »

« Au bon sens... j'imagine. »

« Alors travailler pour Raines est la bonne chose à faire ? »

« Oh, et aussi... » Montrer une carte ou deux ne pouvait pas faire de mal. « Je parie toujours sur celui qui a le plus de chances de gagner. Je ne me bats pas si je ne pense pas pouvoir gagner. »

« Je vois... » dit Fang en le regardant étrangement.

« Quoi ? »

« C'est juste bizarre. Je pensais que tu étais quelqu'un qui se fiait plus à ses sentiments. »

« Je crois que tu m'as surestimé. »

« Non. Je pensais que tu n'étais qu'un idiot qui laissait ses sentiments lui dicter sa conduite. »

« Hé bien, je suis content qu'on ait réglé ce petit malentendu. » conclut Rygdea en quittant la pièce. Il ne devait pas tomber dans les pièges que Fang lui tendait.

La PSICOM avait fait une annonce quelques instants auparavant. Ils avaient décidé de lever les barrages autour d'Euride et de laisser les touristes visiter la centrale. Trop de choses se passaient en même temps. Il devait trouver l'amie de Fang rapidement, avant qu'elle ne tombe entre les mains de la PSICOM.

Il se dépêcha de rejoindre le pont.

Chapitre quatre
Spoiler:
Fang n'avait jamais pensé que quelque chose d'aussi bête que l'absence totale de fenêtres pouvait rendre quelqu'un aussi nerveux. Et pourtant, elle s'était retrouvée à faire les cent pas dans sa petite chambre.

Mais ce n'était pas seulement ça qui la rendait aussi nerveuse. Elle était ici depuis deux jours. Quatre jours étaient passés depuis l'incident d'Euride. Mais il n'y avait toujours aucun signe de Vanille. Aujourd'hui, Rygdea était allé à Bodhum pour essayer de la trouver, mais ça n'avait servi qu'à la stresser encore plus. Ni Rygdea ni Raines ne savaient que Vanille avait très peu de temps devant elle. Personne ne le savait, à l'exception de Fang. Alors qu'elle restait là à ne rien faire, la marque de Vanille évoluait. Elle devait retrouver sa mémoire et finir sa Tâche avant qu'il ne soit trop tard.

Elle ne tenait pas à être capturée par la PSICOM, alors elle avait consenti à rester à bord du Lindblum. Mais elle perdait du temps. C'était peut-être dangereux et idiot de sortir à l'air libre, mais c'était mieux que de rester là, les bras croisés. Fang ouvrit la porte lentement et jeta un œil dans le couloir.

En principe, il n'y avait pas beaucoup de monde à cette heure-là. La plupart des soldats étaient à leur poste, les autres dormaient. Hier, elle avait quitté sa chambre parce qu'elle s'ennuyait, mais elle avait fini par se perdre. Elle pensait trouver quelqu'un pour lui demander comment retourner à sa chambre, mais il n'y avait absolument personne. Après avoir erré une heure dans le vaisseau, elle avait enfin retrouvé son chemin.

Comme elle l'espérait, il n'y avait personne dans le couloir. Elle commença à courir. Elle comptait s'enfuir à bord du petit vaisseau qui l'avait emmenée sur le Lindblum. Même si elle ne savait pas comment le piloter, elle espérait que ce serait aussi simple qu'avec une moto. Tout ce qu'elle avait à faire, c'était monter à bord, et tout irait bien.

Mais où qu'elle allait, elle n'arrivait pas à trouver le vaisseau. Où qu'elle allait, il n'y avait que des impasses.

Si elle avait su, elle aurait fouiné plus longtemps le jour d'avant. Elle aurait pu dire à quelqu'un qu'elle s'ennuyait et qu'elle voulait visiter le Lindblum. Rygdea mis à part, tout le monde pensait qu'elle était une invitée de Raines. Ils auraient probablement accepté.

« Encore raté... » Une autre impasse. Fang soupira, le métal glacé devant elle pour seul interlocuteur.

« Encore raté ? » dit une voix froide dans son dos. Raines. « Nous ne pouvons pas vraiment te laisser te promener librement, vois-tu, alors nous avons pris nos précautions. Toutes les portes menant à la piste de décollage ont été dissimulées. »

Ils savaient ce qu'elle préparait depuis le début. Fang se mordit la lèvre et lança un regard furieux à Raines.

« Les engins de l'armée ne sont pas aussi faciles à conduire qu'une moto civile. Il ne suffit pas de monter à bord et d'espérer que tout se passe bien. Il ne resterait pas grand chose de toi après un accident à cette vitesse, même si tu es une l'Cie. »

« Je vois. » Fang jeta un rapide coup d'œil aux environs. Il n'y avait personne. S'il était seul ici, elle pouvait sûrement faire quelque chose.... Même si elle n'arrivait pas à le battre, il y avait peut-être un moyen de le neutraliser.

« Il y a quelque chose que je veux te montrer... Ou plutôt, que je veux que tu écoutes. Si tu veux te battre, soit, mais nous le ferons après. »

« Tu veux juste gagner du temps pour que tes hommes arrivent ici. Tu penses vraiment que je vais te croire ? »

Raines éclata de rire et secoua la tête. Il prit son épée et la tendit vers Fang.

« Je te donne ceci. Si l'un de mes hommes arrive, tu pourras me tuer, me prendre en otage, quoi que ce soit qui te fasse plaisir. »

« Quoi... ? » répondit Fang, surprise par son offre. « T'es stupide ou quoi !? »

« Oh oui, sans doute. » dit Raines calmement. Il tourna les talons et lui fit signe de le suivre. Toute sa détermination l'abandonna. Serrant l'épée de toutes ses forces, elle le suivit.


C'était la pièce dans laquelle ils l'avaient amenée la première fois, deux jours auparavant. Le plafond ne lui semblait plus aussi étrange. Elle devait s'être habituée au vaisseau.

« Alors ? Qu'est-ce que tu veux que j'écoute ? »

Fang s'assit et joua avec l'épée. Elle n'avait pas l'intention de le poignarder, mais elle n'allait certainement pas abandonner sa seule arme non plus. S'il faisait quoi que ce soit de suspect, elle n'hésiterait pas à l'utiliser.

Raines, silencieux, alluma un appareil sur son bureau. Un craquement se fit entendre, avant de laisser place à des voix.

« Vous ne croyez pas qu'il est un peu tôt pour lever les barrages autour d'Euride ? »

« Si nous continuons, les habitants vont commencer à s'inquiéter. L'existence du l'Cie doit rester secrète. »

Deux hommes, un jeune et un vieux.

« Qu'est-ce que c'est ? » demanda Fang. Raines mit le doigt sur ses lèvres et lui fit signe de continuer à écouter. Le plus jeune des deux continua.

« Nous pourrions au moins continuer à enquêter, jusqu'à ce que le l'Cie soit capturé... »

« Il y a déjà des rumeurs qui disent que ce qui s'est produit à Euride n'était pas un simple accident. Elles ne font faire qu'enfler si nous continuons à enquêter. »

La voix d'une femme les interrompit. Celle qui avait parlé à Raines deux jours auparavant.

« Si c'est de l'opinion publique dont vous vous souciez, nous pouvons la manipuler. »

« Vous voulez dire qu'ils n'écoutent que ce qu'ils veulent bien entendre ? Quelle bande d'idiots. »

Qui donc était ce vieil homme ? Elle pouvait deviner qu'il s'agissait d'une personne haut-placée, mais la manière dont il parlait des habitants de Cocoon l'offusqua.

« C'est le représentant du Sanctum, Galenth Dysley. Les deux autres sont les Lieutenants Rosch et Nabaat de la PSICOM. »

Fang se rappela que la femme s'appelait Nabaat.

« Le fal'Cie Eden m'a réprimandé. Ils ne veulent pas cacher la vérité au peuple. Le fal'Cie n'est pas satisfait par mes décisions, même si je les ai prises pour le bien du peuple. »

« Le fal'Cie Eden a dit... ? »

« Oui, ils veulent lever les barrages et arrêter l'enquête. Ils veulent que les habitants reprennent leur vie normale. »

« C'est de la folie ! Il y a des l'Cie en liberté, et nous n'avons même pas la moindre piste à exploiter. Si nous ne faisons rien, ils pourraient détruire une autre installation importante ! »

« Je suis d'accord, mais je ne suis rien de plus qu'un porte-parole pour les fal'Cie. Je ne peux pas désobéir à leurs ordres. »

L'appareil de Raines bipa, et la conversation s'arrêta aussi vite qu'elle avait commencé.

« C'est un de nos hommes qui a enregistré cette conversation. »

Ça expliquait pourquoi le son était si mauvais. Un micro caché. Même s'il lui avait dit qu'ils ne suivaient pas la ligne de conduite de la PSICOM, elle ne pensait pas qu'ils feraient de telles choses. La rivalité entre la PSICOM et la Cavalerie était plus profonde qu'elle ne l'imaginait.

« Voilà le vrai visage de Cocoon. Le primarche considère le peuple comme des vulgaires moutons. »

« Le primarche ? C'était le vieil homme, là ? Il est si important que ça ? »

Raines hocha la tête, comme si cette simple pensée le blessait. « La personne la plus puissante de Cocoon ne fait qu'exécuter les ordres des fal'Cie. Tant que Cocoon reste sous la direction du Sanctum, nous ne somme rien de plus que leur bétail. »

« Pourquoi tu voulais que j'écoute ça ? Pour que je te dise, "je suis désolée, tant pis pour vous" » ?

Il ignora sa remarque sarcastique et continua : « Tu dis que tu as tout oublié, mais il n'y a qu'une seule Tâche possible pour un fal'Cie de Pulse en mission sur Cocoon : détruire les fal'Cie de Cocoon. »

« Ça pourrait aussi vouloir dire la destruction de tout Cocoon. »

« Tu penses ? Si c'est le cas, pourquoi te réveiller dans Cocoon même ? »

C'était vrai. Elle avait trouvé étrange qu'elle aient été amenées ici. Avec le fal'Cie Anima. Elle pensait que sa Tâche était peut-être de détruire le cœur de Cocoon, pas Cocoon toute entière.

« Tout devient clair, si on considère les choses de cette façon. Ce qui veut dire que tu as le pouvoir de détruire un fal'Cie. Un pouvoir que nous voulons aussi obtenir. »

Le pouvoir de détruire un fal'Cie ? Il veut détruire les fal'Cie de Cocoon ?

« Je veux que tu nous laisses emprunter ce pouvoir. »

« Tu veux détruire les fal'Cie de Cocoon ? Alors que tu es un soldat de Cocoon ? »

« Je ne veux pas m'arrêter au fal'Cie Eden. Je veux nous débarrasser de ce gouvernement de marionnettes. »

Ce que Fang pensait n'être qu'une simple rivalité entre Raines et la PSICOM allait en réalité beaucoup plus loin que ça. Il ne s'opposait pas seulement à la PSICOM, mais au Sanctum tout entier.

« Mais nous sommes vos ennemis. »

« Nous sommes tous deux des ennemis des fal'Cie de Cocoon. Compte-tenu des circonstances, je pense que nous pouvons former une alliance. »

Raines était sérieux. Il n'était pas le genre de personne à dire ça pour rire.

« Tu es sûr de toi ? Ça reviendrait à trahir Cocoon. »

« Je ferai tout ce qui est nécessaire pour atteindre mon objectif. »

Elle comprenait, maintenant. S'il avait fait tellement pour aider ses ennemis, c'était pour pouvoir se mesurer à quelqu'un de plus puissant.

« J'ai dit que je cherchais une amie. Trouvez-la, et je prendrai ma décision. »

« Je comprends. Nous allons tout faire pour la retrouver. Je veux simplement que tu ne fasses rien d'irréfléchi. »

« Vous voulez que je reste ici à ne rien faire comme une gentille fille ? Pour combien de temps ? » Maintenant qu'elle le comprenait et qu'elle connaissait son plan, elle était prête à l'écouter.

« Comme l'a dit Dysley, ils ont levé les barrages et arrêté l'enquête. La PSICOM va rester en ville encore quelques jours, mais la sécurité ne sera plus aussi stricte. » Il leva trois doigts. « Attends encore trois jours. »

« Qu'est-ce qui se passe, dans trois jours ? »

Il lui parla du festival de feux d'artifices. C'est vrai, se dit Fang. Elles en avaient entendu parler en ville. Des touristes venus des quatre coins de Cocoon allaient se retrouver à ce grand festival pour voir les feux d'artifices.

« Le jour du festival, le force de sécurité sera chargée de surveiller les rues. La PSICOM sera là aussi, mais elle ne pourra rien faire contre toi. Tu pourras te fondre dans la masse sans souci. »

Vanille peut encore tenir trois jours, pensa Fang en hochant la tête.

« Je resterai ici jusqu'au jour du festival. Juste une chose... »

« Oui ? »

« Je n'ai toujours pas décidé si je vais vous aider ou non. »

Si leur Tâche était de détruire les fal'Cie de Cocoon, Raines leur serait d'une aide précieuse. Dans le cas contraire, ce ne serait qu'une perte de temps. La marque de Vanille était toujours là, et chaque seconde comptait. Elles ne pouvaient pas faire cadeau de ce temps précieux à l'ennemi. Elle ne pouvait pas prendre de décision tant que sa mémoire ne lui était pas revenue.

« Peu importe. J'attendrai que tu aies retrouvé ton amie pour que tu puisses me donner ta réponse. »

Même s'ils retrouvaient Vanille, elle ne pourrait pas lui répondre tant que ses souvenirs ne lui revenaient pas. Mais elle n'avait pas l'intention de parler de ça à Raines.

Chapitre cinq
Spoiler:
Rygdea n'était pas parvenu à mettre la main sur Vanille. Fang avait peine à le réaliser, mais deux jours avaient déjà passé, et le festival était sur le point de commencer.

Elle avait toujours des problèmes avec sa mémoire. Elle essayait de se rappeler de son enfance, ou des noms des gens qu'elle connaissait... Mais son esprit restait toujours aussi vide.

Comme promis, Raines la laissa retourner à l'air libre. On lui donna un petit appareil sans fil pour qu'elle puisse les contacter instantanément, ainsi qu'une sortie de téléporteur qui lui permettrait d'accéder à son arme rapidement.

Merci, pensa Fang. Même si ni l'un ni l'autre n'avaient tiré quoi que ce soit de leur « marché », elle avait quand même l'impression qu'elle était redevable à Rygdea.

Elle commença par aller au temple. Rygdea n'avait rien à ce sujet. Ce qui voulait probablement dire que ni lui, ni personne d'autre, ne savait comment y pénétrer. Comme ils avaient cherché partout et ne l'avaient pas trouvée, Vanille se trouvait certainement là.

Seulement quelques jours avaient passé depuis qu'elles avaient quitté le temple, mais elle s'y sentait à l'aise et confortable. Dans ce monde étrange, c'était le dernier vestige de son village qui lui restait.

Fang remarqua que les vêtements de cérémonie sur lesquels elles avaient dormi étaient maintenant éparpillés à travers la pièce. Vanille était bien venue ici, mais il n'y avait aucun signe de sa présence. Elle était peut-être déjà repartie.

Mais son arme était encore là. Fang commença à s'inquiéter. Vanille était dans la nature, sans rien pour se défendre. Elle devait l'avoir laissée pour ne pas attirer l'attention. Mais désormais, la ville grouillait de soldats. Ce qui n'était pas le cas lorsqu'elles s'étaient réveillées.

Fang fit le tour du temple encore une fois, juste au cas où, avant de repartir. Elle rassembla les vêtements et les plia correctement pour que Vanille sache qu'elle était passée si elle revenait.

Si seulement le fal'Cie Anima lui disait quelque chose. Où Vanille était allée, et si elle était bien passée par le temple. Ce vieil homme avait dit que le fal'Cie n'était pas satisfait de ses décisions. Il était possible que le fal'Cie de Cocoon avait un moyen de communiquer avec les humains. Ce qui n'était même pas envisageable avec un fal'Cie de Gran Pulse.

« Mais ce serait un peu énervant, s'ils parlaient. » dit-elle tout haut. Ils se contenteraient sûrement de donner des ordres et n'écouteraient pas ce que les humains auraient à leur dire. Un fal'Cie tout craché.

« On ne peut compter que sur nous-mêmes. »

Fang longea la plage où elles avaient pêché, puis s'aventura dans la forêt où elles avaient essayé de chasser. Quand elle retourna en ville, c'était déjà le soir. Fang jeta un œil au champ où elles avaient volé des légumes, mais Vanille ne s'y trouvait pas non plus.

« Et il n'y toujours personne qui s'occupe de cet endroit. » Fang regarda le champ laissé à l'abandon et ria. C'était sûrement parce qu'elle se trouvait sur Cocoon depuis trop longtemps maintenant, mais même ce champ lui semblait beau. Elle s'agenouilla et enfonça ses mains dans la terre. Vanille était peut-être venue ici, peut-être qu'elle avait fait la même chose. Fang savait qu'elle l'avait fait.

« Mais je ne peux pas l'attendre ici... » Fang tapa dans ses mains pour enlever la terre et se releva. Puis elle vit qu'elle avait laissé tomber quelque chose. C'était l'appareil sans fil. Elle l'avait complètement oublié.

Quand elle le ramassa, elle remarqua qu'une lumière clignotait. Il semblait que quelqu'un avait essayé de la contacter.

« Bon, comment ça marche, déjà... » Elle joua avec l'appareil comme elle l'avait fait avec la moto pour essayer de le faire fonctionner. Une connexion s'établit. Finalement, elle était plutôt douée pour ce genre de chose.

« T'étais où !? » cria Rygdea quand elle approcha l'appareil de son oreille. « Pourquoi tu n'as pas répondu ? »

« Désolée, j'avais oublié que j'avais ce truc. »

« J'y crois pas... » Elle l'entendit soupirer.

« Hé, je suis pas habituée à ce genre de connerie. »

« Peu importe. Je voulais te dire que la PSICOM était entrée dans le Vestige. »

« Le Vestige ? » Et elle se souvint : ils appelaient le temple le « Vestige de Bodhum ».

« Il paraît qu'ils y mènent leur petite enquête. »

« Pourquoi ? » Elle avait du mal à contrôler sa voix. « Qu'est-ce qu'ils cherchent ? »

« Je ne connais pas les détails. Ils nous ont simplement prévenus. Mais je sais qu'ils ont amené des monstres militaires avec eux. Non seulement ceux qu'ils utilisent pour pister, mais aussi ceux qu'ils utilisent pour chasser. »

Fang ne connaissait pas les monstres dont Rygdea parlait, mais à l'écouter, ça n'avait pas l'air normal du tout.

« Ils ont même déployé des soldats en armure. Ne t'approche pas d'eux. Ce n'est pas le genre d'ennemi dont tu peux te débarrasser toute seule. »

Quand Fang était allée au temple, elle n'avait pas vu le moindre soldat. Peut-être qu'ils étaient arrivés juste après son départ.

« Sinon, tu l'as trouvée ? »

« Je serais déjà revenue si c'était le cas. »

« Je vois. Il vaudrait mieux que tu te fondes dans la foule pour qu'ils ne tombent pas sur toi. Oh, attends une seconde... »

Il devait avoir reçu un autre appel. Mais il ne la fit pas attendre longtemps.

« Ne t'approche pas des quartiers de la force de sécurité. » dit-il. « On vient de recevoir une vidéo de leur système de surveillance. Une flotte de vaisseaux arrive à toute vitesse, ce n'est pas une simple fouille. »

« Je ferai attention.» répondit Fang. Elle éteignit l'appareil et commença à courir vers le temple. Elle faisait confiance à Rygdea, mais si Vanille y retournait, elle aurait des soucis.

Mais lorsqu'elle arriva près du temple, elle constata que Rygdea n'avait pas exagéré. Il était complètement cerné par des véhicules militaires. On aurait dit que l'extérieur du temple grouillait d'insectes. Elle avait du mal à l'admettre, mais elle n'avait aucune chance. Elle pouvait oublier Vanille, elle ne pourrait même pas entrer si elle s'y trouvait.

Ce n'était peut-être même pas la première fois qu'ils allaient dans le temple. Était-il possible qu'ils s'y soient rendus sans que Rygdea et la Cavalerie ne le sachent ? Ça expliquerait pourquoi elle n'y avait pas trouvé Vanille. Elle avait vu les soldats arriver et elle s'était enfuie en laissant son arme derrière elle. Ça doit être ça, pensa Fang. Vanille ne doit pas être ici. Il faut que je me contente de ça pour l'instant, et chercher ailleurs...

Il commençait à faire noir. Bientôt, elle n'y verrait pas assez clair pour pouvoir aller à sa recherche. Fang se hâta vers le centre commercial.


« Il ne fait pas sombre du tout. »

Le centre commercial et la plage étaient aussi éclairés et bondés qu'en plein jour. Les feux d'artifices illuminaient toute la ville.

Des éclairs explosaient dans le ciel, grondant et éclairant les visages autour d'elle. Fang pensait qu'elle trouverait rapidement Vanille avec toute cette lumière. Mais elle n'était pas là.

Fang avait exploré tous les recoins du centre commercial. Elle était allée à la machine où elles avaient acheté des boissons, à la boutique où on leur avait donné une carte... Elle était retournée dans chaque endroit qu'elles avaient visité. Mais toujours aucune trace de Vanille.

Il y avait trop de monde. Le centre commercial était encore plus bondé que d'habitude. C'était un atout quand on voulait se cacher, mais tout le contraire si on cherchait à trouver quelqu'un.

Exténuée, Fang décida d'aller se reposer dans le café qui se trouvait sur la plage. Elle réalisa que c'était celui dans lequel Rygdea avait essayé de trouver Vanille. Il lui avait dit que la serveuse était plutôt douée.

« Bonjour ! Un tabouret, ça vous ira ? » Elle sourit. Il lui avait aussi dit qu'elle était très gentille. Fang hocha la tête. Elle commençait à se sentir mieux. Elle était encore plus fatiguée qu'elle le pensait. Après tout, elle ne s'était pas reposée depuis qu'elle était revenue à Bodhum.

« Qu'est-ce que ce sera ? »

« À boire... Quelque chose de très doux. »

Elle acquiesça et attrapa un verre.

« Vous avez l'air plutôt fatiguée. »

« Ouais, j'imagine. »

« Vous faisiez les boutiques ? Vous avez trouvé quelque chose ? »

Bizarrement, elle ne trouvait pas ses questions déplacées. Peut-être parce qu'elle avait l'air d'avoir le même âge que Vanille. Fang pensa à son sourire.

« En fait, je cherche quelqu'un. »

« Oh, vous vous êtes perdus ? C'est le festival, ça arrive souvent. Un ami ? »

« Une amie. »

« Elle ressemble à quoi ? »

Fang allait répondre quand la femme s'adressa à quelqu'un derrière elle.

« Tu es en retard. Elle a dit qu'elle serait au même endroit que d'habitude. »

L'homme à qui elle parlait était grand et musclé. Fang se demanda s'il était un client régulier. Il fit demi-tour et partit rapidement, alors elle n'eut pas le temps de bien voir son visage. Seule l'impression laissée par les manches retroussées de son long manteau et par ses épais gants de cuir lui resta en tête. Il devait étouffer de chaleur.

« Désolée. Vous alliez dire ? » Elle lui servit son verre. Fang en but une gorgée, et elle était aussi douce qu'elle l'espérait. Un peu fade, mais pas autant que les autres boissons qu'elle avait goûtées depuis son réveil. Comme Rygdea l'avait dit, ce devait être un excellent restaurant pour un habitant de Cocoon.

Fang prit l'un des fruits qui étaient posés sur le comptoir et croqua dedans. Fade.

« Alors, cette fille que vous cherchez. Vous pouvez me la décrire ? »

« Elle a à peu près... Non, elle est sûrement un peu plus jeune que vous. Elle est peureuse, mais aussi curieuse. Elle est insouciante et naïve, mais très gentille. Et elle rit beaucoup... »

« Elle est mignonne ? »

« Ouais, mais c'est une vraie pleurnicheuse. » La serveuse savait écouter, alors Fang continua. « Quand elle est seule ou inquiète, elle pleure toujours. Mais si je tapote sa tête, elle oublie tout en un instant. Elle est comme ça... »

« Je vois... Hé bien, j'espère que vous la retrouverez bientôt pour pouvoir la rassurer. »

« Ouais... » répondit Fang en hochant la tête. Vanille n'est pas la seule à se sentir seule et inquiète, se surprit-elle à penser.

« Vous avez fait un vœu ? »

« Un vœu ? »

« Vous n'êtes pas au courant ? La légende dit que les feux d'artifices de Bodhum réalisent les vœux. »

« J'en ai... entendu parler, mais... » Ce n'était pas la première fois que cette histoire parvenait à ses oreilles.

« Mais ? »

Fang ne savait pas si les feux d'artifices de Cocoon réaliserait ses vœux à elle. Une habitante de Gran Pulse.

« Non, rien. »

« Pourquoi ne pas souhaiter la retrouver ? Ou souhaiter qu'elle ne soit pas en train de pleurer. »

Fang acquiesça et se leva. Elle était restée plus longtemps qu'elle n'en avait l'intention.

« Si vous ne la retrouvez pas, revenez me voir. Je vous dirai si quelqu'un l'a vue. »

« Ouais, merci. »

Fang paya avec sa carte et sortit. Il y avait encore plus de monde à l'extérieur qu'à l'intérieur.

« C'est comme chercher une aiguille dans une botte de foin... » Elle soupira et leva les yeux au ciel. Ou comme essayer d'attraper les feux d'artifices qui illuminent le ciel. Elle fit un signe avec ses mains. Sur Gran Pulse, c'était une prière, mais les habitants de Cocoon n'auraient aucune idée de ce qu'elle faisait. Est-ce que Vanille est aussi en train de regarder le ciel ?

Au même moment, l'appareil se remit à vibrer. C'était Rygdea. Elle espérait qu'il l'appelait pour lui dire qu'ils l'avaient retrouvée, mais sa voix était trop urgente.

« Où es-tu ? »

« Devant le café dont tu m'avais parlé. »

« Bien. Reviens au point de rendez-vous. On va venir te chercher. »

Ils avaient convenu qu'elle ne retournerait à bord du Lindblum que s'ils retrouvaient Vanille ou si le festival touchait à sa fin. Mais le ton de sa voix n'augurait rien de bon.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? »

« Quelque chose de terrible. On t'en dira plus à ton retour. »

Fang répondit qu'elle comprenait, et éteignit l'appareil. Elle avait un mauvais pressentiment.

Chapitre six
Spoiler:
Ils ne s'attendaient pas à intercepter une information pareille. Elle n'était ni brouillée, ni codée, et la première personne à l'avoir entendue était l'un des opérateurs radio du vaisseau. Il pensait que ce n'était qu'une blague. Si Rygdea n'était pas passé par là à ce moment-là, il n'aurait pas pris la peine de sauvegarder la transmission, et encore moins de la faire passer à ses supérieurs.

« Un fal'Cie de Pulse a été découvert dans le Vestige. »

C'était tout ce qu'elle disait. Si Rygdea n'avait pas été pas au courant des opérations de la PSICOM au Vestige, lui aussi aurait cru que ce n'était qu'une farce.

L'information s'était rapidement vue confirmer avec la mise en quarantaine du Vestige. Ils avaient ensuite appris que la quasi-totalité des forces de la PSICOM se dirigeaient vers Bodhum. Ils reçurent l'ordre de se replier immédiatement. C'était pour cela qu'ils allaient récupérer Fang. Elle n'avait pas encore retrouvé son amie, mais ils n'avaient pas le choix. La PSICOM travaillait trop vite. La propre force de sécurité de Bodhum avait aussi reçu l'ordre de se retirer, alors que le festival de feux d'artifices battait son plein.

« Mais qu'est-ce qui leur prend ? »

« Ils essayent probablement de gagner du temps avant d'être obligés de lâcher l'information. »

« Alors ils ont vraiment trouvé un fal'Cie de Pulse ? »

Même pour les officiers PSICOM les plus importants, ce devait être un choc. Les soldats qui avaient trouvé le fal'Cie avaient sûrement oublié de brouiller leur message sous le coup de la panique. Ils avaient utilisé une fréquence ouverte aux civils. D'autres personnes avaient sûrement aussi intercepté leur transmission.

« Quand ils auront fini d'établir le périmètre de quarantaine, ils révèleront l'existence du fal'Cie de Pulse. »

« Tu penses que les gens vont paniquer ? »

Raines hocha la tête. « Les habitants de Bodhum, au moins. » D'où le périmètre de quarantaine : si la panique explosait à Bodhum, elle ne se propagerait pas ailleurs. Isoler l'information et les habitants de la ville permettrait de garder le reste de la population sous contrôle. Les gens se fichaient des autres quand un problème ne les concernait pas directement. Ceux qui n'habitaient pas à Bodhum se désintéresseraient de la situation rapidement.

« Je n'arrive pas à croire qu'il y avait un truc pareil dans le Vestige. »

C'était pour ça que Fang avait insisté pour qu'ils restent à Bodhum. Même quand ils lui avaient dit que son amie s'était peut-être enfuie en dehors de la ville, elle avait simplement répondu que ce n'était pas possible. Ça ne leur avait pas vraiment semblé étrange, mais maintenant qu'ils savaient qu'il y avait un fal'Cie de Pulse, tout était clair. Fang et son amie étaient toutes deux des l'Cie. Elles ne pouvaient pas abandonner leur fal'Cie simplement parce qu'elles étaient traquées.

« Si seulement on avait retrouvé son amie avant qu'ils ne découvrent ce truc... »

« Malheureusement, j'ai bien peur que nous allons devoir abandonner les recherches. On ne peut pas s'en approcher, et encore moins y rentrer. »

Même s'ils arrivaient à passer les barrages, ils ne pourraient plus ressortir. Aider Fang à s'échapper d'Euride n'était déjà pas une promenade de santé, mais cette fois, la tâche serait encore plus ardue.

« Qu'est-ce qu'on va faire, maintenant... ? » Au même moment, le portable de Raines sonna.

« Est-ce que c'est... ? » Il n'avait même pas besoin de finir sa question. L'expression de Raines lui donna sa réponse. C'était un appel de leur taupe. Quelques jours plus tôt, Raines avait réussi à convaincre un membre de la PSICOM de rejoindre leurs rangs. C'était grâce à lui qu'ils avaient pu réagir rapidement et sauver Fang.

« Excuse-moi, pourrais-tu me laisser seul un instant ? »

Rygdea acquiesça silencieusement. Ils avait convenu que seul Raines devait connaître l'identité de leur homme. Rygdea savait simplement qu'il était haut-placé.

Il jeta un dernier coup d'œil derrière lui. Comme à chaque fois qu'il entrait en contact avec leur espion, Raines arborait une expression assez étrange. Rygdea n'arrivait pas vraiment à mettre le doigt dessus, mais il semblait vraiment différent. Peut-être parce qu'il n'aimait pas trop l'idée de travailler de cette façon avec un membre de la PSICOM. Rygdea supposait qu'il en valait le coup. Même s'il n'était même pas sûr qu'il s'agissait bien d'un homme.

« Bien, c'est l'heure de récupérer Fang. »

Il était loin d'être pressé de la revoir. Il allait devoir lui dire qu'il fallait qu'elle arrête de chercher son amie. Il imaginait déjà sa réaction.

« Elle va encore dire qu'on est ennemis... » Il pensait qu'ils allaient pouvoir travailler ensemble. Ils avaient un ennemi et une cause communs, et il pensait qu'ils pourraient se battre côte à côte. Mais maintenant...

Il se sentait déprimé comme jamais.

Chapitre sept
Spoiler:
« Tu te fous de moi !? » Fang voulut attraper Raines par l'épaule, mais Rygdea l'en empêcha. Elle était tellement furieuse qu'elle ne le remarqua même pas.

« Nous avons reçu l'ordre de quitter Bodhum. Nous n'allons pas pouvoir rester ici plus longtemps. »

« Vous... ! » Ils tentèrent de s'excuser, mais elle ne voulait rien entendre. « Laissez-moi descendre ! N'essayez pas de me retenir ! »

Elle savait que retrouver Vanille n'allait pas être facile. C'était pour ça qu'elle était restée sur le vaisseau comme une gentille petite fille. Elle avait même fini par apprécier tous les efforts qu'ils faisaient pour l'aider. Mais ils voulaient abandonner maintenant, alors que la situation devenait critique ?

« Calme toi ! »

« Me calmer ? Me calmer !? » Elle essaya de le repousser, mais Rygdea ne bougea pas d'un pouce.

« Les forces de la PSICOM sont en route. Je suis désolé, mais leur armement a été conçu spécialement pour neutraliser tout ce qui vient de Pulse. Ce serait du suicide. »

« Je m'en fous ! »

« Tu veux mourir !? »

« Qu'est-ce que tu crois !? » Elle préférait mourir que laisser Vanille devenir une Cie'th sans rien faire.

« Tout espoir n'est pas perdu. » dit Rygdea doucement. Sa colère s'évapora instantanément. Il avait l'air mal à l'aise, et il relâcha sa poigne légèrement.

« Quoi !? Mais tu viens de dire... »

« J'ai dit que nous devions quitter la zone. Je n'ai pas dit que nous allions arrêter les recherches. »

« C'est du pareil au même ! »

« Tu veux juste retrouver ton amie, c'est ça ? Alors tu n'as qu'à la rejoindre quelque part à l'extérieur de Bodhum. » dit Raines.

Fang, confuse jeta un regard à Rygdea. Mais lui aussi était intrigué.

« Qu'est-ce que... » Rygdea ne termina pas sa question. Fang se demanda s'il avait compris ce que Raines voulait dire.

« Le Sanctum a décidé d'organiser une Purge pour déporter toutes les personnes se trouvant actuellement à Bodhum sur Pulse. Non seulement les habitants de la ville, mais aussi les touristes qui sont venus pour le festival. »

Il leur expliqua que l'annonce officielle serait faite demain, et qu'ils commenceraient alors à déporter les gens.

« C'est pas vrai... » murmura Rygdea, la voix rauque. Il ne s'attendait visiblement pas à quelque chose d'aussi radical.

« Ils seront d'abord emmenés à la Cité Suspendue en train, puis envoyés sur Pulse. »

Rygdea lui dit que cette cité se trouvait aux limites de Cocoon. Il n'y avait que des monstres là-bas, et même les citoyens de Cocoon n'avaient pas le droit de s'y rendre.

« Si ton amie est à Bodhum, elle sera sur le train de la Purge. Nous ne pouvons pas nous approcher de la ville pour le moment, à cause de la PSICOM. Mais à la Cité Suspendue, ce sera une toute autre histoire. Et j'ai entendu dire que le Vestige contenant le fal'Cie sera aussi du voyage. J'imagine qu'ils vont concentrer tous leurs efforts dessus. »

« Tu veux dire qu'on devrait aller la récupérer à bord d'un train de la Purge. Mais c'est... »

« Stupide ? Ceci dit... » Il regarda Fang dans les yeux. « Même si nous arrêtons les recherches ici, nos ennemis seront toujours à ta poursuite. N'est-ce pas ? »

« Sauf que vous êtes toujours mes ennemis. »

« Je pensais t'avoir déjà expliqué ça. Nous voulons obtenir le pouvoir nécessaire pour renverser les fal'Cie... et le Sanctum. »

« Oui, j'avais compris. Tu crois que ta lutte pour le pouvoir m'intéresse ? »

« Ce n'est pas une question de pouvoir. Ce n'est pas ce que je veux. »

« Alors qu'est-ce que tu veux ? »

« Ne pas être considéré comme un mouton. Pas seulement moi, mais tous les habitants de Cocoon aussi. »

Fang crut voir quelque chose dans ses yeux. Quelque chose qu'elle avait déjà vu auparavant.

« Nous sommes humains. Nous avons notre propre volonté, nos propres sentiments, nos propres idéaux. Être humain, c'est être maître de son cœur. Nous ne sommes pas de vulgaires outils des fal'Cie. »

Et elle se rappela où elle avait déjà vu ce regard. Elle l'avait vu dans les yeux des personnes qui avaient perdu leurs maisons, détruite par les fal'Cie de Cocoon. Le regard de la douleur et du désespoir. Fang l'avait probablement déjà eu. Elle l'avait peut-être encore maintenant. C'était pour cela qu'elle n'avait jamais regretté d'être une l'Cie.

« Nous ferons tout notre possible pour trouver ton amie. Je te le promets. »

« Mais... » Rygdea essaya de protester, mais Raines l'arrêta d'un geste de la main.

« Ça fait partie de notre travail. Les existences de ces personnes vont être brisées parce qu'elles ont eu un supposé contact avec Pulse. Nous ne pouvons pas ne pas intervenir. »

« Bon... C'est bien parce que tu insistes. Même si je n'ai jamais entendu de plan aussi stupide. Je ne suis d'accord que parce qu'il n'est pas impossible à réaliser. »

Rygdea s'exprimait toujours avec un certain détachement, mais Fang voyait bien qu'il était sérieux. Ils allaient sauver Vanille, qui se trouverait à bord d'un train gardé par des soldats de la PSICOM. Ces derniers seraient en supériorité numérique et matérielle. Ça ne serait pas facile, et la Cavalerie allait probablement devoir faire des sacrifices.

« Alors je vous suis redevable... » Fang ferma les yeux un instant et pria. Elle pria que leur Tâche soit de détruire les fal'Cie de Cocoon, qu'ils puissent se battre ensemble et qu'elle n'ait pas à regretter cette décision. « Et quand mon amie... Vanille, nous aura rejoint, nous vous aiderons. Nous utiliserons notre pouvoir pour écraser les fal'Cie de Cocoon. »

Raines sourit légèrement. Elle n'arrivait pas à deviner ce qu'il pensait, mais ça ne la dérangeait pas. Tant qu'ils se battraient ensemble, elle n'aurait pas à s'inquiéter.


Le Lindblum se posa à la surface du lac Bresha le jour du départ du train de la Purge. Ils auraient eu du mal à cacher un vaisseau aussi grand dans la Cité Suspendue, alors ils avaient décidé de se poser plus loin et d'utiliser des véhicules moins imposants pour se rapprocher du train.

« Tiens bon, nous serons bientôt là... » murmura Fang en regardant la surface du lac. Elle était dans l'un des véhicules qui se dirigeait vers la Cité Suspendue.

« Oui, le train sera là dans une heure. Et on pourra fêter les retrouvailles. » dit Rygdea en riant. Au même instant, Fang vit un oiseau blanc à travers la vitre.

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

« Cet oiseau... » Elle le pointa du doigt, mais il était déjà loin. Ses ailes blanches se fondirent dans les nuages. Fang se rappela qu'elle l'avait vu quand Rygdea l'avait capturée. Elle croyait qu'ils la retiendraient prisonnière, mais c'était grâce à eux qu'elle avait pu rester en sécurité, et qu'elle était maintenant en route pour sauver Vanille. Cet oiseau lui portait vraiment chance.

Tout irait bien, cette fois. Elle avait même fait un vœu au festival de feux d'artifices. Ils allaient trouver Vanille... Ils devaient la trouver.

« Non, c'est rien. » Fang sourit et regarda devant elle. La Cité Suspendue était maintenant toute proche.

Partie V : Amis



Chapitre un
Spoiler:
quatorze années, il était peut-être un peu tôt pour décider que quelque chose n'avait pas d'exception du tout. Mais c'est vrai aujourd'hui, se dit Hope, en regardant sa mère qui lui tournait le dos.

« Non, non, ce n'est pas grave. Ne t'en fais pas. On s'amuse bien, tous les deux. Bowdam est une très jolie ville. L'hôtel est parfait, et l'océan est magnifique.»

C'était son père à l'autre bout du fil. Hope l'avait su dès l'instant où le téléphone avait sonné. Et il pouvait deviner pourquoi il avait appelé. Après tout, c'était la fin de la journée. Il pouvait voir le soleil se coucher de la fenêtre qui faisait face à sa mère.

« Je... Je vois. Je comprends. C'est dommage...»

Bingo, se dit Hope. La déception dans la voix de sa mère confirma ce qu'il pensait. Ils l'avaient appelé pour qu'il reste, il était trop occupé, il ne pourrait pas partir demain. C'était sûrement ce qu'il disait.

Ils étaient censés partir en vacances tous les trois. Dix jours à la plage, dans un petit appartement. Sa mère avait commencé à préparer leur voyage il y a six mois. Juste pour s'amuser et se relaxer, pas pour visiter quelque chose en particulier. C'était ce qu'elle disait. Allons passer du temps ensemble, tous les trois. Ça fait tellement longtemps.

Mais il savait ce qui se cachait derrière les paroles de sa mère. Avec un mari tellement occupé, et un fils qui arrivait à "l'âge difficile", celui de l'adolescence, ils s'éloignaient de plus en plus. Elle ne savait plus quoi faire. Alors elle pensait que s'ils allaient ailleurs, loin de la maison, ils auraient enfin du temps pour se parler. C'était du moins ce que la plupart des gens penseraient.

Hope n'était pas emballé par ces vacances. Il ne savait pas ce qu'il aurait bien pu raconter à son père s'ils étaient constamment ensemble pendant dix jours entiers. Le seul fait d'y penser l'énervait. Alors il s'était senti soulagé quand son père avait annoncé qu'il devrait partir en voyage d'affaires. Il avait dit qu'il les rejoindrait plus tard, mais Hope n'y croyait pas. À la dernière minute, il dirait qu'il devait assister à une réunion importante, il dirait qu'une personne important du Sanctum serait là, et il s'excuserait. C'était toujours comme ça. Que la promesse soit importante ou non, son père l'abandonnerait toujours pour son travail.

« Ça ira, ne t'inquiète pas. Nous n'avons même pas le temps de nous ennuyer, il y a tellement à faire. »

Sa mère se forçait à paraître joyeuse. Comme toujours. Il voulait lui dire qu'elle n'avait pas à faire ça. Elle pardonnait toujours tout à son mari. Elle s'inventait toujours des raisons et des excuses. Ton père n'a pas un travail facile, dirait-elle. Il a beaucoup de responsabilités. Des personnes importantes du Sanctum comptent sur lui. Il travaille dur pour tout le monde. Elle l'encensait tellement que c'en était triste. Mais il ne la remerciait jamais pour tout le temps qu'elle passait à le défendre.

Mon père s'en fiche complètement, pensa Hope. D'elle, qui est si gentille avec lui... ou de moi.

Il ne savait pas si sa mère ne le réalisait vraiment pas, ou si elle faisait seulement semblant de ne pas s'en rendre compte. Ça ne changeait rien. C'est mon père qui est en tort, se dit Hope.

« Demain ? Nous allons à Ewleede, comme prévu. Oui, ils ont déjà tout remis en ordre après l'accident. »

Il y avait eu un énorme accident à la centrale du canyon d'Ewleede, il y a trois jours. Toute activité avait été arrêtée, et les visites de la centrale avaient toutes été annulées. Ils venaient de finir de réparer les dégâts, et ils avaient fait savoir au public qu'ils accepteraient les visiteurs à partir du lendemain.

« Tout ira bien. Le fal'Cie a décidé que c'était sans danger, alors il n'y a pas de souci à se faire, non ? Tu es trop inquiet. »

Comme s'il s'en faisait vraiment, pensa Hope. Bien entendu, il ne le dit pas à voix haute. Il savait que ça ne ferait que rendre sa mère triste. Sa raison le savait, mais son cœur...

« Il ne vient pas, c'est ça ? Évidemment. » Ces mots lui échappèrent à l'instant où elle posa le combiné.

« Il n'y peut rien. Il y a eu un accident à Ewleede tu sais, c'est la panique au Sanctum, et le travail de ton père est aussi touché. Oh ! Mais il a dit qu'il serait là pour le festival de feux d'artifices. »

Et c'est reparti, encore une promesse qu'il ne tiendra pas. Il ne devrait même pas prendre la peine d'en faire.

« Peu importe, ne parlons pas de lui. Qu'il soit ici ou à la maison, il dirait les mêmes choses. Comment ça va, à l'école ? Tu travailles bien ? Rien d'autre. Il est comme... »

Hope allait dire "comme un vieux disque". Mais il vit la tristesse dans les yeux de sa mère.

« Ah oui, tu disais que tu voulais que je t'aide à faire quelque chose ? » dit-il, essayant de changer de sujet. C'est idiot de s'énerver pour quelqu'un qui n'est même pas là.

« Oui, c'est vrai. Tu veux bien laver ces légumes pour moi ? »

« Des légumes ? »

« Eh bien, puisque cet appartement dispose d'une cuisine, je pensais que ce serait un peu du gâchis de manger au restaurant tous les jours. »

Elle lui montra un grand sac en papier. Il sentait la terre. Ce n'était pas le genre d'odeur qu'il y avait dans une épicerie.

« Quand est-ce que t'as acheté tout ça ? »

« Ce matin, un habitant de Bowdam me les a donnés. »

Oh ouais, maman s'était levée tôt ce matin. Il s'était rendormi, et elle était partie faire un tour. Elle avait dû les acheter à ce moment-là.

« Ils m'ont dit qu'ils utilisaient ces ingrédients dans leur restaurant. Ils en achètent certains au marché, mais ils font aussi pousser leurs propres légumes. Tiens, nettoie-les. »

Elle lui donna des sortes de patates qui n'étaient pas en très bon état. Elle prit des feuilles mangées par des insectes. On ne trouverait jamais ce genre de chose dans une épicerie de Palumpolum. Ou ailleurs.

« Tu te fourres toujours dans les plans les plus bizarres. », soupira Hope en ouvrant le robinet. Ce n'était pas la première fois que sa mère faisait quelque chose comme ça.

« Mais c'était tellement intéressant ! Celui qui travaillait dans le champ était un jeune homme très séduisant, tu sais. C'est seulement quand il m'a dit qu'il travaillait dans un café que ça ne m'a pas paru bizarre. Et il y avait aussi un garçon plus petit, je pense qu'il avait deux ou trois ans de plus que toi. »

« C'est quand même étrange de choisir de travailler dans un champ. »

« Tu penses ? Ils avaient l'air de s'amuser. »

Des gens qui cultivent leur propre nourriture... Hope n'arrivait pas à le comprendre. Il y avait des usines dirigées avec attention par le fal'Cie qui produisaient de la nourriture en grande quantité qui était ensuite revendue à très bon prix. Il ne savait pas combien coûtaient des graines de légumes, mais si c'était comme les graines de fleurs, alors il était probable que faire pousser sa propre nourriture n'était pas moins cher.

« Et puis cette fille est arrivée, et ils ont commencé à parler, et il a fini par me donner ces légumes. »

« Tu n'as honte de rien. »

« Je suis une mère, je suis forte. »

Elle ria, et se mit à laver ses feuilles mangées par les insectes. C'était comme si elle avait complètement oublié sa conversation avec son mari. Si seulement on devait partir en vacances sans lui dès le départ, pensa Hope. Elle ne se serait pas inquiétée autant. C'est pour ça que je le déteste tellement. Je déteste les coups de téléphone, le soir...

Il frotta la terre qui était restée sur les légumes avec ardeur. Si seulement je pouvais balayer tout le reste aussi facilement, se dit-il.

Chapitre deux
Spoiler:
Le Canyon d'Ewleede était un site touristique très populaire. La centrale avait mis en place un circuit pour les visiteurs, et on disait que le paysage alentour était l'un des plus magnifiques de tout Cocoon.

Le fait que l'on pouvait y voir le fal'Cie Kujata, le fal'Cie en charge de la centrale, contribuait également à cette popularité. Les fal'Cie étaient importants, c'était à eux que les habitants de Cocoon devaient leur mode de vie, mais ce n'était pas souvent que tout un chacun pouvait en voir un de si près.

C'était pour cela que les personnes en visite à Bowdam allaient aussi au Canyon d'Ewleede. On pouvait y voir les dernières innovations technologiques, profiter du superbe paysage, et voir un fal'Cie. Ces trois choses expliquaient pourquoi autant de visiteurs s'y rendaient.

À côté de la centrale se trouvait une place sur laquelle s'alignaient les magasins de souvenirs, attendant les touristes. Les enfants en visite scolaire s'y rassemblaient par groupes, et on pouvait toujours y entendre leurs voix excitées. C'était le Canyon d'Ewleede que tout le monde connaissait. Mais c'était différent aujourd'hui.

« C'est complètement différent de ce que j'ai vu en vidéo... », murmura Hope. Ils étaient enfin arrivés à Ewleede. La place avait été fermée, de la rubalise barrant l'entrée. Des soldats en armure patrouillaient. Il n'y avait pas de vendeurs de nourriture ou de boissons, ni de vendeurs de ballons.

« L'accident devait être plutôt grave. Je n'arrive pas à croire qu'il y ait plus de soldats que de touristes. »

Sa mère avait l'air de s'amuser, ça ne la dérangeait pas le moins du monde. Mais elle ne pouvait cacher sa surprise devant un tel étalage de sécurité.

« Ça doit être dur pour ces soldats de Bowdam. Et ils seront aussi occupés avec le festival de feux d'artifices, bientôt. »

« Non, ce n'est pas leur uniforme. Ce sont des PSICOM... je crois. Mais ces gens là-bas, ce sont des soldats normaux. »

« Vraiment ? »

« Je pense. Kai m'avait montré une photo, une fois. »

Kai rêvait de devenir un pilote de l'armée depuis qu'il était petit, alors il en parlait beaucoup. S'il avait été là, il aurait su donner les noms des armes qu'ils portaient. Hope n'avait pas vu Kai depuis bientôt trois ans. Il avait déménagé avec ses parents, à cause de leur travail. Même s'il était juste allé dans la ville voisine, ils allaient dans des écoles différentes et ils ne se parlaient plus beaucoup. Au début, ils s'appelaient et s'envoyaient des e-mails, mais petit à petit, ils étaient de moins en moins...

« Hé, ce n'est pas le même magasin animalier que celui de Bowdam ? »

Hope interrompit le fil de ses pensées pour regarder la boutique que sa mère pointait du doigt. Le logo familier s'étalait sur la devanture du magasin.

« C'était pas l'endroit où ils vendaient ces bébés Chocobo ? »

« Oui, c'est ça. Ils avaient dit qu'il n'y en avait plus dans leur boutique d'Ewleede... Je n'arrive pas à réaliser tout ce qu'il s'est passé ici. »

Ça s'était passé le jour où ils étaient arrivés à Bowdam. Après avoir déposé leurs affaires dans leur appartement, sa mère avait dit qu'elle voulait aller faire un tour au centre commercial. Qui aurait pu penser qu'un accident pareil se serait alors produit à Ewleede ?

Des enfants passèrent en courant devant Hope. Ils doivent être en visite scolaire, se dit-il. Non, attends, c'est les vacances. Il doit y avoir une animation spéciale pour les enfants, ou un truc comme ça.

« Dépêche-toi ! Regarde, on est déjà en retard. »

Il y avait une fille comme ça dans toutes les classes. Ce genre de fille qui veut toujours que tout le monde se plie aux règles. Il y en avait une dans la classe de Hope. Il y en avait une ici. C'était sûrement inimaginable qu'il n'y en ait pas. Comme Cocoon sans fal'Cie était inimaginable.

« ... et puis j'ai fait cette visite organisée par le Sanctum. »

« Oh, celle de Sunleth ? »

« Oui, celle-là. »

Il se retourna. La fille avait dit ça avec fierté. Elle doit parler de cette sortie d'observation de la nature du Sanctum, pensa Hope. La Rive de Sunleth était l'une des rares réserves naturelles de Cocoon. Les citoyens n'étaient généralement pas autorisés à la visiter, comme elle servait à la recherche écologique. Ils pouvaient y aller seulement lorsque le Sanctum organisait des visites. Ça arrivait plusieurs fois dans l'année, c'étaient des écoles ou des groupes de ce genre qui y allaient la plupart du temps. Ils étaient choisis au tirage au sort, alors les inscrits n'étaient même pas sûrs de pouvoir s'y rendre.

Seuls les enfants chanceux allaient à Sunleth. Ce n'était pas étonnant que cette fille s'en vante. Kai l'avait sûrement fait lui aussi, dans sa nouvelle école. Il aurait dit qu'il y était allé avec son ancienne école.

« Qu'est-ce qu'il y a, Hope ? »

Sa mère se trouvait quelques mètres devant lui. Elle s'était arrêtée pour regarder derrière elle.

« Non, c'est juste ces enfants qui parlaient de Sunleth. J'étais en train d'y penser. »

« Oh, c'est vrai, ton école avait été tirée au sort. C'était il y cinq ans, non ? »

« Six. »

Quand Kai était encore là, et Elida aussi. Ils étaient toujours ensemble, tous les trois. Ils étaient ensemble à Sunleth. Il se rappelait courir sur le chemin derrière eux. Il se demanda si eux aussi se souvenaient toujours de leur aventure à Sunleth.

Chapitre trois
Spoiler:
À bord du vaisseau, tout le monde se mit à parler plus fort, l'excitation dans la voix. Au sol, de longues bandes de lumière se reflétaient sur le lac, brillants de mille feux. Toutes les variantes du vert coloraient la végétation. Ils venaient de survoler le quartier résidentiel de Sunleth, qui se trouvait à côté de la plus grande forêt naturelle de tout Cocoon.

« C'est le lac Shela ? »

« Hé, c'est quoi ce gros arbre, là-bas ? »

« C'est une montagne, ça ? »

Les enfants parlaient tellement fort qu'on aurait dit qu'ils allaient briser les vitres de l'aéronef.

« Très bien, calmez-vous les enfants ! »

Les voix des professeurs recouvrirent celles de leurs élèves. Avec dix ans d'expérience derrière eux, ils n'avaient pas bronché, mais le personnel du vaisseau regardait les enfants avec désapprobation. Généralement, seuls des passagers qui avaient les moyens de payer le prix fort montaient à bord. Ce qui voulait dire qu'ils ne voyaient que des membres du Sanctum en voyage d'affaires. S'occuper d'enfants n'était pas dans leurs habitudes.

La réserve naturelle se trouvait dans une zone qui n'était accessible que par une entrée bien spéciale, pour laquelle ils devaient utiliser un vaisseau civil très récent. Ainsi, le personnel ne l'utilisait qu'une ou deux fois dans l'année, et ils n'y étaient pas habitués.

Le vaisseau descendit progressivement et le Lac Shela se rapprocha. On ne voyait plus que la surface du lac depuis les fenêtres, et les enfants commencèrent à s'exciter à nouveau. L'une des maîtresses tapa dans les mains et leva la voix, « Écoutez ce qu'on vous dit ! ». Tout le monde se tut.

« Le vaisseau atterrira dans quelques instants. Nous ne nous poserons pas à côté du lac, et le plate-forme d'atterrissage ne sera que temporaire. Ne vous éloignez pas. Si vous avez compris, veuillez lever la main. »

« D'accord ! » répondirent les enfants d'une seule voix, en levant la main. Hope entendit quelqu'un à côté de lui dire, « Oh, ouah... ». C'était Kai. Hope garda sa main levée et lui demanda doucement :

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

« C'est vraiment difficile de se poser dans un endroit où il n'y a pas de piste d'atterrissage. »

« Oh ? »

« Et ce vaisseau est énorme, il faut être un pilote très expérimenté pour pouvoir se poser ici. »

Hope ne savait pas vraiment de quoi il parlait. Kai voulait être un pilote de l'armée depuis qu'il était petit, alors il savait tout sur ce genre de choses. Mais Hope n'y connaissait rien. Mais si Kai disait que le pilote était impressionnant, alors ça devait être vrai.

« De quoi vous parlez, tous les deux ? » demanda Elida. Elle était derrière Kai, penchée au-dessus de lui.

« Tu parles trop fort. » lui rétorqua Kai en fronçant les sourcils. Elida avait la plus belle voix de la classe, mais elle aussi la plus forte.

Ils s'étaient rencontrés quand ils étaient entrés à l'école primaire, à la cérémonie de début d'année. Ils s'étaient assis côte à côté, et également en classe, juste après. Ils étaient vite devenus proches. Ils faisaient toujours tout ensemble.

Leurs loisirs et leurs personnalités étaient complètement différents, mais ça ne les avait pas empêchés de devenir amis. Ils n'habitaient pas loin les uns des autres, et ils rentraient souvent de l'école ensemble. Hope et Elida étaient enfants uniques, mais Kai avait un petit frère, de trois ans son cadet. Il s'appelait Hal, et ils jouaient souvent tous les quatre ensemble. Année après année, ils se retrouvaient toujours dans la même classe. Même s'ils ne s'asseyaient pas tout le temps côte à côte, ils se retrouvaient toujours pour des sorties comme celle-ci, ou des choses de ce genre.

« Il dit que le pilote du vaisseau est vraiment impressionnant. » Hope s'était penché vers Elida pour le lui murmurer à l'oreille.

« Impressionnant ? Qu'est-ce qui est impressionnant ? » Elida se pencha encore plus. Kai allait le lui expliquer lorsque leur maîtresse leur tomba dessus.

« Hé, vous trois ! Arrêtez de parler et baissez vos mains. »

Ils étaient les seuls à encore lever la main. Ils les baissèrent rapidement, embarrassés, sous les rires de leurs camarades.

« C'est de votre faute ! » dit Elida en faisant la moue. À cet instant, le paysage arrêta de bouger. Il n'avait pas senti la moindre secousse à l'atterrissage du vaisseau. Hope n'y connaissait rien, mais il s'était bien rendu compte que le pilote était bon.

« Tu vois, pas mal, hein ? » remarqua Kai, comme si c'était lui qui avait posé le vaisseau.


La première chose que les enfants regardèrent en descendant, c'était ce qu'ils avaient sous les pieds. Ils n'avaient jamais rien vu de tel. Dans Palumpolum, il y avait des rues partout. Même dans les jardins, il n'y avait de la terre qu'à très peu d'endroits. Cette étrange sensation sous leurs pieds était surprenante, mais ce qu'il y avait autour d'eux l'était encore plus. C'était la première fois qu'ils voyaient autant de végétation.

« Écoutez attentivement ! Quelqu'un se rappelle des règles à respecter ? »

Tout le monde leva la main.

« Quelles sont les trois choses à ne pas faire ? Répétons-les tous ensemble ! »

« Ne pas courir, ne pas s'éloigner, ne pas pousser. »

« Très bien ! Vous n'êtes pas en ville, ici. On peut glisser et tomber très facilement, alors mieux vaut ne pas courir. Les monstres sont généralement tranquilles, mais si vous criez ou si vous faites trop de bruit, ils seront surpris et pourraient vous attaquer. Alors on reste silencieux, d'accord ? »

Ils avaient vu tout ça depuis qu'ils savaient qu'ils avaient été choisis. Les professeurs se doutaient bien que simplement leur dire de rester calmes ne suffirait pas, alors ils avaient décidé de le leur répéter encore et encore. Les soldats avaient déjà éloigné les monstres du chemin qu'ils allaient emprunter. Les seuls qui restaient étaient les plus inoffensifs, et on les dissuadait gentiment de se pas s'approcher des visiteurs.

Faire tout cela prenait beaucoup plus de temps que de tuer tous les monstres. Mais ils étaient étudiés, à Sunleth, alors ils ne pouvaient pas se débarrasser d'eux. Le père de Hope le lui avait expliqué.

« Et il y a encore une chose importante dont vous devez vous rappeler. Il y a beaucoup de ravins et de falaises ici, et c'est très dangereux. Ils ont installé des plates-formes et des cordes pour nous, mais seulement à certains endroits. Ne vous éloignez jamais du groupe ! Ces chercheurs vont nous guider, alors écoutez bien ce qu'ils vous diront. Tout le monde a bien compris ? »

Ils levèrent tous la main, et Hope jeta un œil au chemin qu'ils allaient suivre. À travers les arbres, il pouvait voir des pentes escarpées et des rochers acérés. Il se sentait un peu nerveux à l'idée de marcher dans cet endroit "très dangereux".

Selon ce qui était prévu, ils allaient partir du Lac Shela jusqu'à la Passe de l'Arc-en-ciel, puis suivre un sentier dans la forêt avant de faire demi-tour. Une fois de retour au bord du lac, ils déjeuneraient et auraient ensuite du temps libre. Hope pensaient que seuls ceux qui voulaient suivre le groupe le feraient. S'ils ne le voulaient pas, ils devaient pouvoir rester ici.

Les rives du Lac Shela étaient magnifiques. Des fleurs de toutes les couleurs poussaient tout autour. Un peu plus loin se trouvaient des arbres énormes, leur ombre synonyme de fraîcheur et de tranquillité.

Hope préférait jouer à l'intérieur. Il aimait jouer chez lui, ou aller chez Kai pour regarder des photos d'armes et de machines de l'armée. Mais comme Kai et Elida aimaient tous les deux s'amuser dehors, ils ne restaient à l'intérieur que les jours de pluie, ou quand Hal était trop malade pour sortir.

« Très bien, nous allons faire des groupes par classes. Le chemin est étroit, alors marchez à la queue leu leu ! »

Chaque classe avait un chercheur pour la guider. Contrairement aux professeurs, ils n'avaient pas l'habitude de lever la voix. Ils avaient tous un petit mégaphone.

La longue file d'enfants avança doucement. Ils étaient un peu moins de cent.

« Ces fleurs sont tellement jolies. » Elida tendit la main vers une fleur rouge pale, mais Hope l'arrêta.

« Tu n'as pas le droit. Ils ont dit qu'on ne doit pas toucher ou ramasser les plantes. Il paraît qu'il y en a qui donnent des rougeurs. »

« Je le sais. Je veux juste prendre une photo. » dit Elida en sortant un petit appareil photo de sa poche.

« Je me demande si une photo d'une fleur plairait à maman... »

Hope prit son propre appareil photo jetable. Les clichés seraient envoyés instantanément, ce qui était vraiment incontournable pour des sorties comme celle-ci. Ils n'avaient pas autant de mémoire que les appareils photo normaux, mais une fois qu'elle était pleine, les données étaient transmises automatiquement au terminal le plus proche. Ensuite, le jour-même, les photos étaient envoyées au domicile de celui qui les avait prises. C'était parfait pour les enfants susceptibles de faire tomber leur appareil photo et de le casser, d'autant plus qu'ils étaient faits pour être jetés une fois utilisés. Pouvoir utiliser toute la mémoire en une journée était également très pratique.

Hope prit la fleur rouge pale en photo. Il photographia aussi la fleur blanche qui se trouvait à côté. Ses fines pétales s'envolèrent dans la brise. Il le prit en photo également. J'espère qu'elles ne sont pas ratées, pensa-t-il. On ne pouvait pas voir des fleurs pareilles en ville. Et il n'y avait pas que ça. Les monstres qu'il pouvait voir au loin ne faisaient qu'ajouter au charme de Sunleth.

Hope était presque en transe, mitraillant le paysage avec son appareil photo. Il ne se rendait même pas compte qu'il était en train de grimper une colline.

« Hé, tu ne trouves pas qu'il y a... une odeur bizarre ? » lui dit Elida. Hope l'avait remarqué aussi, quand ils avaient quitté le bord du lac pour s'engager sur le chemin.

« Ça sent comme, beh, un médicament. » Kai renifla l'air et grimaça.

« Non, pas comme un médicament. Plutôt comme des herbes, non ? »

« Ouais, c'est un peu comme le genre de truc que papi boit. »

La chercheuse qui se trouvait devant eux, entendant leur petite conversation, se retourna et leur sourit.

« C'est l'odeur de la nature. De la terre et de l'herbe. »

Tous les enfants s'échangèrent des regards. Il y avait de la terre en ville. Ils avaient des pots de fleurs, et d'autres plantes qui poussaient ici et là. Mais ils n'avaient jamais rien senti de tel.

« La terre qui n'a pas été traitée ou purifiée a cette odeur. Les plantes qui poussent ici ont elles aussi une odeur bien particulière. »

Quand on y pense, c'est vrai que les fleurs ont aussi une odeur différente, pensa Hope. Pas aussi différente que ça, mais plus forte. Il s'était juste assez rapproché pour les prendre en photo, mais leur doux parfum était arrivé jusqu'à lui. Ça l'avait surpris.

« Regardez ! Un monstre ! » cria quelqu'un. Il vit quelque chose ramper au bord d'un ravin. C'était translucide et spongieux. Quel monstre étrange.

« C'est un Flambos Végétal. Son espèce génétiquement modifiée est comestible, vous savez. »

Choqués et incrédules, les enfants protestèrent.

« Je ne pense pas que je vais vous raconter ce qu'on en fait. Ce serait bête que certains d'entre vous soient dégoûtés et n'en mangent plus. » Elle cligna de l'œil en riant.

Leur sortie était sur le point de se transformer en débat sur quel genre de nourriture on pouvait bien faire avec un Flambos Végétal, lorsqu'ils atteignirent la Passe de l'Arc-en-ciel. La chercheuse l'avait probablement à l'esprit lorsqu'elle avait commencé à parler de ces monstres comestibles.

Lorsqu'ils arrivèrent en haut de la passe, le paysage balaya toutes leurs interrogations sur le sujet. Un énorme arc-en-ciel s'étendait devant leurs yeux, et la lumière du soleil transperçait les nuages. Il entendit le cliquetis d'un appareil photo. Ce fut comme un signal : tous les enfants se souvinrent qu'ils en avaient un. Ils ne perdirent pas une seule seconde de plus.

« Il y a beaucoup de jolis endroits, alors faites attention à ne pas utiliser toute votre mémoire. »

Sur ces paroles, les cliquetis s'arrêtèrent net. Hope avait dû se faire violence pour arrêter de faire des photos. Il avait utilisé presque toute la place qu'il avait.

« Si seulement j'avais pu amener un deuxième appareil photo. » dit Elida tristement. Ses camarades devaient sûrement se dire la même chose. Mais ils n'avaient droit qu'à un seul appareil par personne, c'était la règle.

« Très bien les enfants, regardez par ici. » La chercheuse parlait dans son mégaphone. Elle avait attendu qu'ils finissent de faire leurs photos pour commencer son discours.

« Comme chacun le sait, le climat et la météo de Cocoon sont contrôlés par le fal'Cie. Habituellement, il ne prévient pas les humains du temps qu'il fera. »

Mais il y avait des exceptions. Pour les tempêtes, la foudre, du vent très fort ou d'autres situations de ce genre, le fal'Cie avertissait le Sanctum, qui à son tour prévenait les citoyens pour qu'ils puissent se préparer. Les annonces du fal'Cie étaient toujours correctes, il ne faisait jamais d'erreur.

Il suffisait de les comparer aux soi-disant "prévisions" des humains, qui récoltaient des données sur les changements climatiques. Elles étaient généralement assez précises, mais ça ne restait que des prédictions qui étaient parfois erronées.

« Contrairement au reste de Cocoon, la météo de Sunleth est contrôlée par son propre fal'Cie. C'est parce que nous étudions les effets de la pluie, du vent et d'autres phénomènes climatiques sur les monstres et les plantes. »

Elida leva la main, voulant poser une question.

« Est-ce qu'il y a des monstres qui n'aiment pas la pluie ? »

Elida déteste la pluie. Ça doit être pour ça qu'elle a pensé à cette question.

« Bien sûr. Mais il y en a aussi qui adorent la pluie. »

Elida fit la moue, comme si elle aurait préféré ne pas avoir posé cette question. Hope et Kai ne purent s'empêcher d'étouffer un rire.

« Ce n'est pas au programme, mais au-delà de cette falaise se trouve une vallée où nous observons les monstres qui aiment la pluie et ceux qui la détestent. Nous contrôlons la pluie dans cette zone pour voir de quelle manière ils réagissent. C'est aussi pourquoi on voit très souvent des arcs-en-ciel d'ici. »

Papa avait dit que c'était la lumière qui se réfractait sur les particules d'eau dans l'air qui formait les arcs-en-ciel, non ? se demanda Hope. Je devrais lui poser des questions sur ces Flambos comestibles. Il devrait en savoir quelque chose.

« Bien, nous allons continuer. Droit devant se trouve la "Passe de l'Arbre Ombragé". Il y a beaucoup de plantes rares qui détestent la lumière du soleil là-bas. Mais le terrain est très glissant, alors faites attention lorsque vous faites des photos. C'est tout. » dit la chercheuse, éteignant son mégaphone.

Ils formèrent une ligne à nouveau pour continuer sur le chemin. Ils avaient dû monter pour aller du lac jusqu'au sommet de la Passe de l'Arc-en-ciel, mais ils étaient maintenant sur une pente douce. Malgré tout, il était plus difficile de marcher ici. Hope ne s'était jamais douté que de l'herbe et de la terre mouillées pouvaient être aussi glissantes. Le chemin était plat, sans le moindre caillou, mais il faillit tomber à plusieurs reprises. Lorsqu'il tomba pour de bon, il se retrouva recouvert de terre. La description de la sortie leur avait dit "d'apporter des chaussures de marche, et des vêtements susceptibles d'être salis". Il comprenait maintenant pourquoi.

Il était content d'avoir gardé de la place sur son appareil photo. Photographier la faible lumière qui éclairait les rochers, ou l'herbe aussi transparente que du cristal, lui fit oublier sa fatigue.

Arrivés au bout du chemin, Hope prit une ultime photo. La lumière indiquant que les données étaient envoyées s'alluma, puis s'éteignit. Ce n'était plus qu'une boîte vide. La rangeant dans sa poche, il se sentit anxieux. Il n'avait plus rien à faire.

Sur le chemin du retour, la progression s'avéra encore plus difficile. Ses jambes étaient lourdes.

« Aah, on peut rentrer à la maison, maintenant ? » se plaignit Hope.

« Sérieusement. » dit Elida, essoufflée.

« Mais on aura du temps libre quand on sera arrivés au Lac Shela ! »

Kai était le seul qui avait encore de l'énergie. Apparemment, tomber par terre ne le dérangeait pas. Ses mains et ses habits étaient entièrement recouverts de terre.

« Tu devrais faire plus attention, Kai. Tu vas te faire mal. »

Il répondit que tout allait bien, mais il tomba en arrière. Imperturbable, il se releva et continua à marcher.

« S'il dit que tout va bien, alors tout va bien. » soupira Elida.


Après avoir déjeuné et s'être reposé un peu, Hope sentit sa fatigue disparaître complètement. Lorsqu'ils étaient revenus au bord du lac, il pensait qu'il ne voudrait plus jamais marcher.

« Qu'est-ce qu'on fait ? On a encore plein de temps. »

Ici ils pouvaient courir et crier autant qu'ils le voulaient, personne n'allait venir les gronder.

« Grimpons sur cet arbre, là-bas. Je veux prendre des photos d'en haut. »

« Tu n'as pas encore fini, Kai ? Normalement, tu prends toutes tes photos d'un coup. » dit Elida, surprise. Hope pouvait sentir que la situation allait dégénérer, alors il les sépara avant qu'il ne soit trop tard.

« On ne peut pas monter sur les arbres et les rochers. Si tu tombes, tu vas mourir. »

Quand Kai et Elida avaient une idée en tête, rien ne pouvait les dissuader de la mettre à exécution. C'était toujours Hope qui devait essayer de les arrêter.

« Alors, comment tu vas monter ? Je pense pas que tu y arriveras. »

« Mais je l'ai promis à Hal. Je lui ai dit que je prendrai une photo vraiment cool pour lui. »

Ah ouais, c'est vrai, se dit Hope. Hal voulait venir, lui aussi, mais il n'était même pas encore à l'école. Kai avait passé un long moment à essayer de le calmer et de trouver quelque chose pour le consoler. C'était sûrement pour ça qu'il lui avait promis cette photo.

« Alors pourquoi t'en as pas pris une à la Passe de l'Arc-en-ciel... ? »

« Je l'ai fait ! Mais ce n'est pas assez. J'ai pris les monstres en photo aussi, mais c'est pas assez cool non plus, tu vois ? Je veux en prendre du haut de cet arbre. »

« Mais tu peux pas. Pas de cet arbre. »

« Qui ne tente rien n'a rien. » répliqua Kai, en cherchant quelque chose dans sa poche. Il fronça les sourcils.

« Qu'est-ce qu'il a ? »

Kai ne répondit pas, vérifia ses autres poches. Hope se sentit soulagé.

« Quoi ? T'as pas perdu ton appareil, quand même ? »

Il regarda dans les poches de son blouson, puis dans son sac. Après avoir vérifié tous les endroits possibles et imaginables, il finit par laisser tomber. Hope et Elida pouvaient savoir ce qu'il ressentait simplement en regardant son visage.

« Il doit être quelque part par là, j'en suis sûr. » dit Hope.

Tout le monde était d'accord. Alors ils cherchèrent aux alentours, mais ils ne trouvèrent rien.

« Tu l'as pas perdu sur le chemin ? Tu n'arrêtais pas de tomber. » remarqua Elida en montrant ses genoux sales.

« Non, je l'avais avec moi quand on est revenus. Je me demandais si je devais reprendre l'arc-en-ciel en photo ou pas. Je sais que je l'avais avec moi à ce moment-là. »

Alors il devait être quelque part entre le bord du lac et la Passe de l'Arc-en-ciel. Mais ils ne pouvaient plus y retourner : le chemin avait été barré. Les chercheurs voulaient éviter les intrusions extérieures au maximum.

« Hé Hope, il reste de la place sur ton appareil ? »

Généralement, Hope finissait toujours par prêter le sien. Kai et Elida prenaient toujours deux fois plus de photos que lui. Hope leur disait qu'ils devraient réfléchir un peu plus avant d'en prendre, mais ils lui répondaient que c'était lui qui réfléchissait trop. Ils finissaient toujours par utiliser son appareil photo tous les trois.

Mais aujourd'hui, c'était différent.

« Désolé, les photos ont déjà été envoyées. »

Il était impossible de réfléchir avant de prendre des photos ici. Sunleth était un endroit tellement magnifique. Que Kai n'avait pas fini d'en prendre était d'autant plus intriguant.

« Pour moi aussi. J'ai tout utilisé à la Passe de l'Arc-en-Ciel. » dit Elida.

Kai soupira.

« C'est fichu, alors. »

« Ne t'inquiète pas, je monterai mes photos à Hal. » Elida essaya de le consoler. « Hope aussi le fera. Ça devrait aller, non ? Il verra deux fois plus de photos. Je suis sûre qu'il sera content. »

Mais les photos arriveraient chez eux ce soir. Hal ne pourrait les voir que le lendemain, après l'école. Hope pensa à lui. Ils avaient l'habitude de jouer tous les quatre ensemble après l'école. Ça l'avait énervé qu'il soit le seul à ne pas pouvoir y aller. Il n'arrêtait pas de dire, « Pourquoi je peux pas venir ? »

Hal serait tellement déçu...

Non, ils devaient le faire. Ils devaient le faire, pour Hal.

« Allons le chercher. »

Kai et Elida furent pris au dépourvu.

« La Passe de l'Arc-en-ciel n'est pas si loin. On a qu'à chercher jusqu'à ce qu'on n'ait plus de temps libre. »

« Mais on est pas censés pouvoir y retourner. »

« Ça ira, il faut juste que personne nous voie. »

Ils échangèrent un regard. Ils n'auraient jamais imaginé que Hope dirait un jour une chose pareille.

« Mon père dit qu'il faut toujours tenir ses promesses, même si elles ne sont pas importantes. »

Il avait aussi dit que si on oublie une promesse faite à quelqu'un, l'autre personne s'en souviendra. Kai pouvait simplement dire qu'ils n'y pouvaient rien, et laisser tomber. Mais Hal aurait attendu toute la journée avec impatience pour rien.

« Allons le chercher. » répéta Hope. Même si Hal était plus petit, il était son ami. Elida ressentait la même chose.

« Ouais, sinon Hal sera très déçu. »

C'était décidé.

Chapitre quatre
Spoiler:
Ils ne pouvaient pas réemprunter le chemin principal. Les chercheurs avaient déjà commencé à nettoyer la zone. Ils décidèrent de prendre un autre passage. Ils ne savaient pas vraiment s'il menait au même endroit, mais il leur semblait que c'était le cas.

« On se retrouvera là-bas en passant par ici, non ? » dit Elida en se retournant, l'air inquiète.

« Ben, on dirait que ça va dans la même direction. Si on continue par là, on devrait tomber sur le chemin de tout à l'heure... »

Ils n'étaient pas très loin du lac, mais les voix de leurs camarades semblaient déjà terriblement loin. Hope se demanda si c'était vraiment la bonne direction.

« On devrait reprendre le chemin principal au retour. »

« Mais si on se fait attraper à l'entrée, ils vont nous gronder. »

« T'inquiète pas, d'ici là ils auront fini de nettoyer. »

« Mais les professeurs seront peut-être en train de surveiller. »

La forêt semblait bien trop tranquille, ils se sentaient obligés de parler fort de choses stupides. Quand ils étaient avec le reste de leur classe, ils n'avaient pas autant remarqué ce silence, mais maintenant qu'ils étaient juste tous les trois, ils trouvaient ça effrayant.

« Hé, regardez ! On dirait un fruit. » dit Elida gaiement. Elle pointa du doigt une branche qui pliait sous le poids de plusieurs fruits rouges et jaunes. Ils n'en avaient jamais vu d'aussi gros.

« Je me demande si on peut le manger. »

« T'as pas le droit de les cueillir. Franchement, Elida, si tu le pouvais, tu ramasserais tout ce que tu trouverais. »

« C'est pas vrai ! »

« Oh, mais sa couleur est très jolie... »

« Arrête, je te dis que c'est pas vrai ! » Elida commençait à s'énerver.

« Heu... Les amis ? » Kai coupa leur dispute. « Vous ne trouvez pas que cette couleur ressemble à celle de... vous savez, du truc qui est censé être comestible. »

Hope le remarqua aussi. Le monstre qu'ils avaient vu près de la Passe de l'Arc-en-ciel avait à peu près la même couleur. Il se rappela qu'il ne s'était pas trouvé si loin de leur chemin...

La terre se souleva brusquement devant eux, comme si un mur rouge s'était dressé. C'était bien le monstre. Son corps translucide se gonfla. Un Flambos Végétal, se dit Hope, terrorisé. Ses jambes se mirent à courir sans même qu'il ne s'en rende compte.

« Aaaah ! Il nous suit ! » cria Elida, au bord des larmes. Hope était le plus lent des trois, et il n'avait pas le temps de se retourner pour regarder. Il se contenta de courir aussi vite qu'il le pouvait. S'ils le laissaient traîner derrière, ce serait fichu pour lui. Il courut aussi longtemps qu'il eut du souffle. Il ne savait pas où ils allaient. Ils trouvèrent un rocher derrière lequel ils pouvaient se cacher, et plongèrent dans son ombre protectrice. Son cœur battait tellement fort qu'il avait l'impression qu'il allait sortir de sa poitrine.

« Il... Il n'est plus derrière nous... » Kai regarda de l'autre côté du rocher, puis s'assit, soulagé. Hope sentait que ses jambes allaient le lâcher. Il ne pouvait pas faire un pas de plus.

Ils s'assirent tous les trois côte à côte, respirant bruyamment. Hope eut un frisson. Si le sol avait été glissant comme tout à l'heure, ou si l'un d'eux avait heurté quelque chose, qui sait ce qui se serait passé. Ils avaient beaucoup de chance d'avoir pu s'échapper.

« Hé... On est où ? »

Ils avaient cru aller vers le chemin principal. S'ils n'étaient pas dans la bonne direction, ils auraient pu faire demi-tour. Mais c'était impossible, maintenant.

« Cet endroit a l'air... différent. »

Les arbres lugubres qui les entouraient auparavant avaient disparu pour laisser place à des falaises nues. L'herbe à leurs pieds était rare. C'était un endroit sec et désolé.

« On est arrivés d'où ? »

Ils avaient été tellement déterminés à se réfugier quelque part qu'ils ne savaient plus de quelle direction ils étaient venus. Il n'y avait que des parois rocheuses de tous côtés.

« Il faut qu'on aille vers l'arc-en-ciel... »

Mais les falaises leur barraient la vue. Ils pouvaient à peine distinguer le ciel.

« Je pense que c'est par là. »

« Non, non. C'est par là. »

Kai et Elida voulaient chacun aller dans une direction complètement opposée à l'autre. Hope ne savait pas lequel des deux avait raison. Ils n'avaient vraiment pas la moindre idée du chemin à prendre.

« Ben... On a qu'à continuer à marcher, alors. »

« Mais on n'est pas censés se déplacer quand on est perdu. »

« Ailleurs, peut-être, mais si un monstre vient nous attaquer ? On n'arriverait pas à s'enfuir. »

Le chemin était escarpé et inégal, ils ne pourraient rien faire si un monstre rapide venait à leur poursuite.

« Si on trouve un endroit en hauteur, on pourra voir le lac. Et on saura comment y retourner. »

« Oui. On s'est juste un peu éloignés du chemin, on pourra s'y retrouver si on voit le lac. » Kai était d'accord. Elida hocha lentement de la tête, encore hésitante.

« Oh, attendez une minute. » Hope ramassa une pierre aiguisée et grava une croix dans le rocher. « Allons vers la droite. Si on se trompe, on pourra toujours revenir ici. Et on aura qu'à essayer à gauche. »

« Ouah, Hope. T'es intelligent ! »

« C'est mon père qui m'avait appris ça. Il m'avait dit que si j'étais perdu dans un endroit inconnu, je devais faire en sorte de pouvoir revenir sur mes pas. »

« Ah, alors c'est ton père qui est intelligent. » Elida rit. Le fait qu'elle complimente son père, et pas lui, le rendit plus fier.

« Dépêchons-nous. Ils vont sûrement s'en aller bientôt. »

Ils hochèrent tous les trois la tête et se mirent en route. Même s'il était midi, la lumière était faible dans l'étroit passage entre les falaises. Ils marchèrent sans bruit. Ils avaient peur que leurs voix parviennent aux oreilles des monstres. Sans que l'un d'entre eux ait demandé à le faire, ils s'étaient pris par la main. Ils se sentaient ainsi plus forts, en quelque sorte, eux qui s'aventuraient dans un endroit qu'ils ne connaissaient pas.

Les parois miroitaient d'un bleu pale. S'ils n'étaient pas perdus, ils auraient trouvé cette lumière sublime. Mais désormais, même quelque chose d'aussi joli leur paraissait de mauvais augure. L'air était étouffant, et un vent chaud soufflait dans la crevasse.

Hope ne savait plus combien de temps ils avaient marché. Les parois de la falaise étaient toujours là, inébranlables. Enfin, au loin, ils purent apercevoir quelque chose qui avait l'air d'être d'une machine. Ils se regardèrent rapidement, comme pour se mettre d'accord, puis piquèrent un sprint. Ils pensaient qu'ils allaient pouvoir l'utiliser pour envoyer un message ou appeler quelqu'un. Si c'était la même chose que ce qu'ils avaient à la maison, ils pourraient même contacter leur maîtresse. Mais plus ils se rapprochaient, moins cette machine leur semblait familière ou pouvoir être utilisée par des enfants.

« Essayons juste ces boutons. »

« On ne devrait pas. Imagine qu'on le casse… » Mais avant que Hope ne puisse l'arrêter, Elida toucha le panneau. Il s'alluma.

« Tu vois, on pourra s'en sortir. » dit-elle fièrement. Mais à ses paroles, le panneau s'éteignit et redevint silencieux.

« Hein ? Ca ne marche pas ? Bon, ben, y'a plus qu'à faire comme maman me l'a appris… » Elida s'apprêtait à taper dans la machine avec son poing. Hope et Kai agrippèrent ses bras. Ils savaient tous deux ce que lui avait "appris" sa mère.

« Ça va pas ?! Tu vas le casser si tu fais ça ! »

« Y'a que ta mère pour faire marcher des trucs en tapant dessus ! »

Elida eut l'air vexée, mais elle baissa les bras.

« Alors qu'est-ce qu'on fait ? »

« Marchons encore un peu. S'il y a une machine ici, il doit y avoir des gens aussi. »

La progression était toujours difficile, le sol inégal et rocailleux, mais l'espoir de trouver quelqu'un leur avait redonné de l'énergie.

« Hé, c'est quoi ce truc ? »

Ils venaient d’atteindre l’autre bout du tunnel, lorsque Hope s'était retrouvé nez-à-nez avec une chose étrange qui flottait. C’était une boule lumineuse, à peu près de la taille d’une tête humaine. Elle semblait n'être constituée que d'eau, et elle frémissait dans l'air, juste devant eux.

« Hé ben, c'est pas un monstre, ça va pas nous attaquer. »

« On t'a dit de ne toucher à rien ! » crièrent Hope et Kai. Mais c’était trop tard. La main d'Elida se referma sur la boule. Le vent devint froid, et le ciel s'assombrit. Quelques gouttes d'eau tombèrent, puis un véritable déluge s'abattit sur eux. Ils savaient à quoi servait cette boule, maintenant. C'était un dispositif pour contrôler la pluie.

Ils retournèrent dans le tunnel en courant. C'était le seul endroit où ils pouvaient rester à l'abri de la pluie.

« On sait au moins où on va. Ils avaient dit qu'il y avait un truc pour la pluie près de la Passe de l’Arc-en-ciel, non ? Alors elle doit être de l'autre côté de ces falaises. »

« C'est bien joli, mais on fait quoi pour la pluie ? »

Hope allait leur dire d'arrêter de se disputer, lorsqu'il se rappela de quelque chose. Quand ils étaient à la Passe de l’Arc-en-ciel, la chercheuse avait parlé d'autre chose… « Il y a aussi des monstres qui aiment la pluie. » Et c'était ici qu'ils les étudiaient…

Je dois arrêter la pluie, se dit Hope, en courant vers la sortie. Mais il ne put pas aller bien loin. Il s'arrêta, et fit un pas en arrière. Juste devant lui se trouvait un monstre jaunâtre, une sorte de grenouille géante. Derrière, des monstres similaires mais de couleurs différentes se rassemblaient. Leurs pattes palmées se terminaient par des griffes acérées. Son corps tout entier se paralysa.

Il essaya de courir, buta sur son propre pied et tomba sur le dos. Il savait qu'il devait se relever mais il n'y arrivait pas. Il entendit un cri derrière lui. Elida aussi était encerclée par des monstres. Elle était la plus bruyante de leur classe, et son cri lui déchirait les oreilles. Hope se prit à espérer que les monstres seraient surpris et battraient en retraite.

Ils s'arrêtèrent de bouger un instant. Mais aucun monstre ne fuirait devant le cri d'un enfant. Ils se rapprochèrent lentement. Il pouvait distinguer des dents pointues dans leur gueules grandes ouvertes. Ils vont me manger, pensa-t-il.

Hope ferma les yeux et se mit en boule. Mais l'attaque tant redoutée n'arriva jamais. Tremblant de peur, il rouvrit les yeux. La pluie s'était arrêtée. Les monstres s'éloignaient peu à peu. Quelqu'un avait utilisé l'appareil pour la pluie.

« C'est le fal'Cie qui contrôle la météo… »

Peut-être était-ce le fal'Cie qui les avait sauvés. Mais il entendit Elida s'égosiller à nouveau.

« Regardez ! C'est le vaisseau ! » s'écria Kai. Ils pouvaient en effet le voir, de l'autre côté de la falaise. Peut-être qu'il les cherchait. Il faisait du sur-place. Le fal'Cie a dû appeler le vaisseau aussi, se dit Hope. Kai remuait les bras et criait.

« Tu peux te lever ? » Elida prit sa main et l'aida à se remettre debout. Il regarda autour de lui, mais ne vit rien qui ressemblait à un chercheur ou un fal'Cie.

« Dépêche-toi, Hope ! »

Il fit oui de la tête et se mit à courir derrière Kai et Elida, s'agitant lui aussi pour signaler leur présence.


Une fois à bord du vaisseau, on les emmena à l'écart de leurs camarades pour leur poser des questions sur ce qu'il s'était passé. Leur maîtresse les sermonna, leur disant que les monstres de Sunleth auraient pu les blesser. Ils s'y étaient attendus.

Kai récupéra miraculeusement son appareil photo. Un chercheur l'avait trouvé quand ils étaient en train de nettoyer la zone, et l'avait ramené. Ils n'auraient même pas eu besoin d'aller le chercher, en fait. Ils auraient dû se contenter d'attendre qu'ils n'aient plus de temps libre.

Je n'aurais jamais dû leur dire qu'on devrait aller le chercher, pensa Hope, pris de remords. Il ne savait pas ce que pensaient Kai et Elida, mais ils n'avaient pas l'air fâchés contre lui.

« C'est le fal'Cie qui a arrêté la pluie ? » demanda Elida à leur maîtresse. Elle avait dû se dire la même chose que Hope. Le fal'Cie était le seul qui aurait pu arrêter la pluie comme ça.

« C'était probablement un chercheur qui la contrôlait à distance, mais c'était surement le fal'Cie qui avait pris cette décision. »

Ce n'était pas non plus le fal'Cie qui avait contacté le vaisseau. C'était le panneau qu'avait touché Elida. Un chercheur avait remarqué que quelque chose d'étrange se produisait dans cette zone, et il avait deviné que quelqu'un s'était introduit dans la "Vallée de la Pluie".

« Ils ont dit que c'est très difficile de se poser là-bas. Si le pilote n'était pas aussi expérimenté, vous seriez probablement encore en train de chercher votre chemin dans le canyon. Vous devriez aller le remercier plus tard. »

Ils furent enfin autorisés à aller se rassoir.

« Kai, euh... » Désolé de vous avoir mis dans le pétrin, voulait dire Hope.

« C'était vraiment cool. » Kai ria et tapa Hope dans le dos. Il hocha la tête et sourit.

« Kai ! Prends ton appareil ! » Elida montra la fenêtre du doigt. C'était déjà le soir. De petites lumières étaient éparpillées au sol, contrastant avec le soleil couchant. C'était celles de la piste d'atterrissage de Sunleth. Kai la prit en photo sans perdre une seconde. Toute la mémoire de l'appareil était enfin utilisée, et la diode indiquant que les données étaient en cours d'envoi s'alluma. La photo que Kai avait promis à Hal, cette ultime photo, était une vue nocturne de Sunleth.

Chapitre cinq
Spoiler:
Que la promesse soit importante ou pas, il faut toujours la tenir, hein...

Hope réfléchissait à ces paroles. Je croyais en ce principe, se dit-il. J'y ai toujours cru. Mais même mon père, celui qui me l'a appris, l'a oublié.

Non, son père devait toujours avoir ce principe à cœur. Mais seulement lorsque ça ne concernait pas Hope ou sa mère. Si c'était pour le travail, il répondrait présent, de jour comme de nuit. Il en oublierait même de manger, enfermé dans son bureau. Pour lui, désormais, rien n'était plus important que ses obligations professionnelles.

Son père ne se rappelait plus des promesses faites à sa famille. Il ne les écoutait même plus. Depuis combien de temps Hope n'avait-il pas pris la peine de lui adresser la parole ? Bien longtemps. Je ne sais même plus de quoi je voulais discuter avec lui, pensa-t-il. Son père lui avait dit, « Désolé, je n'ai pas le temps, on en parlera plus tard. » La seule chose dont Hope pouvait se rappeler, c'était la façon dont il s'était débarrassé de lui. Il s'en souvenait comme si c'était hier. Quand son père était parti, il avait enfin réalisé quelque chose. Peu importe ce qu'il espérait ou ce qu'il voulait, il ne pouvait rien y faire.

« C'est dommage que tout soit fermé, mais on a au moins pu voir le fal'Cie Kujata. »

Les mots de sa mère le firent redescendre sur terre. Ils venaient de voir le fal'Cie de la centrale, et ils se dirigeaient vers la sortie. Ses pensées le harcelaient, mais il se contenta de regarder ailleurs et de faire semblant de ne pas être intéressé.

« C'était trop court. »

« La moitié de la centrale était fermée. Ils n'y pouvaient rien, tu sais. »

L'accident qui s'était produit à Ewleede était bien plus grave que voulaient bien le faire croire les communiqués de presse. Il suffisait d'y aller pour s'en rendre compte.

« Je me demande si le fal'Cie de Sunleth est comme celui-là. »

« Oh c'est vrai, vous y étiez allés. Vous n'aviez pas vu le fal'Cie ? »

« Nan. Ils nous ont expliqué qu'il contrôlait la météo, mais on a vu que des monstres. »

« Oh oui, je me souviens. Tu t'étais fait attaqué par des monstres, puis tu as eu une terrible fièvre. J'étais tellement inquiète. »

C'était peut-être parce qu'il s'était retrouvé nez-à-nez avec des monstres deux fois de suite à Sunleth, mais Hope était soudainement tombé malade sur le chemin du retour. Arrivés à Palumpolum, ils l'avaient tout de suite emmené aux urgences. À cause de ça, il n'avait jamais eu l'occasion de remercier le pilote du vaisseau. Kai et Elida avaient pu le faire, et ils le lui avaient raconté trois jours plus tard.

« Il est trop cool. C'était ce type un peu vieux qui avait des cheveux comme un nid d'oiseau. »

« Il a eu un fils y'a pas longtemps. »

« Quand je lui ai dit que je voulais devenir pilote, il m'a souhaité bonne chance ! »

Kai ne pouvait pas s'arrêter de parler de lui. Il n'avait jamais laissé tombé son rêve de devenir pilote, et cette rencontre n'avait fait que renforcer sa détermination. Hope était un peu jaloux. Même Elida avait un projet pour l'avenir. Elle voulait devenir chanteuse, alors elle était allée dans une école pour filles qui donnait des cours de musique spéciaux. C'était il y a un an.

Quand j'étais petit, je voulais devenir comme mon père...

Évidemment, son père était maintenant le parfait exemple du genre de personne qu'il ne voulait pas devenir. Quel que soit le travail qu'il ferait, il n'irait jamais jusqu'à ignorer ses proches. Il serait heureux tant qu'il serait un homme qui n'oublie pas ses promesses.

« … Tu ne trouves pas ? »

« Hein, quoi ? Désolé, j'écoutais pas. »

Il décida d'arrêter de réfléchir autant et d'écouter vraiment sa mère. Ne pas faire attention aux gens quand ils parlent serait exactement le genre de chose que ferait son père...

« Les gens qui viennent de passer disaient qu'un petit garçon a été gravement blessé au cours de l'accident. C'était tellement triste qu'ils n'osaient même pas regarder son père. »

« Je vois... »

« J'espère qu'il ne va pas mourir. Il n'y a rien de plus triste qu'un enfant qui meurt dans les bras de ses parents... »

C'est toujours triste quand un membre d'une famille meurt, pensa Hope, que ce soit le père ou le fils qui parte en premier. Surtout pour ceux qu'ils laissent derrière eux.

Hope ne le dit pas à voix haute. Bizarrement, il ne le pouvait pas.

« Heu, Hope... Est-ce que... tu es fâché contre ton père ? »

« Pas vraiment. »

« Il n'est pas très doué pour ce genre de chose, tu sais. Beaucoup de gens comptent sur lui, et il veut bien faire son travail. »

Il regarda le visage de sa mère, et son sentiment de dégoût s'effaça un peu.

« Je ne suis pas fâché. Il sera là pour le festival de feux d'artifices, non ? Alors ça va. Enfin, les feux d'artifices sont l'attraction principale, de toute façon. »

Sa mère avait l'air si heureuse. Peut-être que je devrais essayer de parler à mon père le soir du festival, pensa Hope. Bien entendu, il se contenterait de dire quelque chose comme, « Comment ça s'est passé ? », mais s'il pouvait juste revoir sa mère sourire de cette manière, ça ne le dérangerait pas...

Un soldat masqué marchait devant eux. Les réparations de l'accident auraient déjà dû être terminées, et les simples soldats de la centrale, se charger de la sécurité. Pourquoi y avait-il autant de PSICOM ? Un sentiment étrange et affreux lui noua l'estomac. Sa mère avait l'air inquiète. Hope essaya de paraître enjoué.

« Allez, rentrons à Bowdam. On a déjà vu le fal'Cie. »

Sa mère répondit elle aussi d'une voix légère, essayant peut-être de faire disparaître ce même sentiment.

« D'accord, allons au centre commercial. »

« Encore ? »

Il ne voulait plus penser aux soldats et au fal'Cie. Il voulait juste s'amuser. Hmm, peut-être que je parlerais à Kai et Elida quand je rentrerai à Palumpolum, se dit Hope. Si je lui dis que j'ai vu plein de soldats à Ewleede, Kai sera sûrement impressionné. Elida sera plus intéressée par le festival de feux d'artifices que par la centrale.

Ça va faire trois ans qu'on ne s'est pas retrouvés, tous les trois.

Ses vacances scolaires ne faisaient que commencer.

Partie VI : Présent



Chapitre unique
Spoiler:
« C'est tellement dur de lui choisir un cadeau d'anniversaire. » soupira Serah. Ils se tenaient devant une papeterie. Snow regarda son visage et trouva qu'elle était bien sérieuse... et qu'elle ressemblait comme deux gouttes d'eau à Lightning, qu'il avait rencontré quelques jours auparavant. Pas de doute, elles sont bien sœurs, pensa-t-il.

La devanture du magasin était remplie de livres antiques et de porte-plume en cuir. Serah les examina un moment, mais elle finit par secouer la tête et murmurer, « Ça ne va pas non plus... ».

Dans deux jours, ils fêteraient l'anniversaire de sa sœur aînée, Lightning. Snow et Serah étaient allés au centre commercial pour lui trouver un cadeau. Mais ils faisaient le tour des magasins depuis bientôt une heure, et Serah ne s'était toujours pas décidée.

« C'est vraiment si dur ? »

« Oui. Chaque année, je passe des heures à lui chercher un cadeau, mais je ne trouve jamais ce que je veux. »

« Pourquoi tu ne lui demandes pas ce qu'elle veut, elle ? »

« Je ne peux pas ! Je lui ai déjà demandé, et tu sais ce qu'elle m'a répondu ? »

« Que tu pouvais choisir ce que tu voulais ? » Snow avait dit ça au hasard, mais Serah fit de grands yeux.

« Ouah ! Comment t'as su ? »

« C'est juste quelque chose que je la vois bien dire. Tu sais, quelque chose qu'un parent dirait à son enfant. »

« Ouais... Elle a toujours été comme une mère pour moi. » Un sourire se dessina lentement sur les lèvres de Serah, mais elle l'effaça rapidement. « Et on ne doit pas cacher des choses à ses parents... » Elle jeta un regard aux bandages qui recouvraient le haut de son bras gauche. Elle n'avait toujours pas dit à Lightning ce qui lui était arrivé, mais Snow savait ce que c'était : un symbole de Pulse. Serah s'était aventurée dans le Vestige et avait été transformée en l'Cie par le fal'Cie de Pulse qui s'y trouvait. Elle était maintenant une ennemie de Cocoon. C'était pour cela que Serah avait voulu qu'ils se séparent. Mais il lui avait promis qu'il l'aiderait à trouver sa Tâche. Et à la mener à bien. Et après ça... il ne savait pas encore.

Il avait demandé autour de lui si quelqu'un savait quoi que ce soit à propos de Pulse ou des l'Cie, mais sans succès. Tous n'avaient entendu que des histoires quand ils étaient enfants, ou sur les bancs de l'école.

Mais il ne perdit pas espoir. Il commença à demander aux amis de ses amis, mais ça ne l'avait pas plus avancé. Pire que ça, même, puisqu'un type avait essayé de lui vendre des objets suspects. Il avait déguerpi sans demander son reste.

Il avait même pensé aller voir le fal'Cie et lui demander directement. Mais Serah l'en avait empêché.

« Tu ne sais pas ce qu'il se passera si tu mets le fal'Cie en colère ! » lui avait-elle dit. « Peut-être qu'il te transformera en l'Cie toi aussi, ou même pire ! Qui sait ce qui pourrait arriver aux habitants de Bodhum... »

Alors il avait laissé tomber l'idée. Il se fichait de devenir un l'Cie, mais il ne pouvait pas mettre les habitants de Bodhum en danger. Mais il ne pouvait pas non plus laisser Serah faire face à la colère du fal'Cie toute seule.

Et c'était comme ça qu'il en était arrivé là, sans la moindre piste à suivre. Mais il savait que tout finirait par s'arranger. Il ferait en sorte que tout se passe bien. Il y avait encore des centaines de personnes sur Cocoon à qui il n'avait pas demandé de l'aide. Tant qu'il ne l'aurait pas fait...

Il mit une main sur ses bandages, et la serra contre lui avec l'autre.

« Ça ira. Tu n'auras plus rien à cacher dans deux jours, d'accord ? »

Ils avaient décidé de tout dire à Lightning le jour de son anniversaire. Snow avait dit à Serah qu'il serait beaucoup plus facile de lui parler, et qu'en plus de ça, il serait avec elle. Elle lui avait simplement souri.

Mais elle avait toujours l'air de douter de sa capacité à pouvoir tout lui avouer. Parfois, même si ça ne durait qu'un instant, il la regardait et voyait de la tristesse dans ses yeux. Comme maintenant.

« Hé, regarde ça ! Ça serait parfait, non ? » Snow pointa du doigt un magasin de jouets, essayant de la faire rire. Un énorme Carbuncle en peluche se trouvait dans la devanture. Il était vert avec de longues oreilles et une grande queue, et il portait un costume de bouffon. Un Eidolon tout droit sorti d'un conte, il était fait pour avoir l'air mignon et amusant. Rien ne correspondait moins à Lightning que ça. Serah allait sûrement trouver ça amusant aussi...

« Tu as raison ! Ce serait vraiment parfait ! »

« Hein ? »

Serah courut vers le magasin.

« Euh, je ne crois pas que... » Elle est quand même pas sérieuse ? Ou peut-être que Lightning aime ce genre de jouets... ?

« Je plaisante ! » Serah ria. Elle fit un tour sur elle-même et lui tira la langue. Snow devait avoir l'air choqué, puisqu'elle éclata de rire. Snow sourit, l'air penaud. Elle m'a eu, se dit-il. J'allais presque imaginer Lightning dormir avec une peluche Carbuncle dans ses bras...

Ils continuèrent leur chemin en riant. Snow était content d'avoir réussi à la faire sourire à nouveau. Il ne voulait pas qu'elle soit triste, pas même une seconde.

« ...ci. » Il l'entendit murmurer.

« Hein ? Tu as dit quelque chose ? »

« Non non, rien. Hé, allons voir cette boutique. » dit Serah en tirant son bras. Il ne pouvait plus lui demander ce qu'elle avait dit, mais il n'en avait plus besoin. Elle avait parlé si doucement qu'il l'avait à peine entendue, mais il avait deviné qu'elle avait dit : « Merci ».

Il décida de faire comme s'il n'avait pas entendu. Lui poser la question ne ferait que la rappeler de ce qui l'attendait. Snow voulait simplement qu'elle oublie tout ça, et qu'elle soit heureuse.

« Ou alors, au lieu d'une peluche Carbuncle, on pourrait lui prendre une peluche Levianthan. »

« Tu n'as toujours pas laissé tomber l'idée ? »

« Je pensais juste que Leviathan allait mieux avec Lightning. »

« Ils n'en vendent même pas. Réfléchis un peu, Snow. » Serah rigola, puis s'arrêta, l'air excitée. « Je sais ! » s'écria-t-elle. « Je devrais lui prendre un porte-bonheur. Elle est un soldat, alors elle doit avoir plein de missions dangereuses, non ? »

« Hé bien, c'est elle qui est en charge des assauts du Régiment de Sécurité de Bodhum. »

« Elle est quoi ? »

« C'est ce qu'avait dit son supérieur. »

« Ça lui ressemble bien. » dit Serah, un sourire aux lèvres.

« Voyons voir... Un porte-bonheur, on doit pouvoir... l'avoir sur soi constamment. Ce serait bien, tu ne crois pas ? En plus, on le choisit ensemble. » Au même instant, Snow aperçut un magasin de bijoux. Parfait timing. « Si on allait voir là-dedans ? »

« Vraiment ? Je ne sais pas... Ce genre de chose ne l'a jamais vraiment intéressée. » dit Serah en penchant la tête. Puis elle se rappela de quelque chose, et sourit. « Oh, mais c'est la boutique de l'autre fois. Peut-être qu'ils auront aussi quelque chose pour Lightning. » Serah secoua ses boucles d'oreilles de chat. Snow portait un collier qui avait la même forme. C'était elle qui lui avait donné ce cadeau. Puisqu'ils étaient comme des chats errants, des « nora », ils avaient choisi d'appeler leur gang « NORA ». Serah n'avait pas attendu pour acheter les boucles et le collier. Snow n'avait jamais vraiment aimé les bijoux, alors il n'était pas très motivé pour le porter. Il était content d'avoir eu ce cadeau, mais il était trop gêné de le mettre autour du cou. Il lui avait fallu beaucoup de courage pour le faire, et il n'arrêtait pas de penser au simple fait de l'avoir sur lui. Il n'avait fini par s'y habituer que quand il avait commencé à passer toutes ses journées avec Serah.

Si c'était le même magasin, alors ils trouveraient sûrement ce qu'ils cherchaient. Un cadeau pour Lightning et... autre chose.

« Hmm ? Il y a quelque chose qui cloche. » Serah inspecta la boutique du regard.

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

« On dirait qu'il a plus de gens que d'habitude. Et ils n'ont pas l'air d'être du coin. »

Comme il n'était jamais allé dans cette boutique, Snow ne pouvait pas en témoigner. Serah lui dit que la première fois qu'elle était venue, il n'y avait que des jeunes femmes. Aujourd'hui, il y avait des personnes âgées, des couples avec des enfants, toutes sortes de personnes. Snow était soulagé. Il n'aurait pas tenu longtemps dans une boutique fréquentée exclusivement par des jeunes femmes.

« Ben, ça ne fait rien, non ? »

« J'imagine. Tu penses qu'on va trouver un cadeau, ici ? »

« Oui, sûrement. » répondit-il sans trop lui prêter attention, plus intéressé par le côté du magasin où étaient exposées les bagues. Demain, ce serait le festival de feux d'artifices, qui étaient supposés réaliser les souhaits de ses spectateurs. Il avait prévu de demander Serah en mariage ce jour-là. Et bien entendu, il avait besoin d'une bague. Il avait pensé qu'il trouverait quelque chose de convenable dans cette boutique, puisque Serah y avait acheté ses bijoux.

Il observa les bagues en exposition, et compara leur taille aux minces doigts de Serah. Elles lui iraient à merveille. Mais lorsqu'il regarda ses propres mains...

« Même pas la peine d'y penser. » Il avait parlé à voix haute sans s'en rendre compte. Serah le regarda d'un air étrange.

« Tu vas bien ? »

« Euh... Oui, ça va. » répondit Snow, reportant son attention sur les bijoux. Même la plus grande des bagues qu'il avait devant lui ne lui irait pas. Ses doigts étaient deux ou trois fois trop larges. Sans compter que ce genre de chose se casserait facilement s'il venait à frapper des monstres. Y avait-t-il pire mauvais présage que de casser sa bague de marié ?

« Peut-être qu'une bague n'est pas une si bonne idée... Ça ne doit pas forcément en être une. »

« Tu as raison, ce ne serait pas très pratique pour elle... » dit Serah.

Il n'avait pas voulu le dire à voix haute, mais il avait fait la même erreur une seconde fois.

« Elle devrait l'enlever pour ses missions. Ce n'est pas un bon cadeau si ça la gêne pour son travail. »

« Heu... Ouais... »

Il ne s'était jamais autant détesté pour ne pas savoir la fermer. Ne dis rien qui pourrait lui mettre la puce à l'oreille, se dit-il en examinant la vitrine suivante. Je pourrais porter quelque chose comme ça, continua-t-il, toujours dans sa tête. Plusieurs rangées de bracelets, de toutes les tailles et de toutes les formes, s'étalaient devant lui. Certains avaient des designs très élaborés, d'autres étaient ornés de pierres, et il y en avait même qui ressemblaient à des menottes avec une serrure et une clé. Celles avec les pierres sont pas mal, pensa-t-il. Il suffirait de choisir une taille un peu large et elle m'irait parfaitement. Mais à l'instant même où il s'était décidé...

« Oh, ce serait parfait pour ma petite Marie-chou ! » Une femme tendit la main et prit le bracelet que convoitait Snow.

« Euh... » Marie-chou ? Voilà pourquoi j'ai horreur des vieilles, pensa-t-il en regardant la femme qui se tenait à côté de lui.

« Regardez comme elle est mignonne avec ça ! » La femme en question, d'un certain âge, tenait un petit chien dans ses bras. À son cou pendait le bracelet.

« Elle s'en sert comme d'un collier... »

« Oh ! N'est-ce pas adorable ? »

Serah tapotait la tête de la dénommée « Marie-chou ». La pierre du bracelet qu'elle portait autour du cou se balançait dans la lumière, la chienne remuant furieusement la queue.

« Bon, on oublie ça... »

« Ouais... Lightning doit porter quelque chose autour du poignet. Une sorte d'appareil. Mais pas toujours. Je crois que ça dépend de la mission. »

« On continue, alors... »

Ils ne parlaient pas la même chose, mais Snow ne pouvait évidemment pas la corriger. Ils passèrent à la vitrine suivante.

« Hmm... Des boucles d'oreilles ? » Mais Serah en avait déjà. S'il lui en donnait d'autres, elle ne pourrait plus les porter.

« Et c'est pas comme si elle avait quatre oreilles... »

« Hein ? Quatre quoi ? »

« Rien, rien. » répondit Snow en faisant un geste de la main. Une fois de plus, il avait parlé à voix haute par mégarde.

« Attends... Mais on peut arriver à quatre. » Serah et lui ensemble, ça faisait quatre oreilles. Il leur suffisait de partager les boucles.

« Snow ? Tu es sûr que ça va ? T'es bizarre... »

« Ah... Tu trouves ? » Oups. Il allait lui dire de ne pas s'inquiéter et de l'aider à choisir des boucles d'oreilles, mais une voix attira son attention.

« Hé, regarde celui-là, il est en forme de cœur ! »

La personne qui avait parlé n'avait pas l'air très intelligente. Snow savait qu'il ne devrait pas se retourner pour regarder, mais il ne pouvait pas s'en empêcher.

« Oh, ne sois pas si bête, Mimi ! »

C'était un jeune couple qui n'avait visiblement pas honte de son apparence. Même si la boutique était bondée, ils avaient un espace vital relativement large. Ils étaient si près l'un de l'autre qu'on ne les distinguait même plus. Leur simple attitude semblait défier la décence et les lois de la physique. Snow regarda leurs oreilles plus attentivement. Ils portaient chacun la moitié d'une paire de boucles.

Snow regarda autour de lui, et vit un autre couple porter la même paire de boucles d'oreilles à deux. Et encore un autre. Apparemment, la pratique était populaire.

« Hé bien, je crois que je peux tirer un trait là-dessus... »

Snow n'avait jamais aimé se plier à la mode du moment. Il détestait faire la même chose que tout le monde. Ce n'était pas un simple cadeau qu'il voulait lui donner, c'était une demande en mariage. Il ne pouvait pas lui offrir quelque chose d'ordinaire.

« On va dans un autre boutique ? »

« Oui, je ne crois pas qu'on va trouver quelque chose pour Lightning ici... »

« La terrible Lightning. »

« Ouais ! » dit Serah en riant.

« Mais tu as raison, c'est difficile de trouver quelque chose... » Snow avait pensé qu'au contraire, ce serait facile, et qu'il n'aurait pas eu de problème pour trouver quelque chose qui reflèterait ses sentiments.

« Désolée de te traîner partout avec moi... »

« Non, ce n'est pas ce que je voulais dire. C'est juste que j'essaye de trouver quelque chose qui puisse montrer à quelqu'un ce que je ressens, tu sais ? Mais rien ne semble assez bon. Rien du tout. »

À moins de lui offrir tout Cocoon.

« Ouais, c'est pour ça que je ne sais jamais quoi lui donner. Je me dis toujours que je peux trouver mieux. » Serah sourit. « Mais tu sais quoi ? Quand elle est heureuse d'avoir eu son cadeau, tous mes doutes s'envolent ! »

« Je vois... »

« Ouaip. Hé, attends. Snow ? Qu'est-ce que tu voulais dire à propos de tes sentiments ? »

« Heu, rien ! Rien du tout ! Allez, allons voir ailleurs. »

Il avait encore trop parlé. Combien de fois allait-il devoir changer de sujet ? Il commençait à perdre confiance en lui-même. Ils sortirent de la boutique.

« Après tout, c'est pas comme s'il n'y avait que ce magasin en ville. » Il y a d'autres magasins de bijoux, pensa Snow. Il se retourna une dernière fois, et vit une paire de colliers exposés dans la devanture. La boutique était tellement bondée qu'il ne les avait pas remarqués quand ils étaient entrés.

« Pars devant, je te rejoins tout de suite. »

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

« Toilettes. »

Serah ria et lui fit signe de la main en s'éloignant.

« Excusez moi ? J'aimerais voir les colliers qui sont dans la devanture de plus près... » Snow s'était adressé à une vendeuse. Et il se rendit compte, surpris, qu'il la connaissait. « Sonia !? »

« Snow ! Ça fait tellement longtemps. »

Sonia avait grandi dans la même ville que Snow. Elle avait trois ans de plus que lui, et il la considérait comme sa sœur. Une sœur très effrayante.

« Combien de temps ? »

« La dernière fois qu'on s'est vus, on était encore des enfants. » dit-elle en souriant. Elle fit signe à un autre vendeur d'aller chercher les colliers. Elle n'a pas du tout changé.

« Oui, madame. » dit le vendeur en s'inclinant. Snow était surpris. Apparemment, elle n'était pas seulement autoritaire, mais aussi la gérante du magasin.

« Sonia, ne me dis pas que cette boutique est à toi ? »

« Hé bien, ça ne fait même pas un mois. Il y a toujours plein de monde, alors c'est plutôt stressant comme boulot. »

C'est grâce à elle que cette boutique a autant de succès, pensa Snow. Grâce à son travail.

« Qu'est-ce que tu faisais avant de venir ici ? »

« Je travaillais à Palumpolum. J'y étais allée juste après avoir terminé l'université, à vrai dire. »

Snow et elle se connaissaient depuis moins d'un an lorsqu'elle était partie en internat. Sur Cocoon, tant qu'on était assez bon et qu'on le voulait, on pouvait entrer dans n'importe quelle école. Le Sanctum payait les frais de scolarité, alors l'argent n'était pas un problème pour les orphelins ou les parents célibataires. Les fal'Cie et le Sanctum assuraient la sécurité de tout Cocoon. Tant qu'on ne brisait pas la loi, on pouvait vivre comme on le voulait.

Mais Snow avait toujours trouvé que quelque chose n'allait pas dans ce mode de vie. Ça ne lui semblait pas naturel. Il pouvait prendre autant qu'il le voulait au Sanctum, mais il faisait toujours en sorte d'en prendre le moins possible.

Alors ils cultivaient leurs propres produits, et chassaient les monstres eux-mêmes. Ils voulaient faire les choses à leur manière. Mais évidemment, ils ne pouvaient pas tout faire tous seuls.

« Snow, ne me dis pas que tu n'as pas de travail ? Est-ce que tu passes toutes tes journées à ne rien faire ? »

« Non, c'est pas... »

« Snow ! Tu es un adulte maintenant, il est grand temps pour toi de changer. »

« Mais, ce n'est pas... » Sa capacité à écouter les autres était toujours aussi limitée, semblait-il. Elle faisait toujours comme si elle était la mère de tout le monde.

« Cette fille qui était avec toi, c'est ta petite amie, non ? »

« Oui... ? »

« Hé bien, fais-le au moins pour elle. Trouve un travail et fais quelque chose de ta vie ! Tu ne veux pas qu'elle soit triste, non ? »

« Non, jamais ! Je vais faire de Serah la personne la plus heureuse de tout Cocoon ! » Tout le monde leva la tête pour le regarder avec surprise. Il se rendit compte qu'il avait dit ça en criant. Même le vendeur qui était parti chercher les colliers était choqué.

« Tu es toujours le même. »

« Je te renvoie le compliment, Sonia. »

« Mais chez toi, il est plus prononcé. » dit-elle en riant. Elle prit les colliers des mains du vendeur. Une petite sculpture de Cocoon en métal, avec une bague pendant au bout d'un chaîne.

Son choix était fait dès l'instant où il le vit. Il avait pensé qu'il ne pourrait pas montrer ses sentiments à Serah à moins de lui donner tout Cocoon. Mais même ça, ce ne serait pas assez. Alors il lui en offrirait deux, et ils en porteraient chacun un...

« C'est joli, non ? La personne qui les a faits est mon amie. Ça ne t'évoque pas « le couple le plus heureux de Cocoon » ? »

« Le couple le plus heureux de Cocoon... ? Ouais... »

C'était absolument parfait, il ne pouvait pas rêver mieux. Il ferait de Serah la mariée la plus heureuse de Cocoon.

« Donne-moi une minute, je vais les emballer. »

« Non non, ça ira. Je ne veux pas faire attendre Serah plus longtemps. »

Il paya et quitta la boutique, les colliers dans les mains.

« Hé, Snow ! »

Snow sortit en vitesse. Il avait été si content de retrouver une vieille connaissance qu'il avait parlé plus longtemps qu'il ne l'avait voulu. S'il perdait plus de temps, Serah allait venir à sa rencontre. Il ne pouvait pas se faire surprendre.

Il regarda autour de lui, mais il n'y avait aucune trace de Serah. Il avait réussi à sortir sans se faire remarquer. Mais il avait toujours les colliers à la main. Il les fourra dans sa poche.

« La plus heureuse de Cocoon... Parfait ! » Il serra les poings et hocha la tête. Demain, il ferait sa demande en mariage à Serah, et il souhaiterait leur bonheur au festival de feux d'artifices.

Serah ne savait pas quelle était sa Tâche, et l'horloge tournait. Quand il y pensait, il avait l'impression de regarder un océan en furie depuis le bord d'une falaise. Et qu'ils n'avaient nulle part où s'enfuir.

Mais il ne pouvait pas être défaitiste. Il le devait à Serah, ou elle ne ferait que s'inquiéter davantage. Alors il décidé de croire en leur futur. La falaise était peut-être abrupte, mais l'océan était clair et magnifique.

« Snow ! » Quelqu'un l'appelait dans son dos. Il se retourna pour voir Serah courir vers lui en secouant les bras.

« J'ai trouvé un cadeau ! » dit-elle en lui faisant signe de s'approcher.

« Tu cherchais un porte-bonheur, non ? »

« Oui. Quelque chose qu'elle pourrait toujours garder sur elle. »

Il se tenaient devant une boutique qui vendait des lames. Serah sourit à pleines dents et pointa quelque chose dans la devanture.

« Ça ? » Un couteau de survie. Il n'y avait pas la moindre décoration, et il avait l'air d'avoir une réelle utilité. Ça ne ressemblait pas à un cadeau d'anniversaire. « … Pourquoi ? »

« Ben, j'ai pensé que puisque je voulais lui donner un porte-bonheur, ce serait parfait. On dit qu'une lame peut être utilisée pour exorciser le mal. »

« Exorciser le mal.. ? » Snow avait entendu parler d'épées, mais c'était là un couteau de survie. Ce n'était pas tout à fait la même chose.

« Et j'ai lu dans un livre qu'avec un simple couteau, on peut survivre à de nombreuses épreuves. » dit Serah d'un ton sérieux. Ses yeux semblaient perdus au loin. « Elle doit aller dans plein d'endroits différents pour son travail. Elle ne sait jamais ce qui peut lui arriver. Je veux qu'elle puisse survivre quoi qu'il arrive, et rentrer à la maison en bonne santé. »

« Alors tu veux lui donner un couteau de survie. »

« C'est bizarre ? »

« Non, pas du tout. »

Survivre quoi qu'il arrive. Un autre vœu qu'il pourrait faire.

« D'accord ! Allons l'acheter. »

Serah hocha la tête en souriant. Snow passa son bras sur ses épaules et franchit la porte du magasin.

Partie VII : Demain




Chapitre un
Spoiler:
Ce jour-là, la tragédie s'était abattue sur nous.

Sur la terre du flamboyant esprit de Pulse, une terrible créature s'élança de la tanière de Lindzei.

Avec sa main droite maudite, elle déchira la terre, l'éclatant en mille fragments qui frappèrent le peuple qui habitait ce pays.

Avec sa main gauche maudite, elle déchiqueta les montagnes, les émiettant en dix mille fragments qui massacrèrent les créatures qui habitaient ce pays.

Avec ses deux mains maudites, elle tira la rivière, source de toute vie, de son lit, et l'envoya s'écraser contre les habitants et les créatures de ce pays, les faisant disparaître à jamais.

Elle dévora les fruits de ce pays, la propre nourriture de ce peuple. Elle prit la terre fertile dans ses mains, en fit une immense boule, et l'emporta avec elle. Avec sa main droite maudite, elle arracha les métaux du plus profond des entrailles de la terre, s'en empara avec sa main gauche maudite, et les emporta avec elle aussi.

Elle réduisit les bâtiments à l'état de gravats, et les emporta sans en laisser la moindre trace.

Seules furent gaspillées les vies indénombrables de ces habitants.

Des cris de douleur et de terreur envahirent le pays, mais la destruction suivit son court. Très vite, on n'entendit plus que le silence de la mort.

Ses méfaits accomplis, elle s'envola dans le ciel. Seuls deux enfants, tremblants et perdus, étaient encore là pour la regarder partir. La regarder retourner dans le repaire des démons voleurs, cette sphère qui flottait dans le ciel.

Dans les yeux de l'une naquît la haine, et la tristesse dans les yeux de l'autre.

Ce jour-là, la tragédie s'était abattue, et deux graines furent plantées dans la terre.

Chapitre deux
Spoiler:
Ce jour-là, deux filles étaient entrées dans le temple.

L'une avait les yeux d'un adulte, tandis que l'autre avait encore les yeux d'un enfant. Des prêtres vêtus de rouge, noir et violet montraient la voie à la fille aux yeux d'adulte, et la fille aux yeux d'enfant les suivait.

Au pied des escaliers interminables, le prêtre rouge dit aux deux filles :

« Vous devez laisser vos armes impures derrière vous. À partir d'ici et jusque dans la chambre du fal'Cie, il est interdit d'amener avec soi la crasse de l'extérieur. »

Elles laissèrent leurs armes à cet endroit.

« Vous me donnerez une meilleure arme quand je serai une l'Cie, pas vrai ? » Ces mots, qui n'étaient pas dignes de cet endroit, avaient été prononcés par la fille aux yeux d'adulte.

Les trois prêtres ne firent pas attention à ses paroles, et leur ordonnèrent simplement de les suivre.

Alors qu'elles grimpaient les marches, chacune des deux filles garda ses sentiments pour elle, au fond de son cœur. Elles les avaient gardés secrets pour ce jour, jusqu'à ce jour, pour toujours.

Ils grimpaient les marches et s'arrêtaient pour prier, avant de reprendre leur ascension. Ils le firent dix et trois fois, avant d'atteindre le portail des commencements. Le prêtre noir leur dit alors :

« Cette porte est l'une des portes des épreuves. Elle empêchera de passer les cœurs maléfiques, et ouvrira la voie à ceux bénis de l'esprit divin. »

La fille aux yeux d'adulte s'agenouilla devant la porte, et pria. La fille aux yeux d'enfant fit de même. Le symbole sur la porte brilla de rouge, et la porte s'ouvrit.

« Tu as été acceptée par le portail des commencements. Ton cœur est béni de l'esprit divin, continue ton chemin vers la chambre du fal'Cie. »

Les trois prêtres et les deux filles passèrent la porte, laissant derrière eux le vestibule des dix et trois.

« Souris ! »

« Mais... »

« C'est pas toi qui va devenir une l'Cie, c'est moi. T'as pas besoin d'avoir peur. »

« Mais... »

« T'inquiète pas. »

La fille aux yeux d'adulte sourit, tandis que la fille aux yeux d'enfant regarda ses pieds. Les trois prêtres ne dirent pas un mot.

Ils grimpaient les marches et s'arrêtaient pour prier, avant de reprendre leur ascension. Ils le firent dix et trois fois, avant d'atteindre le portail du centre. Le prêtre violet leur dit alors :

« Cette porte est l'une des portes des épreuves. Elle empêchera de passer les cœurs faibles, et ouvrira la voie à ceux qui possèdent la détermination. »

La fille aux yeux d'adulte s'agenouilla devant la porte, et pria. La fille aux yeux d'enfant fit de même. Le symbole sur la porte brilla de rouge, et la porte s'ouvrit.

« Tu as été acceptée par le portail du centre. Ton cœur possède la détermination, continue ton chemin vers la chambre du fal'Cie. »

Les trois prêtres et les deux filles passèrent la porte, laissant derrière eux le vestibule des dix et trois.

« Que ces escaliers sont longs. On aurait pu prendre un ascenseur ou un truc comme ça, non ? Ils en font un peu trop, tu trouves pas ? »

« Tu ne devrais pas dire des choses pareilles ! Les prêtres ont dit que c'est un test pour devenir l'Cie. »

« Leur test est bien joli, mais ces prêtres sont faibles. Ils ne servent à rien. »

La fille aux yeux d'adulte ria, tandis que la fille aux yeux d'enfant la houspilla. Bien entendu, les trois prêtres ne dirent pas un mot.

Ils grimpaient les marches et s'arrêtaient pour prier, avant de reprendre leur ascension. Ils le firent dix et trois fois, avant d'atteindre le portail des fins. Le prêtre rouge leur dit alors :

« Cette porte est l'une des portes des épreuves. Elle empêchera de passer les cœurs cupides, et ouvrira la voie à ceux qui prisent l'honneur. »

La fille aux yeux d'adulte s'agenouilla devant la porte, et pria. La fille aux yeux d'enfant fit de même. Le symbole sur la porte brilla de rouge, et la porte s'ouvrit.

« Tu as été acceptée par le portail des fins. Ton cœur prise l'honneur, continue ton chemin vers la chambre du fal'Cie. »

Les trois prêtres et les deux filles passèrent la porte, laissant derrière eux le vestibule des dix et trois, atteignant enfin le dernier escalier.

Tout en haut se tenaient dix prêtres, des lances sacrées en main, gardant la porte menant au fal'Cie.

« Tu t'arrêtes ici. »

« Mais... »

« Tout ira bien. »

Les trois prêtres menèrent la fille aux yeux d'adulte en haut du dernier escalier, puis les dix et trois prêtres l'entourèrent et levèrent leur bras pour prier.

« L'élue. »

« Celle qui deviendra l'Cie. »

« Abandonne le mal. »

« Tiens-toi à l'esprit sacré. »

« Abandonne la faiblesse. »

« Tiens-toi à la détermination. »

« Abandonne la cupidité. »

« Tiens-toi à l'honneur. »

« Continue dans la chambre du fal'Cie. »

« Reçois ton pouvoir. »

« Reçois ta tâche. »

« Deviens un avec le fal'Cie. »

« Et affronte le Paradis. »

La porte commença à s'ouvrir, et la fille aux yeux d'adulte s'avança, laissant les prêtres derrière elle. Elle cria :

« Fal'Cie Anima ! J'ai quelque chose à de tire. Tu m'écoutes !? »

Les prêtres essayèrent de retenir la fille, mais elle s'échappa et continua à crier.

« Pourquoi tu restes ici ? Un fal'Cie comme toi n'aurait aucun mal à écraser Cocoon. Pourquoi tu ne vas pas détruire Lindzei toi-même ? Au lieu de faire tous ces l'Cie, ça n'irait pas plus vite de rassembler tous les fal'Cie et d'aller les combattre ? Tu ne t'en rends pas compte, alors que tu es un fal'Cie ? »

Les prêtres levèrent leurs lances et agrippèrent la fille.

« Petite insolente... ! C'est le fal'Cie Anima, comment oses-tu t'adresser à lui de cette manière ! »

La fille s'échappa et s'empara de l'une de leurs lances. Elle se précipita dans la chambre du fal'Cie.

« Encore combien de l'Cie doivent devenir des Cie'th, alors que tu restes ici à ne rien faire ? Combien de maisons doivent encore être détruites ? Pendant que tes amis ne font rien d'autre que de creuser des trous ! »

Les prêtres partirent à la poursuite de la fille.

« Comment oses-tu... ! Tu ne feras pas un pas de plus dans la chambre du fal'Cie. »

La fille les dissuada de s'approcher avec sa lance, et continua son chemin.

« Je vais devenir ton l'Cie. Je détruirai autant de démons qu'il faudra. Mais je n'accepterai pas que tu restes ici à ne rien faire ! »

Le prêtre rouge, le prêtre noir et le prêtre violet lui barrèrent le chemin et la repoussèrent.

« Penses-tu vraiment qu'une fille comme toi peut dire quoi que ce soit au fal'Cie ? Quitte cet endroit ! »

« Je ne fais que dire la vérité ! Ce fal'Cie n'est rien d'autre qu'un idiot ! Il se fiche complètement de nous ! »

Le prêtre violet répondit froidement :

« Vous ? Vous n'êtes rien d'autre que des orphelines. »

Le prêtre noir ricana :

« La seule raison pour laquelle ils prennent soin des orphelins, c'est pour qu'ils puissent devenir des l'Cie. Ils n'ont aucune autre utilité. »

Le prêtre rouge cracha :

« Tu n'es rien d'autre qu'une idiote. Tu n'as même pas su deviner les véritables intentions de ceux qui se sont occupés de toi. »

Les yeux de la fille brûlaient de colère.

« Je vous défends de nous insulter ! »

Enragée, la fille poignarda le prêtre rouge, et se défit du prêtre noir et du prêtre violet. Elle se tourna vers le fal'Cie Anima.

« Tout ça, c'est ta faute ! Nos amis sont tous devenus des Cie'th, et le fal'Cie de Cocoon peut venir ici et faire ce qu'il veut. C'est de ta faute ! Je vais te détruire ! »

La fille chargea avec sa lance, mais les mains du fal'Cie sortirent de nulle part, l'envoyant frapper le sol violemment. Sa lance était maintenant hors de sa portée.

Les dix prêtres débarquèrent pour l'entourer, pointant leurs lances vers elle.

« Petite idiote, tu dois mourir ! »

« Traître, tu dois mourir ! »

La fille ne bougea pas d'un pouce. Les dix prêtres levèrent lentement leurs lances.

« Attendez, je vous en prie ! »

La fille aux yeux d'enfant déboula à ses côtés et la recouvrit avec son propre corps.

« Pardonnez-la ! »

« Elle a insulté le fal'Cie Anima, et a traité nos prêtres comme des idiots. Ses pêchés sont trop graves. »

« Alors laissez-moi... Laissez-moi expier ses pêchés ! »

La fille à terre protesta, la suppliant d'arrêter. Mais la fille aux yeux d'enfant ne lui prêta pas attention, et cria :

« Faites de nous deux des l'Cie ! Des l'Cie qui iront combattre Cocoon ! »

Les dix lances s'arrêtèrent comme un seul homme, et leurs porteurs regardèrent les filles. Ils se rassemblèrent pour parler.

« Tu ne peux pas... »

« Si. J'aurais été la prochaine, de toute façon. Je veux qu'on reste ensemble. »

L'une prit l'autre dans ses bras, et sourit.

« J'y pensais depuis qu'on est entrées dans le temple. Que j'allais dire : faites de nous deux des l'Cie. »

« Mais... »

« On est peut-être orphelines, mais on a grandi ensemble. On est une famille. On pourra protéger tout le monde, ensemble. »

Les dix prêtres entourèrent les deux filles et levèrent leurs bras pour prier, prier que ces deux filles deviennent des l'Cie.

« On sera toujours ensemble... Quoi qu'il arrive, rien ne pourra nous séparer. »

Ce jour-là, deux l'Cie étaient nées.

Chapitre trois
Spoiler:
« Nous serons toujours ensemble... Quoi qu'il arrive, rien ne pourra nous séparer. »

« Je le lui avais promis il y a tellement longtemps » murmura Vanille alors qu'elle marchait le long de la promenade, les yeux vers l'océan. Elle pouvait voir le temple au loin. Le fal'Cie Anima était toujours à l'intérieur.

« Pardonne-moi, je n'ai pas tenu ma promesse... » Elle lui demanda pardon, même si elle n'était pas avec elle. Peut-être qu'elle était encore dans le temple. Encerclé par les soldats de Cocoon, personne ne pouvait y rentrer ou en sortir.


Elle l'avait appris à la une des informations le jour d'avant. Un fal'Cie de Pulse avait était trouvé dans le Vestige de Bodhum. Elle était assisse dans le centre commercial. Un écran était accroché au mur, et on pouvait y voir des images du temple. Des véhicules de l'armée et des soldats l'entouraient complètement.

Les personnes autour d'elle avaient commencé à paniquer. Déterminée à accéder au temple, Vanille sortit en courant, seulement pour lever les yeux et découvrir toute une flotte de vaisseaux au-dessus d'elle.

L'information était relayée sur tous les écrans, détaillé par tous les présentateurs. Bodhum allait être mise en quarantaine pour la sécurité des habitants de Cocoon. Leur inquiétude se transforma en colère, et les soldats commencèrent à menacer les civils.

Vanille était tellement terrorisée qu'elle s'enfuit du centre commercial, le long de la promenade, pour rejoindre un endroit d'où elle pouvait voir le temple. Mais ce qu'elle y trouva...

Toutes les routes menant au temple étaient fermées. C'était quelque chose dont personne n'avait parlé. Les véhicules militaires quadrillaient la zone, et il n'était même plus possible de s'approcher du temple.

Elle n'était même pas sûre de pouvoir rester ici très longtemps, même si c'était seulement pour observer. Les soldats s'approchaient. L'avaient-ils vue ? Préférant ne prendre aucun risque, Vanille fit demi-tour et retourna au centre commercial en courant.

Ils ne l'avaient pas suivie. Ce qui voulait dire qu'ils n'avaient pas l'intention de la capturer. Peut-être qu'ils voulaient simplement lui dire que la zone était fermée.

Il était trop tard maintenant, mais elle s'en voulait d'avoir laissé son arme dans le temple. Elle était seule dans une ville qu'elle ne connaissait pas, incapable de se défendre. Elle avait envie de pleurer.

Fang... Où es-tu ?

À la centrale, Fang avait servi d'appât pour permettre à Vanille de s'échapper. Elle était allée à la rencontre des soldats, toute seule. Vanille avait réussi à partir, mais depuis, elle n'avait pas vu le moindre signe de Fang.

Je veux Fang...

Vanille marcha mécaniquement, la tête lourde. Lorsqu'elle la leva enfin, elle se rendit compte qu'elle était à la station de Bodhum. Elle se dit alors que Fang n'était peut-être tout simplement pas revenue ici. Elle est peut-être encore dans la gorge d'Euride ! Je pourrai la trouver si je vais là-bas !

Vanille courut vers la station, mais fut surprise, encore une fois, par ce qu'elle y trouva. La rue était complètement bloquée. Elle se rappela avoir entendu aux informations que la ville toute entière avait été mise sous quarantaine. Il y avait des gens devant la station. Des touristes, apparemment, qui discutaient de vive voix avec les soldats.

« Nous ne sommes pas des habitants de Bodhum ! »

« Je dois retourner à Eden demain ! J'ai un rendez-vous très important. »

« Nous venons de Palumpolum ! Laissez-moi au moins renvoyer mon fils à la maison. »

Chacun d'entre eux essayait de se faire entendre du mieux qu'il le pouvait. J'ai déjà vu ça quelque part, pensa Vanille. Même s'ils savaient qu'ils finiraient par pouvoir rentrer chez eux, ils étaient tout de même inquiets...

C'était il y a huit jours. Après l'accident, la gare d'Euride et la piste d'atterrissage avaient été fermées. Des soldats armés étaient venus, et les personnes qui s'y trouvaient s'indignaient, demandant à être libérés. Bien qu'ils s'étaient plaints pour aller au travail, ou retourner chez eux, ils avaient tout de même suivi les ordres des soldats. Ils leur avaient dit qu'une fois qu'ils auraient vérifié leurs identités, ils prendraient le train pour Bodhum. Alors ils se rassemblèrent sur la place devant la centrale, et attendirent dans des tentes installées pour leur confort.

Bien entendu, comme elle venait de Pulse, Vanille n'avait pas de papiers. Cherchant un moyen de s'échapper, elle tomba sur un soldat qui examinait des cartes avec un petit appareil. Elle réalisa que c'était grâce à ces cartes qu'ils vérifiaient les identités des personnes rassemblées ici. Elles avaient volé celles de ces deux garçons qu'elles avaient rencontré en ville. C'était grâce à ces cartes qu'elles avaient pu acheter de la nourriture et venir à Euride.

Vanille prit la sienne et la regarda de plus près. Elle n'était même pas sûre de pouvoir l'utiliser. Elles avaient réussi à utiliser celle de Fang par le plus pur hasard, et n'avaient pas encore essayé celle-ci. Que ferait-elle si elle ne pouvait pas s'en servir ? Pire encore, qu'est-ce qui lui arriverait s'ils découvraient qu'elle l'avait volée... ?

« Allez, à ton tour. »

Vanille leva la tête, surprise, pour voir un soldat tenant l'appareil dans les mains devant elle. Espérant qu'elle fonctionnerait, sans grand espoir, Vanille lui tendit sa carte.

Elle se demanda s'ils allaient l'emmener dans une autre pièce pour l'interroger. Ou peut-être qu'ils allaient la ligoter immédiatement. Ou peut-être... Peut-être qu'ils allaient lui tirer dessus sans le moindre avertissement. Elle ferma les yeux.

« Dépêche-toi ! »

Je le savais, pensa Vanille. Elle s'effondra. L'idée de se faire capturer ici la désespérait, mais tellement de soldats l'entouraient, sans compter toutes ces personnes qui se trouvaient ici...

« Mais qu'est-ce que tu fais ? Je dois passer au suivant. »

Vanille, hébétée, regarda le soldat. Il lui rendit sa carte.

« Quoi ? »

« Va faire la queue là-bas. »

Avant qu'elle ait pu répondre, le soldat se dirigea vers quelqu'un d'autre. Il semblait que la carte volée avait été considérée comme la sienne. Vanille rejoignit la file et monta à bord du train pour Bodhum. Arrivée à destination, elle attendit dans la gare, espérant voir arriver Fang, mais sans succès.

Elle retourna au temple, mais il n'y avait pas de nourriture, et elle n'arrivait pas à dormir. Elle réalisa que c'était la première fois de sa vie qu'elle passait la nuit toute seule. Fang avait toujours été là. Dans leur village, il y avait aussi d'autres enfants avec elles. Une fois devenues l'Cie, elles n'étaient plus que toutes les deux, mais elle avait toujours Fang à ses côtés. Elle ne dormait jamais seule.

Affamée, Vanille alla au centre commercial. Même si elle avait pu utiliser sa carte à Euride pour passer la sécurité, elle n'était pas sûre de pouvoir s'en servir pour acheter quelque chose. Elle passa quelques minutes devant la boutique, tournant et retournant nerveusement la carte dans ses mains.

Elle n'eut le courage de franchir le pas que lorsqu'elle vit cet oiseau blanc encore une fois. C'était ce même oiseau à l'air étrange qu'elles avaient vu l'autre jour. Il se tenait perché sur un toit, le regard braqué sur elle. Vanille eut tellement peur qu'elle courut dans la boutique pour se mettre à l'abri. Maintenant qu'elle était à l'intérieur, elle n'avait plus qu'à faire comme les autres. Elle prit quelques provisions, et utilisa sa carte pour payer. Plus facile qu'elle ne le pensait.

Elle voyait, maintenant, la vie qu'avaient ces habitants. Cocoon était comme un paradis en paix. Ce devait être pour cela que tout le monde ici était aussi calme, et qu'elle ne s'était jamais sentie en danger en ville.

Même si elle était seule, elle ne se sentait plus nerveuse. Mais elle n'arrivait pas à oublier la jeune fille et le garçon qu'elles avaient impliqués dans leurs problèmes. Elle se sentait terriblement coupable.

Et Vanille avait retrouvé cette jeune fille sur la plage...

« Qu'est-ce que tu fabriques ? »

Elle sentit le canon d'une arme dans son dos. C'était un soldat. PSICOM. Quand quelqu'un prononçait ce nom, les visages se faisaient froids et durs.

Jusqu'à il y quelques jours, il n'y avait pas le moindre soldat. Tout le monde était heureux. Elle s'était autorisée à l'être, elle aussi...

« Je suis désolée ! » s'écria Vanille. C'était peut-être à cause de la peur dans sa voix, mais il baissa son arme et parla d'une voix plus douce.

« Ils commencent à enregistrer les voyageurs en gare. Tu devrais te dépêcher. »

Vanille courut sans regarder derrière elle. Elle ne pouvait plus revenir ici. Le paradis avait disparu à la seconde même où ils avaient annoncé aux informations ce qui se passait.


Un fal'Cie de Pulse avait été découvert. Tout Bodhum était sous quarantaine. C'était déjà le pire événement possible pour les personnes qui habitaient ici. Deux simples annonces, et la panique avait envahi la ville toute entière. Étaient-ils même capables d'imaginer que les choses pouvaient empirer ?

La nouvelle avait éclaté dans l'après midi. Vanille n'avait pas pu retourner au temple ni retrouver Fang, alors elle était restée au centre commercial. Elle essayait de rester dans des endroits très fréquentés, loin des soldats.

Une Purge vers Pulse. Au début, Vanille n'avait pas compris ce que ça voulait dire. Elle n'était sûrement pas la seule. Personne ne dit mot quand l'annonce fut faite aux informations.

Puis elle réalisa qu'ils avaient peur. Des personnes couraient dans tous les sens, en pleurant et en criant. Peut-être qu'ils espéraient pouvoir échapper à leur destin.

Vanille ne pouvait rien faire d'autre que de les regarder, hébétée. Elle savait que les habitants de Cocoon détestaient Pulse, mais elle se rendit compte qu'elle n'avait jamais vraiment compris leur haine. Ils avaient tellement peur de Pulse qu'ils perdirent la raison.

Elle ne savait pas vers où se dirigeaient tous ces habitants paniqués. Peut-être vers la gare, ou chez eux. Des petites bagarres éclatèrent un peu partout. Des femmes parlaient d'une voix stridente, des enfants tombaient et pleuraient à chaudes larmes.

Vanille les observa. Elle frissonna, mais resta où elle était.

Ce sont eux qui hier regardaient les feux d'artifices ? se demanda-t-elle. Ils étaient heureux et s'amusaient alors, rigolaient et discutaient ensemble. Les visages étaient pleins d'espoir cette nuit-là, lorsqu'ils faisaient leurs vœux. Moins d'un jour avait passé depuis, et maintenant...

Elle avait peur, elle était triste, et avait envie de pleurer. Une douleur lancinante lui brûlait les yeux. Soudain, recouvrant les pleurs et les cris, des mots se firent entendre. « Le fal'Cie de Pulse sera renvoyé avec le train de la Purge vers Pulse. » Elle allait devoir réécouter les informations, juste pour être sûre qu'elle avait bien entendu.

Le fal'Cie Anima sera envoyé sur Pulse, il sera retourné à Gran Pulse...

Était-ce vrai ? Mais alors, et leur Tâche ? Non, même si fal'Cie Anima n'était pas à Cocoon, leur Tâche ne changerait pas. C'étaient Fang et elle qui devaient en venir à bout, pas le fal'Cie...

Mais si elle restait à Bodhum, elle ferait partie de la Purge, comme tous les autres. La ville étant complètement fermée, elle n'avait pas vraiment le choix. Mais si elle retournait sur Gran Pulse, elle ne pourrait définitivement pas terminer sa Tâche.

Ses jambes se firent molles et elle s'affala sur le sol. Comment avait-elle pu ne pas s'en rendre compte plus tôt ? Elle se tint les genoux, et resta dans cette position jusqu'au coucher du soleil.

Quand elle se releva enfin, elle était surprise de voir qu'il faisait déjà nuit. Il n'y avait plus personne au centre commercial. Vanille évita les soldats et alla sur la plage. C'était là que tout le monde s'était rassemblé pour regarder les feux d'artifices. Bien entendu, il n'y avait personne à cette heure-ci. Le bar était fermé. Même si un seul jour avait passé depuis, elle avait l'impression que l'endroit était totalement différent. Tout était calme, et seul le bruit des vagues qui allaient et venaient se faisait entendre.

Contrairement à celui de Gran Pulse, l'océan ne sentait pas le sel. Mais Vanille aimait cet endroit. « Au revoir... » chuchota-t-elle, en faisant demi-tour. Elle marcha encore un peu, et tomba sur un champ. Le champ où elles avaient volé des légumes le premier jour de leur réveil. L'odeur de la terre et des plantes lui fit tourner la tête. Peut-être que Fang va venir ici pensa-t-elle, et des larmes coulèrent sur ses joues. Je sais, elle ne viendra pas. Je ne la verrai plus jamais, plus jamais...

Vanille pleura. Elle pleura comme un petit enfant, en criant. Puis elle s'endormit.


Le centre commercial était, comme toujours, bondé. Mais contrairement à hier, personne ne courait dans tous les sens. Comme un seul homme, ils allaient tous dans la même direction. Leurs visages étaient sombres, et ils avaient la tête baissée. Ils se dirigeaient vers le train de la Purge.

Les habitants de Cocoon pensaient que Pulse, c'était l'enfer. Hier, Vanille avait réalisé qu'aller sur Pulse, c'était comme aller mourir, pour eux. Mais elle ne pouvait s'empêcher de penser que ce n'était pas vrai. Bien sûr, le climat n'était pas clément, et il y avait beaucoup de monstres terrifiants. On ne pouvait pas s'y déplacer sans arme, comme on pouvait le faire sur Cocoon. Mais Fang et elle étaient nées et avaient grandi sur Gran Pulse. On pouvait y survivre tant que tout le monde travaillait ensemble.

Sur Gran Pulse, on trouvait de grandes plaines ouvertes sur un ciel qui s'étendait à perte de vue. Il y avait du soleil, une végétation luxuriante. Vanille voulait montrer tout cela aux habitants de Cocoon. Même si elle savait que c'était impossible.

Tout était calme. Trop calme, alors qu'il y avait tellement de gens ici. La première fois qu'elle était venue, il y avait tant de bruit qu'elle pensait qu'il y avait un festival. Et après la panique d'hier...

Ils se sont calmés après une nuit de sommeil ? Ou est-ce qu'ils ont déjà abandonné ? Personne n'avait l'air furieux, leurs expressions étaient terriblement neutres.

« Je suis désolée... » Vanille leur avait déjà demandé pardon tellement de fois. C'était à cause d'elles que tout ceci s'était produit. C'était uniquement de leur faute.

Parce que nous nous sommes réveillées, se dit-elle.

Et la jeune fille qui avait été choisie comme l'Cie par le fal'Cie Anima. Et le petit garçon, maintenant devenu un l'Cie du fal'Cie de Cocoon. Comment pouvait-elle expier les crimes qu'elle avait commis ?

Elle ne pouvait pas les faire redevenir normaux. Elle ne pourrait pas changer leur destin. Au moins, pensa-t-elle, je peux éviter de mettre en danger leurs petits mondes, leurs bien-aimés. Je leur dois au moins ça.

Elle finit par se rendre compte qu'il y avait de plus en plus de monde. Tout le monde était si silencieux qu'elle ne l'avait même pas remarqué. Il y avait maintenant autant de gens qu'au festival de feux d'artifices, et tous marchaient lentement vers la station.

La gare était maintenant enfin en vue. On pouvait entendre un soldat crier « Si vous n'avez pas encore enregistré vos bagages, merci de venir par ici ! » L'enregistrement des bagages avait débuté hier, alors la queue était moins longue.

Une fois à l'intérieur du bâtiment, elle vit des soldats énoncer des instructions dans des mégaphones. Leurs uniformes étaient différents de ceux des autres. Elle se dit qu'ils devaient être plus hauts gradés.

« Votre attention, s'il vous plaît ! Suivez les instructions et restez dans votre file ! Vos bagages vous seront retournés une fois arrivés sur Pulse. »

L'arme qu'il tenait dans ses mains rendait Vanille nerveuse. Il donne juste des ordres, pourquoi il a besoin d'une arme ? Les autres soldats, eux aussi, avaient des armes. Même s'ils n'arrêtaient pas de dire que ces habitants étaient simplement « relocalisés », ils avaient plus l'air de les faire quitter la ville de force. Mais peut-être parce que les habitants de Cocoon étaient si pacifiques, ils ne se battaient pas. Ils marchaient tous en file, sans dire un mot.

Ou peut-être pas tous. Quelqu'un était en train de crier.

« Hé, toi ! Reste dans la file ! »

Quelqu'un avait peut-être essayé de s'enfuir. Les gens commencèrent à s'agiter, espérant sûrement que quelqu'un avait trouvé un moyen de se sauver.

Un coup de feu retentit. Les cris firent tout de suite comprendre aux autres qu'il ne s'agissait pas d'un tir d'avertissement. Les files s'agitèrent encore plus, la panique se propageant peu à peu. Les soldats pointèrent leurs armes vers les citoyens, et tout redevint calme.

« Restez dans vos files. C'est pour votre bien. »

Évidemment, personne n'y croyait. Ils avaient obéi parce qu'ils ne voulaient pas mourir ici. Même si ce qui les attendait, au-delà de ce monde, c'était l'enfer.

La file se remit à avancer lentement. Vanille remarqua une femme en train de parler à un soldat. Elle lui prêta attention parce qu'elle ressemblait exactement à Serah, la fille qui était devenue une l'Cie de Pulse.

La femme tendit son arme au soldat et se plaça dans une file. Je me sens tellement coupable que je commence à imaginer des choses, pensa Vanille. Ce n'est pas parce qu'elle a les cheveux de la même couleur que son visage ressemble tellement à celui de Serah...

Un homme d'âge mûr se tenait derrière la femme. Ses cheveux à lui faisaient penser à un nid d'oiseau, et elle vit, surprise, un véritable oiseau en sortir.

« Hein ? »

C'était un bébé Chocobo.

« Pourquoi ce type héberge un Chocobo dans ses cheveux ? » C'était tellement amusant que Vanille commença à glousser. Puis quelqu'un se heurta à elle. Ou plutôt, c'était elle qui s'était cognée contre quelqu'un, puisqu'elle ne regardait plus où elle allait. Elle essaya de retrouver l'équilibre, mais il était trop tard.

« Oups ! » Elle glissa et tomba par terre. Elle ne s'était pas faite mal, mais sa fierté en avait peut-être pris un coup.

« Ça va ? » lui demanda quelqu'un. Une femme à l'air affable la regardait. Vanille hocha la tête, et elle sourit.

« Oh, tant mieux. »

On dirait une maman, se dit Vanille. Puis elle vit un garçon à ses côtés qui avait l'air d'être son fils. Elle était vraiment une mère.

« Vous êtes d'ici ? »

« Non, pas du tout. »

« Oh, vous non plus ? Nous venons de Palumpolum. »

Vanille avait déjà entendu ce nom.

« Et vous, d'où venez-vous ? »

« Euh... De loin. »

« De loin ? »

Vanille hocha la tête. La femme ne lui posa pas plus de questions, pensant probablement que Vanille avait ses raisons pour ne pas dire d'où elle venait. En fait, elle avait sûrement d'autres soucis. Son fils tremblait, et gardait constamment la tête baissée.

Vanille ne savait pas si elle devait se mettre derrière ces deux-là, ou derrière la femme qui ressemblait à Serah. Mais elle ne cogita pas longtemps, et se mit derrière la mère et son fils. Si elle allait être traitée comme une prisonnière, elle voulait au moins rester avec des personnes gentilles.

Les soldats leur expliquèrent qu'ils arriveraient sur Pulse aujourd'hui, dans le meilleur des cas. Le lendemain au plus tard.

Une fois qu'on sera sur Gran Pulse, j'espère que je pourrai les aider un peu, pensa Vanille. Je suis désolée Fang, mais je retourne sur Gran Pulse avec le fal'Cie. Pardon de ne pas avoir tenu notre promesse. Pardon de te laisser sur Cocoon toute seule...

Quand elle aura quitté Cocoon, elle ne pourrait plus terminer sa Tâche. Elle l'avait réalisé hier, quand elle avait entendu que le fal'Cie Anima serait renvoyé sur Pulse. Mais elle s'était aussi rendue compte qu'elle pouvait toujours faire quelque chose, et s'était sentie mieux.

« Si la réalité est trop dure, tu peux toujours fuir. »

C'était ce que Serah lui avait dit quatre jours plus tôt, lorsqu'elles s'étaient rencontrées sur la plage. Ces mots l'avaient sauvée, et l'avaient poussée à agir. C'était pour cela qu'elle était ici, maintenant.

Dès que je serai à bord, j'échapperai à ma Tâche. Je n'aurai pas à blesser qui que ce soit. Je deviendrai probablement un Cie'th, mais ça n'arrivera pas tout de suite.

« Si tu prends du recul, tu peux toujours trouver une solution. »

Comme Serah le lui avait dit, elle avait trouvé une autre voie en examinant ses problèmes avec un œil extérieur. Ça pourrait marcher. Si elle fuyait, tout allait peut-être finir par s'arranger...

Elle s'inquiétait seulement pour Fang, mais elle savait qu'elle s'en sortirait. Sa marque était brûlée, donc elle ne deviendrait probablement jamais un Cie'th, et elle pourrait vivre sa vie. Elle serait simplement en colère. Pardonne-moi, dit-elle encore une fois.

Vanille pria, elle pria pour une amie qu'elle ne verrait plus jamais. Pour une promesse qu'elle ne pouvait pas tenir.

Les soldats commencèrent à faire embarquer les gens. Ils arriveraient à destination demain, au plus tard.

Pendant un instant, Vanille sentit ses pieds trembler. Elle avait soudainement l'impression qu'elle était devenue une l'Cie il y a seulement quelques heures, et que le lendemain était tellement loin qu'elle ne pourrait jamais l'atteindre. Mais pourquoi ? Elle n'avait pas à s'inquiéter. Elle allait enfin retourner sur Gran Pulse. Là où elle adorait l'odeur du vent, les fleurs qui se balançaient au gré de la brise, sous un ciel magnifique. Il y avait aussi les étoiles la nuit, et évidemment, des habitants de Gran Pulse qui les attendaient dans leur village. Ils étaient sa seule famille, alors elle était certaine qu'ils seraient contents de la revoir.

Demain, je serai de retour à la maison...., se dit Vanille. La file avança.

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